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 Nouvelle Ere (récit)

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canlj



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MessageSujet: Nouvelle Ere (récit)   Mar 14 Juin - 11:31

Le texte proposé a été rédigé en 2011, repris et corrigé en cette année 2016. Nous ne prétendons pas être de grandes auteures, mais nous aimons beaucoup partager nos écrits. À ce jour, nous tentons la publication de certains de nos ouvrages et nous continuons d'en publier d'autres gratuitement et intégralement. Aussi, nous profitons de cette introduction pour rappeler que "Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droits ou ayant cause est illicite."

En vous souhaitant un agréable voyage et bonne lecture
 Voui



Prologue


Lorsque Yuna, une énorme météorite, est entrée en collision avec les eaux de
l’Atlantique, les balises se sont affolées, rapportant une amplitude si
importante que les États-Unis et l’Europe ont été atteints par de multiples
tsunamis dans l’heure. Les archipels ont été effacés de la carte tout comme la
majorité des îles du globe les jours suivants, parce que Yuna n’était que la face
visible de l’iceberg...

Les chefs d’État se retrouvèrent au sommet pour imposer une mesure sans
précédent
: « Cessation d’activité des réacteurs nucléaires ». Le Japon déclina
cette mesure, la jugeant trop précipitée, et fit disparaître par la même ses îles
de la carte. Concernant la population, certains restèrent chez eux, d’autres
retrouvèrent leur bunker, mais tous, tous..., avec la peur au ventre. Des
grondements venus des terres résonnèrent sous le regard du dernier ciel étoilé.
Au matin, d’étranges tourbillons géants se déplaçaient de mer en mer tandis
que sur le territoire les volcans reprenaient vie. Les buildings s’effondrèrent
comme de ridicules châteaux de cartes soufflées par le vent. La noirceur et la
fumée envahirent l’atmosphère et nombreux disparurent...

La poussière, la lave et le feu se mêlèrent aux tremblements de terre et bientôt
les pluies diluviennes s’engouffrèrent dans ces nouvelles falaises, comme pour
aider le monde à se déchirer et donner naissance aux territoires jusqu’alors
engloutis.

La dérive des continents, divisés en de nombreuses parcelles, dura cent ans
pendant lesquels la vie à la surface fut impossible. Puis, le climat à nouveau
clément accueillait les survivants, qui fondèrent de nouveaux régimes propres
à chaque bout de terre.

La nouvelle ère était née...
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canlj



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MessageSujet: 1. Saphir   Mar 14 Juin - 11:43

1. Saphir




– La récolte est bonne ?

Les riches tourbières regorgent de petits arbrisseaux recouverts de baies
rouges et bleues, l’eau est douce de ce côté des terres. Il y fait bon vivre
lorsque les reptiles n’y reviennent pas pour leurs pontes. À cette époque-là,
impossible de mettre un pied ici à moins de vouloir repartir sans. Notre île se
divise en quatre territoires. Chacun d’eux est mené par des chefs de colonies.
Morgan, Léo, Dacus et Hillan.

Les provinces ont été partagées en toute équité entre les frères et premiers fils
de la famille Mitor. Nous sommes sur le territoire de Hillan, riches de ses
mangroves et des eaux douces où vivent de nombreux poissons et oiseaux.
Malheureusement, cette partie de l’île est pauvre en bois comparé au reste du
territoire. Les jeunes femmes de la colonie ramassent les fruits sauvages dans
le périmètre.

C’est un peu loin de notre camp, mais les récoltes y sont abondantes et nous
échangerons une partie d’entre elles contre le bois fourmillant au Nord. Tout
comme l’argile que nous trouvons à la saison des basses eaux. Les enfants de
la tribu le travaillent au mieux pour qu’il soit le moins vaseux possible avant
qu’il ne soit revendu. Sur Océania, le temps est chaud et sec, les intempéries
sont rares, c’est pour cela que le commerce d’argile nous est très précieux. Le
toit de la plupart des maisons ouvrières est recouvert de cette argile. Elle fait
un très bon isolant contre la chaleur.

Je vide le contenu de mon panier dans la hotte d’Ural.

– Ah oui ! Joli travail mademoiselle Ryllin, s’exclame-t-il en soupesant la charge
sur son dos.

J’esquisse un sourire. Ce jeune homme regorge de joie, il est toujours au top de
sa forme pour nous motiver, la plupart du temps ça réussit. Ural a vingt-trois
ans, il vient des terres de Dacus. Celles d’Hillan comptent plus de filles que de
garçons alors nous procédons à des échanges parfois pour équilibrer les
peuples, mais ça ne plaît pas vraiment à Léo qui a besoin de ces hommes pour
en faire des bûcherons. C’est un des problèmes de la vie sur notre partie du
continent : sur dix enfants sept voire huit sont des filles. Jasita dit que c’est la
disposition des astres qui veut cela. Quoi qu’il en soit, certaines d’entre nous
ont dû apprendre les rudiments de la traque pour compenser l’absence des
hommes sur notre territoire. La loi de l’île interdit aux femmes de porter des
armes alors il a fallu s’entrainer à poser des collets pour chasser. De toute
manière, nous n’avons pas la carrure à transporter de gros gibiers. Parfois,
j’arrive à avoir un écureuil ou deux, mais ma technique n’est pas au point, les
machins aux grandes oreilles m’échappent toujours.

– Va-t’en avant que les sangsues t’attrapent, lui lancé-je en poussant son
épaule.
– Et toi évite de manger toutes les baies, la siffleuse d’abeilles.

Le jeune homme me sourit avant d’essuyer le creux de mes lèvres avec son
pouce. Ses yeux verts pétillent chaque fois qu’il me regarde. Deux fins sourcils
soulignent son front rougi par le soleil. Il s’éloigne, me faisant un geste
affectueux pour de continuer sa ronde. Ses mollets musclés disparaissent dans
l’eau. Je lui jette un dernier coup d’œil et reprends le travail.

J’observe l’horizon à travers les rares arbres présents dans cette zone. Deux
hommes tiennent un filet ouvert sur leur passage pour pêcher le poisson de
vase qui se cache ici. Les tourbières sont dangereuses, mais quand on les
connaît, on apprend vite qu’elles ont beaucoup de choses à nous offrir. La mer
au loin se mélange avec les vagues colorées qui naissent dans le ciel, propre à
cette heure du jour. Quels gros poissons il doit y avoir là-bas... Les journées
sont rythmées par les cycles du soleil, dans une heure ou deux, nous
retournerons au camp. Les nuits sont fraîches et le vent qu’annonce Jasita va
amener les cendres avec lui. Pas de quoi tarder.

L’anse du panier accueille mon bras puis je me dirige vers de nouveaux
arbustes. À l’abri des regards, je glisse une baie à mes lèvres, les rouges sont
les plus sucrées. J’ai toujours eu un faible pour celles-ci, j’en place
quelques-unes dans mes poches. L’eau se refroidit doucement tandis que les
rayons du soleil posent sur les tourbières une fine pellicule d’or.

Le son d’un cor retentit depuis la clairière, je me précipite sans plus attendre à
la tête de la troupe pour vider mon panier et le ranger dans la réserve. Avant
de rentrer, je dois aider les pêcheurs à choisir le poisson. C’est une aubaine
pour moi qui peux en trier cinquante en moins de trois minutes quand d’autres
y passent autant d’heures. Ma mère n’aime pas trop que je fasse ce travail,
mais il nous permet d’avoir un beau poisson frais chaque jour, ce qui n’est pas
de refus depuis que nous vivons toutes deux seules. Une demi-heure plus tard,
j’arrive à la ville, traverse le marché encore ouvert où sont étendus des oiseaux
enduits de miel en train de sécher, et entre dans la cave de la grande bâtisse
en pierre où nous habitons.

– Bonsoir M’man ! Regarde ce que je t’ai am...
– Saphir..., murmure-t-elle.

Mes yeux se posent sur deux hommes de la garde personnelle d’Hillan. Je
demande avec étonnement :

– Quelque chose ne va pas ?

Ma mère est tisseuse pour les habits de la souveraine. Elle prépare de
somptueuses robes ornées de pierres précieuses, il n’est pas rare que nous
aillions de la visite pour rapporter les confections sous bonne escorte. Tout le
monde ici sait que c’est elle, plus que le Roi qui dirige le territoire.

- Saphir Ryllin ? interroge une voix à l’intonation grave.
– Oui ?

Une main rassurante vient apporter un peu de chaleur à mon bras. Les deux
hommes marmonnent entre eux un : « c’est bien elle », puis ils m’observent
encore et se décident à parler.

– Par ordre de Sa Majesté la souveraine, vous êtes priée de nous suivre jusqu’à
la salle d’audience.
– Maman ? questionné-je tandis que deux puissantes mains saisissent mes
bras.
– Laissez-nous cinq minutes... S’il vous plaît, insiste-t-elle.

Devant leur visage sévère, elle implore encore une fois. Les deux gardes
montent par l’échelle et attendent à l’extérieur.

– Je suis désolée Saphir...
– Mais de quoi ? Explique-moi Maman.
– C’est terrible... mais il y a des années de ça Hillan et moi...

Je ne suis pas sûre de comprendre ce qu’elle me dit, j’ai l’impression que le
monde s’écroule.

– Plus tu grandis et plus tu lui ressembles. Nous avons voulu te protéger en te
trouvant du travail à la récolte, mais tu connais la souveraine. Elle est toujours
en train de mettre son nez dans les affaires d’Hillan. Ma fille, je suis navrée...
Tiens bon, je t’en prie, nous te retrouverons ce soir, a-t-elle seulement le temps
de murmurer.
– Il faut y aller !
– Quoi ?! Mais qui ? Non ! Maman !

On me hisse sans peine à l’extérieur, nouant mes mains avant de me saisir par
chaque bras pour me traîner jusqu’à la route. Ma mère reste silencieuse, les
larmes dévalent ses joues. Ural qui arrive avec l’équipe de cueillette se met à
courir vers nous avec empressement.

– Attendez ! Qu’est-ce qu’elle a fait ? Répondez ! crie-t-il en s’arrêtant à leur
hauteur.

Le jeune homme encaisse un violent coup dans l’estomac lorsque l’on me force
à entrer dans une de ces geôles en bois tirées par les chevaux de la garde. Tout
le monde sait combien il est dangereux d’enfanter illégitimement. Les règles
sont très strictes et... Je ne peux imaginer que ma mère et le chef aient pu
cacher cela pendant toutes ces années. La fureur de la souveraine, dont la
réputation n’est plus à faire, doit être terrible.

La nuit impose son voile noir jusqu’à la cime des arbres. Nous arrivons bientôt
au palais qui abrite les hauts membres de notre gouvernement. Un épais
bâtiment, qui doit être quatre ou cinq fois plus grand que celui dans lequel
nous habitons, se tient presque droit. Par terre, il n’y a aucune plante ni sur les
murs d’ailleurs, c’est étrange... Des panneaux délabrés gisent au sol et au coin
des allées, je ne sais pas ce qu’ils indiquent.

– Avance ! me lance-t-on en martyrisant mes côtes une nouvelle fois.
– L’audience ! L’audience ! J’exige l’audience ce soir même ! Garde
! Hurle la Souveraine dans la tenue d’apparat que maman lui a confectionnée. Qu’on
installe la lumière !

Nous sommes dans le hall d’entrée de la demeure lorsqu’elle me jette un
rapide coup d’œil. Ses lèvres se crispent et son teint pâle vire au rouge vif. Sa
coiffure surélevée trône sur le haut de sa tête à l’intérieur d’une couronne de
fer. Un soupçon de panique s’installe alors en moi, mon ventre se contracte et
un vague frisson vient me parcourir le dos.

- Avance ! gronde le garde.

On me laisse debout, les mains toujours attachées, au centre d’une pièce où se
tiennent quatre femmes affublées de torches. Devant moi une espèce de
chaise recouverte de tissu, jamais auparavant je n’ai vu pareille chose. Le vent
s’engouffre dans la salle, faisant vaciller les flammes qui nous éclairent. Elles
donnent un air encore plus terrifiant à la souveraine accompagnée de son chef.

– Saphir Ryllin ? demande fièrement la voix de crécelle.

J’acquiesce de la tête.

– N’a-t-elle pas de langue cette petite ? Qu’on approche la lumière de son
visage que je la vois mieux !

Les femmes s’exécutent tandis que la Souveraine saisit ma mâchoire de sa
main d’une blancheur extrême.

– Regardez ces yeux mon cher, ne vous rappellent-ils rien ? questionne-t-elle.

Hillan nous rejoint à son tour. Les titres ne sont pas utilisés pour nommer le
chef de la colonie, seule la mémoire du prénom est primordiale pour les Mitor,
cependant aucun autre enfant en dehors de la progéniture légitime ne peut
porter le même. Pour la Souveraine, c’est un peu différent. Personne ne sait
comme elle s’appelle. La dame s’installe sur la luxueuse chaise. Je pose les
yeux sur l’homme parfaitement vêtu d’un veston noir sur une chemise rouge.
Une peau de bête habille ses épaules et une barbe recouvre son cou. Il
accroche son regard au mien. Il est significatif, empli de désolation et il m’est
destiné pendant une fraction de seconde. C’était donc vrai...

– Les vôtres ne sont-ils pas identiques, en tout point de vue, à ceux-ci
?
– Navré, murmure-t-il simplement en se retirant.

Lorsque la porte claque sur les pas d’Hillan la sentence est prononcée
:

- Pour crime contre la Nation d’Océania, vous serez châtiée de coups de fouet
le jour durant... jusqu’à ce que vous perdiez ces yeux qui abritent la trahison !
murmure-t-elle particulièrement à mon intention. Hors de ma vue !

On me saisit de nouveau par les bras, je n’ai pas la force de répondre. De toute
manière si j’avais l’inconscience de réagir cela me vaudrait une exécution
sommaire immédiate bien trop plaisante à cette tyrannique femme...
À peine plus tard, on me jette dans un cachot où un lit de paille défraîchi
m’accueille. Un bruit de serrure retentit et je suis dans le noir sans pouvoir
découvrir quoi que ce soit de cette pièce. Je me réfugie alors dans un coin sans
parvenir à m’endormir en me remémorant les paroles de ma mère. Elle a dit
qu’ils me retrouveraient ce soir, mais quelle heure est-il ? J’ai la terrible
impression d’être aveugle. J’avance à tâtons pour découvrir la petite cellule, il
n’y a rien ici à part la paille sur le sol et un bol d’eau que je n’ose boire. Dans le
creux de ma poche reposent encore les baies rouges, mes doigts s’en
saisissent comme maigre consolation. Je passe la nuit à savourer chacun de
ces fruits jusqu’à la dernière miette sans que rien n’arrive.

Chaque nouveau son augmente mon angoisse, j’aimerais me réveiller d’un
songe, mais à la place c’est un garde qui me sort de cet état de panique. Un
mauvais pressentiment me noue les entrailles. Et qui était au courant depuis
tout ce temps ? Maman n’a plus de compagnon depuis que mon père a mis le
pied sur l’eau malveillante, seulement quelques vieux amis et Jasita. Quand
bien même elle est sa confidente, elles ne formeront pas une importante
brigade de secours. Et puis... s’ils parvenaient à me libérer où irions-nous
ensuite ?

Les premières lueurs du jour m’arrivent lorsque la porte s’ouvre. Mes yeux se
referment vivement encore habitués à l’obscurité. Je n’ai pas le temps de me
débattre que je suis emmenée sur la place publique. On accroche de solides
fers à chacun de mes pieds et mains. Je me retrouve face contre le mur de
pierre où des taches de sang se mélangent à la peinture écaillée. J’entends le
monde circuler derrière moi puis un orateur expliquer
:

– Regardez le fruit du mal !

Soudain, on me retourne, dévoilant mon visage au public.

– Afin de rappeler à tous que le prix de la trahison se paie à Océania, cette
jeune femme recevra le jour durant des coups de fouet !

Des mines effarouchées, curieuses, inquiètes naissent sur les individus de tout
âge. Les cendres emportées par le vent tapissent le sol d’un blanc me
rappelant la neige. Le beau ciel azur que nous connaissions hier laisse place à
de bas nuages annonciateurs de pluie. Je lève lourdement la tête sur les
potences. Le son significatif du fouet claque sur le sol à côté de moi. Je ne vois
pas mon bourreau, seulement les bâtisses recouvertes de végétation plus loin,
et derrière elles les quelques bois où hier encore nous étions libres.

Un bâillon sur la bouche, la corde autour du cou, Maman, Ural et le vieux
Gadson se tiennent face à moi. L’orateur poursuit son discours alors que la
première morsure du cuir déchire mon dos.

– Pour s’être rebellés contre la sentence suprême et avoir tué deux gardes dans
le but de sauver cette jeune fille... : la pendaison, haut et court !

Je me débats, tire sur les chaînes, pour empêcher l’homme qui se tient à leurs
côtés d’actionner le mécanisme lorsqu’une seconde flagellation m’est
administrée. Le vieux Gadson tombe soudain comme un sac de grain, sa nuque
se brise sur le coup. Ural reste immobile, grand et fier, les yeux rivés sur les
miens. Je sais qu’il est désolé et je le suis tellement aussi... Des larmes roulent
sur mes joues lorsque la trappe s’ouvre à nouveau et que je vois son corps
disparaître entre les poutres de bois. Il se débat, son cou robuste n’a pas cédé.
La foule émet un bruit étouffé, mélange de peur et de surprise.

– Ural ! Arrêtez ! imploré-je encore tandis que le fouet mord à nouveau mon
dos.

Cette fois, mes muscles se cambrent, tous se contractent et j’agrippe les fers
avec mes mains pour rendre la douleur plus supportable avant de me
redresser. Ma mère, les yeux rougis, pleins de désespoir disparaît à son tour
sans plus de cérémonie. La souffrance physique n’est rien comparée à ce que
je ressens à cet instant.

– Maman !

Son corps tangue accroché à la potence et finit par s’immobiliser. Seul Ural
brasse encore l’air de ses jambes. Un filet de sang parcourt ma colonne, la
force qui m’habite me quitte subitement, je relâche les chaînes qui
m’emprisonnent. La scène devient floue, je ne distingue rien d’autre que les
trois corps pendus face à moi tandis que mes cris déchirent le ciel.
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MessageSujet: 2. Zola   Mer 15 Juin - 12:51

2. Zola

Je cours aussi vite que je le peux, régulant ma respiration comme mon père me l’a appris. J’entends ses pas juste derrière moi, je ne suis pas assez rapide. Je zigzague à travers les arbres, le soleil fait quelques percées ici et là, via les espaces vides des branches.

Je distingue facilement des Fagus sylvatica, mais aussi des Castanea sativa. Ma mère serait fière de moi. Elle qui m’a tant rabâché qu’il ne suffit pas de savoir se battre pour survivre, mais qu’il faut également connaître l’environnement que nous sommes amenés à côtoyer. C’est vrai que j’apprécie cette érudition, maintenant cela m’est d’un grand recours.

Le souffle derrière moi est régulier, lent, il n’est même pas fatigué le bougre. Moi qui peine à avoir une respiration constante, il faut dire que ça va faire bien vingt minutes que nous courrons à cette allure. J’arrive bientôt à mon point de rupture. Si seulement j’avais un plan...

Si je me concentre, je remarque que je n’entends plus aucun bruit derrière moi. Comment ?! M’aurait-il dépassée ? J’essaie de voir à travers les nombreux arbres, mais je ne distingue rien de suspect. Puis soudain, il apparait devant moi, un sourire carnassier aux lèvres. Mince ! Impossible de faire demi-tour ou de m’arrêter.
En une fraction de seconde, il me bondit dessus, il me percute de plein fouet. Je perds l’équilibre et viens m’écraser au sol aussitôt. Le terrain est heureusement assez meuble. Quelque chose d’humide et chaud recouvre mon visage, et l’action se répète plusieurs fois.

– Ah Max ! Ça suffit. OK, OK c’est bon t’as gagné. Content ?

J’ouvre les yeux et pousse doucement l’animal au-dessus de moi. Je le regarde attendrie. Il a le sourire fier d’avoir pris le dessus... Rah, un jour je le battrai ou au moins j’exploserai mon record. Je me relève, expédie les quelques saletés de mes vêtements, ensuite je m’étire et reprends doucement mon souffle.

– Et c’était quoi cette technique au juste ? Comment t’as fait pour disparaitre ?

Il me lance ce regard, le même que mon père quand je veux savoir quelque chose et qu’il ne tient pas à m’en parler. Le regard qui veut dire « t’aimerais bien savoir hein, mais tu ne sauras rien. »

– Bon, nous avons assez joué. On doit trouver la chose que papa souhaite. Tu sais qu’il a déjà son acheteur...

Je secoue la tête, ah, mon père et ses clients. Je donne une petite caresse à Maximus et nous reprenons à une allure normale cette fois.

– J’ai l’impression que ça fait une éternité qu’on n’est pas rentrés à la maison.

Max colle doucement sa tête contre moi, sur laquelle je pose machinalement ma main.

– Oui, je sais... Mais papa m’a dit qu’après cette mission, on prendra des vacances.

Mon ami émet un petit bruit.

– Ouais, t’as raison, mais bon, tu le connais.

Nous continuons donc à marcher, en direction d’Océania. Là bas je dois aller dans la contrée Ouest et trouver une certaine Jasita. Mon père m’a dit qu’il s’était longuement entretenu avec elle, au travers de divers courriers entre autres. Qu’après de nombreuses négociations elle s’était enfin décidée à lui céder le précieux livre. De ce que j’ai compris, cette femme posséderait le tome deux d’un très vieil ouvrage. Évidemment, l’acheteur de papa a le premier.

Je me demande comment il déniche toutes les reliques qu’il m’envoie chercher. Parfois l’objet est abandonné dans des villes fantomatiques, d’autres fois je dois aller les trouver auprès de personnes. Et je préfère largement recueillir un objet abandonné dans un endroit où d’étranges créatures vivent, plutôt que d’avoir affaire à des personnes ne voulant pas se séparer de leur précieux bien. C’est toujours mélodramatique et ça ne se passe jamais aussi bien que papa le laisse entendre...

Max et moi on s’en tire bien généralement. Les gens ont tendance à avoir peur de mon meilleur ami, il m’a sortie de plus d’un mauvais pas. Lui et moi on est comme... inséparables. J’avais dix-sept ans à l’époque, j’étais sur une mission paisible... Je crois que je devais retrouver, une pierre ou une bague, quelque chose du genre. J’avais donc dû traverser trois continents et attendre deux marées pour pouvoir passer. Ce qui fait que j’ai voyagé plus de trois semaines.

Enfin, j’avais trouvé la relique. Elle était dans la contrée de Creeks, c’est-à-dire à plus de vingt-cinq jours de marche de chez moi, à Auchikea. J’étais sur le chemin du retour lorsqu’une violente tempête de cendres m’a surprise. J’ai dû me réfugier dans une grotte, et c’est là, dans cette minuscule caverne que j’ai découvert Maximus, il était tout petit ! Malheureusement, il était entouré de ses frères et sœurs, tous morts depuis quelques jours déjà. Sans doute que leur mère avait dû attaquer une grosse proie et n’avait pas survécu. Enfin, toujours est-il qu’il avait dû sentir la chaleur se dégager de mon corps, car, cette minuscule petite chose s’est lentement déplacée jusqu’à moi et s’est blottie contre ma jambe. Il était transi de froid et de faim.

Je l’ai pris dans mes mains, l’ai réchauffé, l’ai nourri, puis j’ai passé la nuit à prendre soin de lui. Cet animal tenait dans ma paume. J’ai attendu plusieurs jours pour voir si sa mère revenait. Elle n’est jamais rentrée chez elle. Alors, contre toutes les mises en garde de mes parents, j’ai adopté cette petite boule de poil. Au départ, il voyageait dans mon blouson. Puis le temps est passé et à mon retour à la maison il trottinait déjà du mieux qu’il pouvait, il était trop mignon...

Le faire accepter à ma famille fut plus facile que je ne l’aurais cru et depuis ce jour il m’accompagne durant toutes mes missions. Il gambade à quelques pas de moi, tournant la tête de temps en temps, quand il entend un bruit ou voit une quelconque bestiole. Il a fière allure aujourd’hui, il est plus lourd que moi. Qu’il est loin le temps où il se cachait dans mon blouson ! Enfin, je l’aime aussi adulte mon Maximus, avec ses yeux bleus pénétrants et sa truffe toute noire. Son pelage n’a quasiment pas changé. Seule sa fourrure prend un ton plus clair et plus volumineux à la saison hivernale. Du reste, Max a la partie inférieure de la tête aussi blanche que les nuages. Son regard est entouré d’un masque grisonnant, devenant de plus en plus foncé à mesure qu’on approche de ses oreilles d’où se dessinent deux lignes blanches. Mais le plus agréable maintenant qu’il est grand, c’est qu’il me tient chaud à son tour avec sa dense fourrure !

Je ne devrais plus trop tarder à entrer sur les terres d’Océania. Cela fait déjà vingt parcours de soleil d’été que je marche et dix que j’ai quitté le dernier village, enfin si l’on peut appeler ça comme ça, il n’y avait aucune âme qui vive.

Le paysage devant moi commence à changer, les arbres deviennent de plus en plus clairsemés. Je siffle pour signaler à Max de faire attention, il comprend le message et revient se mettre à ma hauteur. On arrive bientôt à un chemin. Une fois dessus j’étudie ma carte et ma boussole. Je perçois Max tendre les oreilles, je relève aussitôt les yeux. Je n’aperçois rien de spécial, mais je me fie au flair et à l’ouïe de Max.

– Alors mon gros c’est par où ?

Max me regarde comme s’il était outré. Je secoue la tête avant d’éclater de rire.

– Max, on sait tous les deux que ces derniers temps tu t’es laissé aller... Les petits plats de Prisma étaient bons hein ?

Max se décide enfin à prendre vers la droite, je le suis en étant dans mes pensées. Ah, Prisma. Je tâte mon ventre, c’est vrai qu’elle cuisine aussi bien que maman. Quelle merveilleuse rencontre !

– Tu sais peut-être qu’on... pourrait repasser par chez Prisma pour rentrer, laissé-je glisser.

La réaction de Max ne se fait pas attendre, il approuve vivement par des petits cris de joie. Je caresse lentement sa tête.

– J’étais sûre que ça te ferait plaisir.

Nous continuons à marcher le long du chemin, nous avons laissé derrière nous la douceur du sous-bois pour nous enfoncer vers ce qui semble être un petit village. J’aperçois de-ci de-là quelques habitations. Bon d’après mon expérience, le meilleur moyen de trouver une personne précise dans n’importe quelle ville ou mégalopole, c’est de se rendre au marché. Là, vous recevez toujours toutes les informations que vous cherchez. C’est un lieu de partage, d’échange et parfois de commérage...

Je rencontre quelques habitants sur mon passage, hommes, femmes et enfants. Peu importe qui ils sont, s’ils n’ont pas l’habitude des étrangers, ils vous regarderont exactement comme eux le font, mélange de méfiance, curiosité et de peur... Je pose une main apaisante sur la tête de Maximus.

– T’inquiète pas mon beau, on ne reste pas longtemps ici, dis-je pour le rassurer autant que moi.

Arrivant devant ce qui ressemble à un marché couvert, je rentre dans l’édifice décrépit. Une fois à l’intérieur un certain nombre d’achalandages et d’échoppes en tout genre sont regroupés dans cette salle... Apparemment, les gens d’ici n’ont pas l’air vraiment riches. La plupart des marchands vendent des objets de création, faits avec les matériaux à leur disposition. Et je dirais que la seule chose qu’ils ont à eux ce sont des marécages. Je vois beaucoup d’artisanat confectionné essentiellement à partir des bois de la mangrove. Il me semble qu’il s’agit de palétuviers, ils ont de grandes racines, mais ininflammable. Une fois, je m’y suis retrouvée et impossible de faire du feu. Heureusement pour moi Maximus avait déjà pris de l’allure et il me tenait chaud.

Tous les regards ont convergé vers nous au moment même où nous sommes entrés. Je n’aime pas ça... Quand les gens n’ont pas l’habitude de voir d’autres personnes que ceux qu’ils côtoient à longueur de journée, ils ont tendance à juger et être méfiants. Je m’avance vers la première femme que je croise. D’après ce que j’en sais, elles ont plus tendance à parler dès que Max leur fait son numéro de charme.

– Assis Maximus !

Max s’exécute de bonne grâce, devant le regard attendri de la marchande.

– Bonjour Madame, une belle échoppe que vous avez là, dis-je paisiblement.

La jeune femme lève les yeux de Max pour les poser directement sur moi.

– Merci, je peux vous vendre l’un de ces sacs en toile ? Ils sont robustes ! assure-t-elle.

Je souris avant de lui répondre.

– Ils sont faits en quels matériaux ? Dites-moi, je cherche Jasita. Savez-vous où je peux la trouver ?
– Des fibres d’orties séchées, c’est avec ça que nous confectionnons nos tissus. D’où venez-vous ? Vous avez l’air... sauvage ! souffle-t-elle en évitant ma question.

Je hausse un sourcil, moi sauvage ? Non eh... bref, peut-être que si je lui achetais son foutu sac elle me répondrait.

– Je viens de loin, dis-je avec un sourire. Vous êtes sûre qu’il résiste à tout votre sac... Hum, ça pourrait plaire à ma mère. Quel est son prix ?

La femme me sonde, comme si en me regardant elle pouvait savoir ce que j’ai sur moi.

– On fait du troc ici, qu’est-ce que tu peux m’offrir ?

Oh chouette du troc... Hum, je fais note mentale, qu’est-ce qui pourrait bien lui plaire ? Je pense que j’ai une chose qui pourrait la satisfaire, j’espère que mon bagou est toujours au point.

– Tenez, que dites-vous de ceci, dis-je comme si je lui montrais un secret.

Je lui fais voir une pierre violette. Elle semble banale à première vue, mais je la mets soudain à la lumière et elle s’illumine de l’intérieur. La femme est ébahie. Eh, eh ça fait toujours son effet. J’adore.

— Vendu ! dit-elle en saisissant la pierre pour répéter l’opération magique.

Je prends le sac qu’elle me tend.

– Je pense que cette pierre vaut bien une petite réponse non ? Où pourrais-je trouver Jasita ?
– Vous la trouverez au bord du continent, près de la capitale.

Oh chouette encore de la marche.

— Pouvez-vous me donner la direction pour aller à la capitale, s’il vous plaît ? dis-je avec un grand sourire.
– Par là, suivez le plus large des chemins. Vous ne pouvez pas vous tromper.
– Merci bien madame.

Elle ne m’écoute déjà plus tellement elle est en admiration devant la petite pierre violette. J’appelle Max et nous sortons du marché, il ne me faut pas plus longtemps pour trouver la route que je cherche.

Après avoir marché ce qui me semble deux chandelles, j’aperçois enfin de grandes bâtisses, beaucoup plus de personnes, mais aussi des gardes, beaucoup de gardes. Non, ne me dites pas que je suis tombée chez des dingues de sécurité sinon je ne suis pas sortie. Je pose ma main sur le collet de Maximus comme pour lui intimer de ne pas bouger.

Au loin, je vois un attroupement anormal. Je m’avance discrètement et me fige devant une scène horrible. Une jeune adulte est attachée à un poteau, en train de se faire fouetter. J’aperçois une vieille femme pleurant vivement un peu à l’écart. À mon avis, c’est elle Jasita, d’après la description que m’en a fait papa. Mais comment est-ce que je vais bien pouvoir l’aborder ?
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MessageSujet: 3. Saphir   Jeu 16 Juin - 17:45

Bonjour à toutes, je vous poste le troisième chapitre aujourd'hui Voui
Bonne lecture et découverte Wink


3. Saphir

Des coups de fouet, encore et encore... Le sang dévale les courbes crispées de mon corps, pour esquisser de drôles de marques sur le sol. L’insoutenable chaleur du soleil rend les lacérations dans mon dos toujours plus douloureuses... Des gouttes de sueur perlent sur mon front et le visage de maman se fond dans l’invisible... Mes poignets sont sur le point de rompre sous le poids de mon corps. De l’eau, à nouveau... glissant doucement sur mon dos. Dans un effort inestimable, j’ouvre à peine les yeux. Une éblouissante lumière blanche m’accueille. Les ténèbres s’évanouissent lentement... Une ombre passe, puis deux, explorant mes tourments avant d’être chassées par la clarté. Est-ce ça le paradis ? Je n’ose pas faire un geste, de peur de retrouver une lancinante douleur une nouvelle fois. Mes yeux se referment et s’ouvrent à nouveau lorsque je réalise que quelqu’un se tient près de moi.
On porte un bol avec de l’eau fraîche à mes lèvres, jamais je n’avais autant savouré ces quelques gorgées. Le bout des doigts de l’individu se pose sur mon front.

- Tu es réveillée ? demande une voix féminine.

Ma vue se concentre, je plisse les yeux pour tenter d’avoir une vision plus nette de l’environnement qui m’entoure. Je fuirais si j’en avais la force. Une main me sert de visière et je découvre alors le visage d’une femme qui m’était inconnu jusqu’alors. Ses traits fins sont soulignés par une espèce d’artifice posé au sommet de son front. Deux yeux très sombres surmontés de sourcils à l’allure très stricte m’observent avec précaution.

– Ne t’inquiète pas, tu ne crains rien, continue la voix.

L’une de ses mains vient éponger mon visage. J’esquisse un léger mouvement de recul stoppant sous la douleur qui retient mon corps comme un bloc de pierre.

– Je suis une amie, on m’a chargée de te sauver, précise-t-elle.

Ses pommettes saillantes accentuent les lignes de sa mâchoire. Des cheveux noir-ébène sont ajustés derrière ses oreilles. De nouveaux sons m’atteignent. Elle se meut autour de moi, parle à un certain Max que je ne discerne pas et se replace à mes côtés. Elle manipule mes yeux en s’approchant si près que je distingue les aspérités du cuir de son gilet sans manche. Un large bracelet orne son bras gauche revêtu aussi d’un gant recouvrant la moitié de son avant-bras. La jeune femme me fait délicatement tourner la tête pour observer mes oreilles et me demande si je l’entends. Ce à quoi je serre ma main sur son bras en guise de réponse. Une brise légère parcourt mon corps, un frisson me tord dans une incroyable douleur. J’ai l’impression que l’on déchire mon dos, comme si ma peau était devenue trop petite pour les muscles qu’elle contient. J’étouffe un soupir. Un bras me soutient et m’invite à me retourner sur le ventre. On humidifie un linge.

– Va falloir nettoyer ces plaies, ça va piquer, annonce-t-elle.

Elle me propose de serrer les dents sur ce que je devine être des lanières de cuir. Un liquide frais est versé sur mon dos. Ça me soulage tout d’abord puis me donne l’impression de brûler vive. Une main appuie sur mon menton pour me faire refermer la mâchoire et étouffer une longue plainte. Puis, la femme renouvelle l’expérience qui m’est insupportable.

– Est-ce que ça va ? demande-t-elle.

Sa voix se veut compatissante. Évidemment, la douleur est insoutenable, mais sa présence me rassure. Elle répète l’action une dernière fois puis elle m’aide à m’installer plus confortablement et me propose à nouveau le bol. Les terres d’Océania sont partagées entre cours d’eau provenant de l’infiltration de la mer et les plans d’eau douce qui se sont constitués avec le temps. Je devine sans mal qu’elle a utilisé l’eau salée pour désinfecter les plaies, ce qui m’étonne c’est qu’elle n’a rien à voir avec les habitants de l’île.

J’esquisse un mouvement de recul, malgré la douleur qui m’assomme et m’éloigne d’elle en crapahutant sur le sol. Mes doigts s’enfoncent dans le sable et les cendres mêlées. La terre noire me rappelle celle des tourbières, très sombre et humide. La jeune femme lève lentement les mains.

– Super ! Il a fallu que je tombe sur une fille muette et peut-être même sourde ! Au moins, elle entre dans la catégorie de l’expression : sois belle et tais-toi.

Elle parle comme un homme, non, c’est plus étrange que ça. Si ce n’est pas un Mwalam, qui d’autre aurait pu me sauver ? Seul un Ange aurait pu me libérer des chaînes de la mort. Je lève à mon tour les mains, mais plus pour anticiper ses mouvements que pour lui montrer que je ne lui veux aucun mal. J’aimerais répondre à sa dernière réplique et lui faire savoir que j’entends et que je parle, mais je n’y arrive simplement pas. Peut-être est-ce mieux ainsi. Mes yeux cherchent une échappatoire à droite, puis à gauche et soudain je découvre un loup. Il se redresse et grogne à mon encontre.

– Max, calme-toi. N’effraye pas la jolie demoiselle. Elle s’appelle Saphir, dis-lui bonjour, ordonne-t-elle sérieuse.

J’observe l’animal en restant sur mes gardes.

– Oh doucement, il ne te fera pas de mal. Il est gentil. C’est Maximus, m’explique-t-elle patiemment.

Le fameux Max s’assied et tend la patte en poussant un petit jappement. Mon regard se porte à nouveau sur l’humaine face à moi, quel genre de femme peut-elle bien être ? Il me faut quelques minutes encore pour retrouver mon calme. Si l’étrangère ne m’avait pas soutenue, je serais lamentablement tombée sur le sol. Elle m’intrigue, elle ressemble à l’image qu’on m’a décrite de la milice extérieure. Elle porte autour de la taille une cartouchière et sa jambe est équipée d’un couteau, plutôt long, un peu comme... les épées des gardes, mais plus court. Que peut-elle bien faire avec ça ? Si elle était d’ici, ses armes lui auraient été retirées immédiatement. Le paysage alentour sent vaguement l’air marin, nous sommes certainement près de la côte. Ses yeux sombres m’observent, elle devine aisément la question silencieuse que je me pose : comment ? Comment suis-je arrivée là ?

– Nous sommes à l’écart du village, tu n’as rien à craindre. Je t’ai portée assez loin.

Elle, avec sa petite carrure, me porter jusqu’ici ?

– Oh, je suis bête, je ne me suis même pas présentée. Je m’appelle Zola.

Quel drôle de prénom, je n’en ai jamais entendu de pareil. C’est un prénom que pourrait aussi bien porter un garçon. Il est étrange, mais je l’aime bien. Je me demande si je saurai le prononcer. Nous échangeons un regard pendant lequel Max s’allonge et se roule dans l’herbe encore verte. Cette fois, je crois qu’elle a saisi que je ne pourrais pas dire un mot, mais qu’au moins je la comprends. Pas tout à fait dans son intégralité, mais bon…

– Je vois, reprend-elle encore une fois sous mon regard. Tu veux la version courte ou abrégée ?

L’un des mots qu’elle emploie m’est inconnu. Je dois émettre un drôle de faciès puisqu’elle explique en grondant tout bas.

– Rah, les femmes...

Quelle curieuse façon de parler d’elle-même ! Je vois sa poitrine se soulever, alors sans l’interrompre j’écoute ce qu’elle a à me dire. Sa présence et sa voix m’apaisent lentement.

– D’accord. Bon, par où je commence ? J’ai rencontré une vieille dame qui te connaît : Jasita. Elle m’a demandé de t’aider. J’ai donc attendu la nuit, tué quelques gardes et t’ai libérée, puis je t’ai portée pour qu’on soit à l’abri, ici.

J’ouvre de grands yeux ronds sur le prénom de l’amie de maman.

– Elle devait passer chez elle, récupérer une chose précieuse... Elle va revenir et vous pourrez partir où bon vous semble. Moi je suis ton infirmière et accessoirement garde du corps.

Cette révélation éveille en moi une plus grande méfiance que la précédente. Quel accord a pu passer Jasita pour que cette femme s’occupe de moi ? Me dit-elle seulement la vérité ou a-t-elle tué Jasita et décidé de me vendre dans une ville prochaine ? J’acquiesce sans laisser transparaître mon inquiétude.

– Bon, je n’ai pas vraiment posé de questions à Jasita, mais... pourquoi tu étais attachée là ? Bien sûr, tu ne vas pas me répondre hein ?

Je ne sais pas comment réagir. Malgré mes efforts pour tenter de formuler un mot mes cordes vocales refusent de s’activer. Si Zola a vraiment mis sa vie en jeu pour me sauver, je crois que je lui dois une explication, seulement j’en suis incapable dans l’immédiat. Une chose m’interpelle tout de même : Zola serait-elle une mercenaire ?

– J’espère que Jasita va se dépêcher.

Max se relève brusquement, ses babines sont retroussées. Des bruissements nous parviennent, se rapprochant toujours plus et se voulant discrets. Zola est sur ses gardes, épée en main en une seconde, comme si l’arme lui était spontanément apparue dans la paume.

– C’est bon Max, annonce-t-elle à l’animal qui étouffe un grognement.

Ma vue se floute de temps à autre, emportant avec elle ce qui m’entoure dans un méandre de couleurs et de contours imprécis. Malgré cela, je distingue la voix de Jasita. L’étrangère demande :

– Vous avez le livre ? Il faut que je traverse avant que la marée ne remonte, dit-elle calmement.

Zola sait passer au-delà de la mer. A-t-elle un navire ? Les hommes qui s’y sont aventurés ne sont jamais revenus, c’est le cas de mon... enfin de Simon, que je croyais mon père jusque hier. Les tourbillons sillonnent les côtes, aspirant au centre de la Terre tout ce qui se trouve sur leur passage. Parfois, nous les voyons approcher très près, les vagues deviennent blanches et cognent les falaises. Quand elles repartent, les falaises nous paraissent toujours de plus en plus étendues. Je me demande si le continent grandit ou si l’eau creuse la pierre.

– Saphir... Je suis tellement désolée, annonce-t-elle en me retrouvant au sol.
– Elle a subi un lourd traumatisme, je pense que ses cordes vocales ont été abîmées à force de crier. Il lui faudra du repos et... beaucoup de miel avant d’avoir un usage normal de la parole.
– Ça va aller, je vais m’occuper d’elle, nous partirons. Loin d’ici.

Jasita se relève et s’approche de l’ombre de Zola qui recouvre le sol avant que je l’entende à peine lui demander de nous faire emmener de l’autre côté.

– Ce n’est pas la traversée le plus dur, c’est d’éviter les violentes tempêtes qui se déclarent n’importe quand, précise l’aventurière.
– Je connais les tempêtes, avance Jasita. Cendre, sable, eau...
– Je regrette, je ne peux accéder à votre requête. Il vaut mieux brouiller les pistes et partir chacun de son côté.
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MessageSujet: Re: Nouvelle Ere (récit)   Jeu 16 Juin - 18:34

D'abord je me suis dit non je vais pas réussir à lire tout à puis je me suis laissé entraîner dans l'histoire
J'attends impatiemment la suite Smile
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MessageSujet: Re: Nouvelle Ere (récit)   Jeu 16 Juin - 18:42

Tweety162002 a écrit:
D'abord je me suis dit non je vais pas réussir à lire tout à puis je me suis laissé entraîner dans l'histoire
J'attends impatiemment la suite Smile

Merci pour ta réponse Tweety Very Happy C'est vrai qu'à première vue ça a l'air énorme. Je suis contente que tu ais été entraînée dans l'histoire, je publie la suite demain Voui
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MessageSujet: 4. Zola   Ven 17 Juin - 12:11

Bonjour à toutes ! Voilà la dernière suite de la semaine  Very Happy Je vous souhaite un agréable week-end  Voui


4. Zola

Heureusement pour moi, j’ai réussi à conclure un marché avec cette vieille dame. Je ne me suis pas attiré d’ennuis pour une fois. Hormis le fait que je ne devrais certainement plus remettre les pieds sur cette île, tout s’est plutôt bien passé. Je les ai donc laissées à leur sort, et je suis repartie avec le fameux livre. Ça doit faire déjà quelques heures que nous marchons, Max et moi, à une allure de croisière. Si nous continuons à ce rythme nous verrons bientôt la mer.

– Bon Max, on traverse au passage, puis on va retrouver Prisma et en route pour Auchikea. On aura peut-être même droit à des vacances, t’en dis quoi ?

Max grogne de satisfaction, nous avons enfin quitté la petite forêt pour laisser place au sable et si je me mets sur la pointe des pieds je peux apercevoir la mer.

– Faudra peut-être attendre quelques chandelles avant de pouvoir traverser, mais au moins nous sommes dans les temps. Pile-poil comme je l’avais prévu.

Je réajuste toutes mes affaires, Max me regarde attentif. Les muscles de ses pattes se contractent déjà. Nous nous jaugeons.

– Cette fois je vais gagner, dis-je en me mettant à courir d’un coup.

Max réagit aussitôt, mais se maintient à ma hauteur. Nous arrivons ensemble sur la plage et je me laisse tomber sur le sol.

– Bah, on va dire égalité ?

Max me regarde la tête penchée l’air de penser : « non, mais tu rêves, j’t’ai laissée gagner ». J’explose de rire.

– Ouais, je sais.

Je fixe la mer devant nous un instant, puis le ciel et le soleil... À mon avis, il ne doit pas être loin de l’heure de manger.

– Eh, Max, tu vas chercher les poissons, je m’occupe du bois OK ?

Max me regarde, hoche la tête et part vers l’eau. Je me lève et me mets en quête de branchages secs. Quelques heures plus tard, nous sommes tous les deux au bord du feu, et dégustons quelques fameux poissons que Max a réussi à attraper. Comme il en a pris plus qu’on ne peut en manger, je les place dans mon sac de provisions spécial. L’eau a déjà bien commencé à s’évacuer, encore une demi-heure et ça devrait être aller. Soudain, Max se lève et dresse les oreilles. Je mets rapidement du sable sur le feu, me lève à mon tour et attrape mes armes. Quand il fait ça, ça, ça n’augure rien de bon. Je lui fais signe de faire moins de bruit, puis moi aussi je me mets à entendre les sons qui ont alerté Maximus. Tout à coup, j’aperçois deux silhouettes faire irruption de la forêt et courir vers la plage, puis peu de temps après quatre soldats peu armés. Oh non !

Que faire ? J’ai déjà assez donné et ce n’est pas mon problème... Soudain, j’entends un cri, je me retourne et me mets à courir en direction de l’affrontement. Et merde ! Au fur et à mesure que j’approche, j’arrive à distinguer les visages. Je reconnais Saphir et la vieille Jasita. Je fais un signe de main à Max. Je m’occupe des deux hommes sur la gauche et lui de ceux à droite. Notre attaque les surprend. Je me débarrasse facilement du premier type.
J’aperçois Saphir agenouillée auprès de Jasita... La dame a du sang qui lui coule doucement de la tempe droite.

- Qui es-tu ? s’exclame le dernier soldat.

– Eh, ce n’est pas gentil ça... Je ne suis pas toute seule, tu oublies mon ami... Il est derrière toi.

L’homme écarquille les yeux, se retourne et aperçoit mon beau loup les babines retroussées. Imaginez un monstre de soixante-dix kilos de pur muscle devant vous, les crocs tous sortis. Vous faites totalement abstraction du monde qui vous entoure et vous vous concentrez sur l’animal.

C’est une des premières tactiques qu’on a mises au point avec Maximus, c’est ce qui marche le mieux, encore plus quand les personnes ne connaissent pas les loups. Maintenant il me suffit d’avancer et d’enfoncer mon glaive dans le dos de notre ennemi, le temps qu’il se rende compte qu’il s’est fait avoir, il est déjà mort.

Je regarde tout autour de nous, la mer est à présent assez reculée pour traverser. Oh, je vais me faire tuer par mes parents. Je me précipite vers Saphir. Elle est agenouillée sur le sable, avec Jasita sur les genoux, la seule famille qui lui reste si j’ai bien compris.

Je dois dire que dans le style paysan, Saphir est plutôt jolie. Elle est quasiment de ma taille, mais beaucoup moins musclée. Elle est brune, bien que ses cheveux aient plutôt la teinte de l’eau croupie des marécages. Son visage est fin et bien proportionné. J’ai tout de suite remarqué la profondeur de ses yeux, ils sont de la couleur des prairies du printemps par chez moi. Son dos est recouvert d’une espèce de linceul grisâtre, mais elle reste très court vêtue.
Je me fous une claque mentale. Il faut se bouger Zola. On ne sait pas ce qui peut encore arriver.

– Saphir, qu’est-ce que vous faites là ?

Elle caresse doucement le visage inerte de Jasita. Oh non, tout, mais pas ça.

– Saphir, que s’est-il passé et pourquoi ces soldats vous poursuivaient ?

Je me retourne sans cesse, je sais que je ne devrais pas traîner ici, mais... La jeune femme fait de gros efforts avant qu’un faible filet de voix enrouée apparaisse entrecoupé de pauses pendant lesquelles elle déglutit péniblement.

– Nous t’avons... suivie, il fallait que nous quittions... ces terres et tu... es la seule que je connaisse à... savoir... traverser. Je ne voulais... pas que tu aies d’ennuis, pas... plus que Jasita... dit-elle en sanglots. Les gardes étaient... à nos trousses... sans qu’on le soupçonne... puisque nous... étions concentrées à te suivre et...

Oh super ! Me voilà bien, qu’est-ce que je fais maintenant ?

– Bon il faut qu’on bouge et maintenant, Max et moi on traverse, soit tu nous suis maintenant... soit tu restes là...
Saphir me regarde stupéfaite, la situation la transit de peur. Je m’accroupis auprès d’elle.
– Saphir, je suis désolée, je me doute que ça doit être dur, mais Jasita s’est sacrifiée pour toi, pour que tu vives. Tu dois venir avec moi.

J’attrape doucement Jasita et l’allonge sur le sol. Une vieille prière pour les âmes me revient en mémoire.

– Toi qui conduis les âmes vers la lumière éternelle, ton serviteur te demande de venir à son aide afin de permettre à l’âme errante de cette personne, Jasita, de trouver la paix. Je te prie d’accorder le repos à cette âme en peine, de lui permettre de voir la lumière et de se diriger vers toi afin qu’elle puisse choisir la voie de la vérité et de la vie éternelle. Amen.

Je me relève doucement et attrape la main de Saphir. Celle-ci prend une grande inspiration. Elle pose un long regard sur l’environnement qui l’entoure puis se décide :

– Plus rien ne me retient ici.
– Très bien, allons-y, dis-je en ramassant mes affaires.

Je siffle Max et nous marchons vers la mer.
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MessageSujet: Re: Nouvelle Ere (récit)   Ven 17 Juin - 14:19

Encore encore vivement la suite Smile
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MessageSujet: 5.Saphir   Mar 21 Juin - 11:53

Bonjour tout le monde,
J'espère que votre semaine a bien commencé et que vous êtes prêtes à découvrir la suite de cette aventure Voui
Bonne lecture et au plaisir de vous lire Very Happy



5.Saphir


La jeune femme me rejoint après avoir fouillé les cadavres des soldats. Je la vois jeter quelques effets personnels dans son sac à dos. Max jappe puis Zola nous rejoint à petite foulée. Elle m’accorde un léger regard. Je la sens compatissante, mais elle ne laisse rien paraître et entame la marche en me suggérant de la suivre de près. J’observe l’horizon au loin, puis les feuilles qui virevoltent en bruissant au-dessus du corps de Jasita, avant que mes jambes ne m’entrainent dans le ventre de la mer. Les traces des bottes en cuir de Zola marquent le sol. Nous nous enfonçons dans le sable encore humide. Il se dessine par-ci par-là des puits d’eau qu’elle évite tandis que Max saute habilement par-dessus. Le silence s’interpose entre nous deux, j’aimerais la remercier, mais ne serait-ce pas déplacé ? Après tout, je lui ai certainement attiré plus de problèmes qu’autre chose. Le loup prend la tête du groupe.

Pendant les minutes qui nous mènent de plus en plus loin de la terre je cherche à découvrir les sentiments qui m’animent, mais je suis lasse. Comment en sommes-nous arrivées là ? Tout est devenu si contradictoire dans mon esprit, comme lorsque le venin du scorpion m’a affecté il y a des années. J’ai l’impression d’être dans un rêve étrange et irréel. J’agis sans comprendre mes actes, j’avance la tête légère et le corps lourd de peine et de douleur.

Chaque fois que Zola se retourne pour me jeter un coup d’œil, je redresse la tête. Pourquoi m’a-t-elle aidée ? Est-ce que j’aurais fait la même chose qu’elle à sa place ? Je ne crois pas que j’en aurais eu le courage. Cette nouvelle idée me désole encore un peu plus que la réflexion précédente. Je la regarde avancer toujours au même rythme, le pas ferme et assuré, puis je regarde mes pieds nus et me redresse un peu malgré la douleur. Au loin, j’aperçois l’eau qui disparait, nous nous enfonçons toujours dans le sable froid, chaque pas me paraît plus difficile que le précédent. J’aimerais faire une pause, mais cela ne semble pas faire partie des objectifs de la jeune femme qui accélère le pas.
Quelques crustacés se battent tandis que d’autres disparaissent et rapidement un jappement strident fait relever la tête de Zola concentrée sur sa marche.

- Plus vite ! ordonne-t-elle. L’eau remonte.
– Quoi ? lancé-je alors qu’elle se met à courir à petite foulée.

Tant bien que mal, je la suis. Les pansements de Jasita commencent à céder, mais quelque chose de plus profond que la douleur me force à suivre Zola : la peur. Je pensais avoir atteint le summum de la crainte les heures passées, mais de nouveaux paliers semblent encore pouvoir exister.
Les filets d’eau mouillent mes pieds au bout d’une quinzaine de foulées. L’écume blanche apparait doucement dans l’agitation au loin. De part et d’autre de nous se trouvent des petites dunes brillantes sous le soleil. J’ai du mal à croire les paroles de Zola, tout a l’air si paisible à cet instant.

– Vas-y ! Fonce Max ! ordonne-t-elle.

Mes foulées se font de plus en plus petites, je suis à bout de forces. Je m’arrête pour observer une nouvelle fois cet étrange endroit. Je n’y avais jamais mis les pieds, d’ailleurs je n’avais jamais entendu dire que l’on pouvait traverser les mers à la marche. Soudain, un étrange son, un bruit qui m’était jusqu’alors inconnu s’étend autour de nous. Les dunes ensoleillées se mettent à briller de plus belle puis elles s’évanouissent les unes après les autres comme une coulée de boue et l’eau transparente apparait rapidement. Zola a pris de l’avance, ses pas s’écrasent sur l’eau dans un clapotis quasiment inaudible pour moi lorsqu’elle tourne vivement la tête derrière elle pour apercevoir qu’elle me distance.

Elle me regarde intensément pendant quelques secondes qui me semblent des minutes, puis je la vois faire demi-tour et se diriger vers moi encore plus vite que précédemment.

– Je vais t’aider Saphir, ne bouge pas, dit-elle d’un ton qui se veut apaisant.

La jeune brune me saisit vivement et, sans que je comprenne comment, je me retrouve sur ses épaules. Ses bras, plus musclés que je l’aurais imaginé, me maintiennent respectivement par l’entrejambe et la nuque, j’attrape instinctivement sa ceinture pour me maintenir et Zola retrouve plus de stabilité. Elle reprend sa marche vers l’autre côté tandis que j’observe l’eau monter à vue d’œil. Les marées ne sont jamais les mêmes, le cycle des remous est aléatoire selon les dires de Jasita, car ils sont perturbés par les énormes siphons qui creusent l’eau. Dans les minutes qui suivent, le niveau atteint la cheville puis le genou de Zola.

– T’inquiètes, pas on est déjà sur la pente ascendante. Le plus dur est passé, m’explique-t-elle lorsque mes doigts se crispent un peu plus sur sa ceinture.
– Excuse-moi.

J’aperçois Max qui sautille de joie sur le bord du nouveau continent plus au loin. Derrière nous, la cuve s’est déjà remplie et je distingue les ailerons aux pointes blanches des monstres de mer. Heureusement pour nous il n’y a pas encore assez d’eau pour les amener jusqu’ici. Quand Zola me repose au sol, ma tête semble encore plus lourde qu’avant. Je me laisse choir sur cette Terre inconnue pendant quelques minutes durant lesquelles la jeune aventurière reprend son souffle et adresse une caresse à Max. Il n’y a pas grand-chose à voir ni même rien de bien différent des côtes que je connais. Le sable gris imprègne mes habits, mais le sol est si confortable que j’y resterais bien des heures.

– Saphir, il faut qu’on se dépêche pour arriver à l’abri avant la tombée de la nuit sinon on est mal.
– Quoi ? Pourquoi ? balbutié-je.

Elle me regarde vraiment d’un air sérieux.

– Crois-moi, tu ne veux pas savoir. Allez, dit-elle en me tendant sa main. On y va, Max passe devant.

J’étouffe un soupir. Comment suis-je censée survivre si je ne connais pas ce qui peut me nuire ? Je fais confiance à Zola, mais une certaine crainte naît tout de même au creux de mon estomac. Son air sérieux m’inquiète, mais son calme apparent me rassure. Elle reprend la marche en me proposant son aide une nouvelle fois. Cette fois, elle soutient un peu ma marche en tenant mes côtes tandis que mon bras gauche passe par-dessus ses épaules. Nous arpentons une pente sableuse parsemée de buissons secs et d’herbes fougueuses qui se disputent le terrain. Il n’y a que du sable à perte de vue. L’horizon semble disparaitre chaque fois un peu plus.

Je me demande où nous allons. Est-ce que Zola vient de ce continent ? Quel est son nom ? Quel est ce mal dont elle ne veut pas me parler ? J’aimerais bien la questionner un peu plus, mais je n’ose pas, car chaque tentative précédente a lamentablement échoué. Mon langage n’est pas encore adéquat pour tenir de longs discours, mais petit à petit, à force d’efforts j’arrive à faire de plus longues phrases... Je soupire cette fois, car mon dos me fait souffrir lorsque la jeune femme brise le silence dans lequel nous nous sommes plongées.

– Est-ce que ça va ?
– Oui, ça va... Merci.
– Très bien mademoiselle la dure, laisse-moi regarder ton dos.

Zola s’immobilise et retire les bribes de tissu qui ont résisté aux épreuves précédentes. J’entends des objets s’entrechoquer dans le sac de l’aventurière.

– Attention, ça va être un petit peu froid, mais cela va apaiser la douleur, annonce-t-elle.

Sans plus attendre, sa main effleure mon dos dans une caresse très légère. Elle a enlevé le tissu pour appliquer la pommade le plus minutieusement possible. Elle est effectivement bien fraîche. Des contractures réflexes me font tendre le dos lorsque sa main passe près de mes reins. La douleur est aiguë et tout se réchauffe lorsque le tissu retombe sur mon dos.

– Ces blessures ne sont pas très belles, il va falloir surveiller ça de plus près... et surtout n’expose pas ton dos au soleil ou à l’air ambiant pour l’instant.

Elle me tend une gourde que j’approche de mes lèvres sèches. Je pose un regard sur les traits atypiques de son visage. Je me demande si là où nous allons je donnerai cette impression aux gens aussi, puis elle me tend un large tissu blanc-gris sur lequel une multitude de couleurs dessinent des personnages avec des instruments entre les mains. Mes doigts caressent la surface étrange puis je le passe avec l’aide de Zola. Mes bras courbaturés glissent sous le tissu épais et trop large. La jeune femme ajuste le vêtement à mes épaules plus menues que les siennes et esquisse un sourire.

– Voici une parfaite réplique de Kalinka, dit-elle.
– Kalinka ? questionné-je.
– Oh, c’est une femme qui aide maman à enseigner aux enfants. Elle est un peu... euh excentrique, finit-elle sans se départir de son sourire.
– Qu’est-ce que vous... enseignez aux enfants ? demandé-je sans y mettre l’intonation.

Nous nous remettons à marcher bras dessus bras dessous.

– Euh eh bien, à lire et à écrire essentiellement. Puis quand ils sont plus grands, l’histoire, la géographie, les différentes choses de la vie courante en fait. Ensuite vers l’adolescence quand ils ont bien le sens des réalités, ils peuvent choisir ce qu’ils préfèrent apprendre. Par exemple, toi qu’est-ce que tu aimes faire ?
– À Océania, nous apprenons à... chasser, à confectionner des... habits, des armes ou des paniers, tout un tas de choses, c’est... ce qui détermine notre avenir. Nous faisons ce que nous savons faire, pas ce que nous aimons.
– D’accord eh bien... par chez moi, c’est totalement différent. Déjà, les enseignants connaissent leurs élèves donc ils savent vers quoi orienter leurs choix... Par exemple, moi... bon, c’est un peu différent, mais, j’ai appris comme tous les autres puis à l’adolescence j’ai appris différentes techniques de combat, de survie... en plus de l’enseignement basique des livres... Mais bon comme je te l’ai dit mon cas est un peu différent parce que mon père m’avait déjà enseigné ces techniques, quand j’étais toute petite. Selon les dires de mon enseignant supérieur, j’aurais pu faire une grande carrière dans le secteur défensif... D’ailleurs, je suis réserviste, enfin bref assez parlé de moi. Tu faisais quoi toi alors ?
– Réserviste ? Tu as le droit de... faire la guerre et de tenir des... armes ? Mais tu es une femme, n’est-ce pas ?

Elle me regarde puis touche différentes parties de son corps.

– La dernière fois que j’ai regardé, oui j’en étais une, dit-elle en riant. Si j’ai le droit ? Bien sûr et tiens-toi bien je suis assez haut gradée en plus, dit-elle avec une fierté non dissimulée.

Je ris de bon cœur à sa plaisanterie, mais quelque chose chez elle me semble... je ne sais pas comment qualifier cette impression. Ces habitudes sont différentes des miennes, je ne devrais pas la juger. Auparavant, je l’aurais certainement fait. Sans compter que j’aurais été réfractaire à autant de proximité avec cette étrangère, mais elle m’a sauvé la vie à plusieurs reprises sans jamais rien me demander en échange. Je dois avouer qu’une certaine curiosité m’anime.

– Ah ? demandé-je pour l’encourager à poursuivre.

Quelques broussailles séchées parsèment le chemin d’embûches, mais Zola est très vaillante et je comprends pourquoi elle mérite de porter les armes : elle est aussi brave qu’un homme.

La courbe que nous gravissons n’est pas très accentuée et me semble interminable du fait que l’on n’en voit pas le bout. Le soleil est bientôt à son point de chute, j’espère que l’abri dont parlait Zola n’est plus très loin.

– Oui je suis capitaine, et Max c’est mon bras droit. Enfin bref ! Et tu ne fais que travailler sur ton île ou tu as aussi des passe-temps ?
Capitaine...
– Depuis que p... Simon est... parti en mer avec l’équipage de reconnaissance... c’est moi qui m’occupe de la petite... chasse et quand j’ai du temps j’aide... j’aidais ma mère aux confections des robes... de la souveraine. Je faisais aussi... des paniers très robustes, que maman échangeait... sur les marchés. Chaque travail... fourni est récompensé par des matériaux et de... la nourriture, comme j’étais à la cueillette on... vendait parfois aussi des confitures... dans les temps les plus durs. Ural et moi on... apprenait les astres avec l’aide de Jasita... certains soirs, je crois que j’aimais ça.
– Ural c’est ton petit ami ? demande-t-elle curieuse.
– Euh..., fis-je confuse. Je ne sais pas, peut-être ?
– Peut-être ?

Zola explose de rire.

– Comment ça peut-être, tu avais des relations intimes avec lui oui ou non ? Ou alors c’était juste une amitié améliorée ?
– Quoi ?! Non, mais... !

Le son de ma voix s’étouffe de lui-même. Je suis abasourdie et désarçonnée aussi des réactions de Zola. Comment fait-elle pour prendre cela avec tellement de désinvolture ? Je m’abstiens de répondre une petite seconde pendant laquelle je sens ses côtes se soulever contre les miennes dans un rire guttural. Le fard me monte aux joues. J’avance la tête basse lorsque soudain la jeune femme s’arrête. Elle prend le temps de m’observer.

– Mais t’as quel âge ? Je croyais qu’on se mariait et procréait jeune dans les sociétés féodales, questionne Zola une nouvelle fois.
– C’est quoi féodal ?
– Eh bien, c’est un système qui... En clair, ça veut dire que vous avez un roi qui dirige tout et vous obéissez... la preuve tu n’as pas de loisir. Je ne sais pas vraiment comment t’expliquer, si ma mère était là, elle l’aurait fait beaucoup mieux que moi.
– Tu veux dire que sous prétexte... que je n’ai pas de loisir je devrais me marier et avoir... des enfants avant toi ? C’est ridicule, laissé-je échapper.
– Non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire... Simplement dans un système comme le tien on oblige les petites gens à faire de durs travaux. Regarde, d’après ce que j’ai compris c’est les femmes et les enfants aux petits travaux et les hommes à la sécurité et au gros œuvre. Je suis désolée de te dire ça, mais cela reste sommes toute très moyenâgeux pour moi, finit-elle avec aplomb.

Zola a certainement beaucoup à m’apprendre, et bien que cette dernière remarque m’afflige je ne relève pas. De toute manière, je n’ai pas d’arguments pour aller à son encontre, moi qui ne connais rien du monde. Néanmoins, je dévie la conversation, car sa voix se veut tel un phare et m’aide à rester concentrée sur autre chose que les blessures qui me cisaillent.

– J’ai vingt-quatre ans, et toi ? lui dis-je.
– Je vais bientôt avoir vingt-deux ans.

J’imaginais Zola plus âgée que moi, cette nouvelle me surprend légèrement. Je me risque à un autre assaut de curiosité.

– Tu voyages depuis longtemps ? Je veux dire, l’aventure... et découvrir le monde, c’est quelque chose que tu fais depuis quel âge ?
– Eh bien, j’ai commencé à voyager quand j’avais seize ans, au départ j’allais pas super loin, et puis plus le temps passait, plus le périmètre de chasse s’est agrandi.

De chasse... Pourtant elle n’a avec elle ni poisson, ni viande, ni même insecte, que peut-elle bien chasser si loin de chez elle ? Une nouvelle fois, je m’abstiens de répondre préférant attendre d’avoir plus d’éléments pour comprendre ce dont parle Zola. Sa main glisse contre mes côtes pour réaffirmer sa prise et m’aider à avancer. Nous parvenons au sommet d’une immense dune. Une vue d’une incroyable beauté m’atteint. Tout en haut de cette dune, nous apercevons une ville, telle que l’on m’en a conté. Nous sommes postées si haut que nous surplombons l’ensemble de cette jungle étrange où même les plantes ne sont pas nombreuses. C’est peut-être dû à l’absence de soleil.

– Magnifique vue n’est-ce pas, dit-elle sûre d’elle.
– Je n’avais jamais vu ça ! m’exclamé-je en retrouvant un timbre de voix presque normal.

Le soleil face à nous illumine le paysage, il paraît tenir sur le versant opposé de la cuve, en parfait équilibre. Un faible croissant de lumière éclaire la ville en aval. Zola arbore une mine inquiète.

– Il faut qu’on se dépêche, l’abri n’est plus très loin, mais il faut faire vite, reprend-elle pressée.

La descente est plus rapide que notre ascension. Le sable est remplacé par de la terre et d’étranges roches. La température chute et le froid nous gagne avec l’absence de soleil. À première vue, je dirais que tout est mort ici, il n’y a que la poussière qui se déplace au gré du vent, plus loin entre les bâtiments. Le sol sur lequel nous évoluons est aussi noir que la nuit et étrangement plat bien que fissuré et dressé par endroit telles de petites montagnes. De longs troncs de fer sont visibles plus loin, sans être droits ils sortent du sol comme des arbres. Après quelques minutes, nous parvenons au sol et je découvre que les roches noires forment des routes ici, aussi lisses que des feuilles de livre. Max jappe une fois et Zola se met en route dans la direction de son appel. On pourrait presque croire que ces deux personnages communiquent vraiment l’un avec l’autre. Des trous dont on n’aperçoit pas le fond sont dispersés de façon presque uniforme sur le chemin.

– C’est quoi ? demandé-je intriguée.
– Les canalisations, les égouts si tu préfères... Fais attention à ne pas tomber dedans, il y a d’innombrables bestioles dangereuses.
– D’... d’accord.

Un vent froid me parcourt le dos, je regarde longuement l’antre aussi noir que les ténèbres lorsqu’un grondement presque inaudible me parvient. Je rattrape Zola et Max quand soudain de nouveaux grondements provenant d’une autre bouche d’égout nous parviennent plus clairement cette fois. La jeune femme s’immobilise alors les bras le long du corps et les mains parallèles au sol. Plus personne ne bouge, pas même les moustaches de Max. Mon cœur se resserre et s’accélère. Un nouvel écho résonne sous nos pieds et nous parvient très clairement, un son à glacer le sang, puis un second que je ne perçois pas comme une résonance cette fois. Que sont ces choses et combien sont-elles ? Peuvent-elles sortir de ces « égouts » ? Les yeux de l’aventurière viennent subitement se poser sur moi, puis clairement, derrière moi : je crois qu’elles le peuvent.
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MessageSujet: Re: Nouvelle Ere (récit)   Mer 22 Juin - 14:00

Rooo arrêter le récit comme ça ses pas très gentille
La suite la suite vite Smile
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MessageSujet: 6. Zola   Sam 25 Juin - 14:15

Voilà une petite suite pour agrémenter le week-end Smile Voui



6. Zola

Soudain j’aperçois une, puis deux de ces créatures qui vivent dans les bas-fonds. Je jette un regard à la petite femme devant moi, la peur semble littéralement pulser hors d’elle. En un coup d’œil à Max, je constate qu’il a déjà les babines retroussées et que ses dents luisent sous la lumière naturelle de la nuit. Ces monstres-là ne sont pas les pires, mais si nous ne continuons pas à avancer les parents vont arriver et ils sont trois fois plus gros. Je dois prendre une décision et même si cela me coûte, je dois le faire...

– Saphir, tu vas suivre Max. Il va te protéger et te conduira à l’abri. Moi je vais faire un peu de sport, dis-je en m’approchant des bestioles.
– Mais... Zola...

Je suis à côté de Saphir, les armes à la main, totalement concentrée sur les choses qui ressemblent à des rats enfin, d’après ce que j’en sais des livres de maman. Mais ils ne sont pas tout à fait pareils... Bref !

– Allons Saphir ! Je n’ai pas le temps de discuter avec toi. Max te protègera, je te le promets. Fais-lui confiance autant qu’à moi.

Je ne peux pas engager le combat tant que Saphir est là. Ces bêtes sont totalement imprévisibles. Saphir hoche la tête et répond aux jappements de Max en se mettant à courir. Bien, maintenant ! Je m’avance en les gardant toutes les deux dans mon champ de vision. Cette rue est assez étroite, mais je sais d’après mes souvenirs qu’il y a une avenue pas très loin... Seulement, si je vais par là, je risque d’attirer de plus gros monstres... Soudain, l’un d’eux se met en position d’attaque et me saute dessus, je fais une roulade sur le côté et essaie de l’entailler sur le flanc droit. Ma lame ne rencontre que l’air... Mince, je n’ai toujours pas de plan et ils m’ont quasiment acculée contre le mur. J’inspecte rapidement les alentours. Il n’y a rien pour riposter, ni même un endroit pour me mettre à l’abri.
Reste plus que l’attaque. Je pique une accélération et saute sur l’animal en retrait. L’ayant surpris, j’arrive à lui planter mon glaive dans la tête, il tombe raide mort. Aussitôt, je me tourne et fais face au second... Il me jauge, fait quelques pas sur le côté et je l’imite. Peut-être que si je cours suffisamment vite je pourrais le semer. Réfléchis Zola. Allez, sers-toi de ta tête bon sang ! Tout à coup, j’entends un bruit derrière moi. Je me retourne vivement en gardant l’espèce de rat dans ma ligne de mire. Oh non ! Devant moi se tient un magnifique, mais très dangereux puma. Je perçois le son caractéristique d’un animal en fuite, super ! Quel lâche ! J’aurais pu me servir de lui comme appât...
Le félin est légèrement aminci... Il n’a pas dû manger depuis plusieurs jours et il a décidé de faire de moi son repas. Génial ! Bon, avec ce genre de bestioles c’est comme papa m’a appris : « tu gardes ton calme, tu respires doucement et tu anticipes, tu n’attaques pas... ». L’animal se lèche les babines, fait quelques pas... Je bande mes muscles... D’un coup, toutes griffes dehors, il me saute dessus. Je fais une roulade sur le côté et essaie de l’embrocher en même temps. Mon glaive droit ne frôle que son flanc, en même temps que sa patte griffe le haut de mon épaule. L’action se passe au ralenti, mais j’ai le temps de sentir mon muscle se déchirer et la douleur prendre possession de mon bras.

– Aie, bordel..., crié-je.

Je me remets aussitôt debout, le puma est lui aussi blessé. Il semble surpris par le saignement abondant, puis une idée me vient à l’esprit. Doucement, vraiment doucement, je pose mes armes sur le sol... Aussi lentement que je le peux, j’ouvre l’un de mes sacs ; il m’observe attentivement. J’en tire quelques poissons et les lance juste devant lui. Il semble méfiant... Puis, il s’avance, renifle l’offrande, doucement il s’en saisit et il fait demi-tour.

– Oh, merci, mon Dieu, j’aurais pu y penser plus tôt.

Je regarde mon épaule, puis sors un tissu pour faire un garrot du mieux que je peux avant de me remettre en route vers l’abri. En quelques minutes, j’y arrive. J’ouvre doucement la porte et je m’aperçois que Max me fixe. Saphir est assise par terre. Ses bras entourent ses jambes. Elle relève la tête, fatiguée, et me voit. Aussitôt, elle semble réellement soulagée, je lui souris à peine, mais déjà j’attrape Max en plein vol.

– Oh, mon gros. Je vais bien, dis-je en lui caressant l’encolure.

Je m’avance quelque peu dans la pièce et m’adresse à Saphir.

– Et toi ?
– Max a fait du bon travail. Qu’est-il arrivé ? demande-t-elle en se relevant péniblement pour approcher de ma blessure.

Je me détourne aussi efficacement que Max pour son bain mensuel.

– Ça, j’en suis sûre, c’est le meilleur. Oh ça, dis-je en montrant brièvement mon épaule. Ce n’est rien. J’ai rencontré un gros chat, dis-je en plaisantant. Tu n’as pas trop froid ?
– Laisse-moi voir.

Je la regarde droit dans les yeux.

– Tu as fait médecine ? Non, je ne crois pas...
– Tu n’es pas obligée de me prendre de... haut parce que tu connais certaines choses que j’ignore. J’ai déjà vu des plaies, maintenant cesse de faire l’enfant et fais moi confiance à ton tour... si tu ne veux pas continuer de perdre ton sang, dit-elle fermement.

Eh, mais c’est qu’elle mordrait la demoiselle.

– Très bien, dis-je avec lassitude. Je ne te prends pas de haut, et je ne suis pas une enfant. Ce n’est pas parce que je suis plus jeune que tu te dois de me...

Je défais rapidement le garrot et enlève mon haut en faisant attention à mon épaule.

– Assieds-toi, dit-elle gentiment avant que je finisse.

Saphir ôte le t-shirt que je lui ai préalablement passé. Elle l’imbibe d’eau qu’elle puise dans la gourde et nettoie la plaie de son mieux en me faisant lever le bras. Elle applique ensuite, plus fermement, une autre partie du tissu, là où je n’aurais su le faire moi-même. La jeune femme tient la position.

– Ce n’est pas si grave, nous allons attendre que le saignement diminue et je te ferais un pansement pour éviter que tes habits ne frottent la plaie.

Je la regarde droit dans les yeux. Elle semble totalement concentrée, si bien qu’une toute petite marque apparait sur son visage.

– Merci, je n’aurais pas pu le faire sans toi. Mais j’ai eu de pires blessures, tu sais. Quoi que... je ne me sois jamais fait soigner par une si jolie infirmière, dis-je taquine.
– Il vaut mieux être vigilantes quand même.

. Saphir semble un peu gênée par ma réflexion, mais s’autorise tout de même à me répondre après quelques secondes avec une voix de plus en plus audible.

– Je ne t’ai pas encore soignée.

Je souris en coin. Elle a de la repartie, j’aime bien ça.

- Effectivement et tu aimerais le faire ? dis-je doucement.
– Ce sera l’occasion de te rendre la pareille, dit-elle sans apporter plus de réponses. Il faut que l’on dorme maintenant.

Saphir vérifie que le sang cesse de se diffuser hors de mon corps, et après un dernier regard que je vois se poser sur mon cou, elle s’installe un peu plus loin dans la pièce.

– Tu sais, moi j’en connais plein de manières de me rendre la pareille, et des plus agréables, laissé-je doucement filer.

Cette fois, la jeune femme ne cache plus sa surprise, elle semble totalement perdue et ébaubie.

- Qu’est-ce que tu veux dire ? lance-t-elle comme si elle n’avait pas compris.
– Ben, qu’il y a différentes manières de me remercier de t’avoir sauvé la vie, plusieurs fois de suite. Pourquoi, qu’est-ce que tu croyais que je voulais dire ?

Je suis d’une humeur taquine ce soir. Max vient se coucher près de moi et presque inconsciemment je lui caresse la tête.

– Je ne suis pas sûre de vouloir comprendre, mais je te serai redevable. Nous ferions mieux de nous reposer maintenant, dit-elle en prenant une position confortable pour son dos.

Je pouffe doucement devant son air de fille prude des montagnes.

– Avant j’aimerais quand même savoir pourquoi tu t’es retrouvée attachée sur ce poteau, demandé-je plus calmement.

Cherchant ses mots elle parvient à me donner une explication de fortune :

– Je suis une enfant illégitime, née d’Hillan, le chef de cette contrée d’Océania. C’est interdit.
– Euh, et donc c’est toi celle qui trinque ? Hum, hum, ma mère serait fascinée de vous étudier, dis-je dans ses pensées.
– La plupart des habitants de l’île ne sont pas d’accord avec au moins cinq lois de ce royaume, celle-ci en fait partie, mais c’est le système. D’où viens-tu ?
– Le système ouais... et la Révolution on ne connaît pas dans ton île ? De l’île Auchikea, et nous on a un maire et des élections, dis-je.

J’essaie de fermer les yeux, mais la douleur de mon épaule est encore légèrement trop présente à mon goût. Je caresse doucement Max du bout des doigts. Qu’est-ce que vont dire papa et maman ?

Là, dans cette vieille pièce qui autrefois semblait être un salon, je m’arrête. Plus rien ne subsiste à part quelques bouts de peinture sur les murs décrépits. Je fais note mentale de tout ce que j’ai traversé pour trouver ce fichu livre. Et que dire de ce que Saphir a dû traverser, juste parce qu’elle était une enfant née d’un amour interdit. Parfois, je ne regrette pas du tout de vivre à Auchikea. J’en ai visité des îles, mais c’est bien la première où l’on punit des enfants à cause des erreurs des parents.

Je me réveille plusieurs heures plus tard avec les quelques rayons du soleil qui percent ici et là par les trous. J’inspecte ma blessure et bouge doucement mon bras. J’étouffe un cri quand j’atteins la limite. Bon, je suppose que je vais devoir être prudente. Je reporte mon attention sur la belle endormie à quelques pas de moi... Elle semble si paisible et son visage est magnifique, digne des peintures des grands maîtres que ma mère m’a montrées. Allez Zola, fini la contemplation bouge-toi les fesses. Je me relève doucement et réveille Maximus. Il cligne des yeux, baille plusieurs fois, puis s’étire une fois en avant, une fois en arrière, il s’ébroue et se lève. Tel un rituel quotidien, je lui ouvre la porte.

– Tu as exactement deux heures Max, dis-je en murmurant pour ne pas réveiller Saphir.

Il la franchit sans un regard pour nous. Au centre de la pièce, je remets quelques pierres et m’emploie à faire du feu. Une fois allumé, je place un récipient d’eau à bouillir sur l’âtre.

Lorsque tout est prêt, il ne me reste plus qu’à réveiller la belle au bois dormant... Sauf que dans mon cas, je ne vais pas le faire avec un doux baiser, et qu’aussi, accessoirement, je ne suis pas un homme tout poilu. Pas sûr que ça lui fasse plaisir non plus. Je m’approche d’elle et ne suis qu’à quelques millimètres, je prends pleinement conscience de sa beauté de si près.

– Saphir, réveille-toi, dis-je à mi-voix.

La jeune femme ouvre difficilement les yeux, puis des grimaces que je devine de douleur froissent son visage.

- Que se passe-t-il, Zola ? demande-t-elle tout bas.
– Rien du tout, c’est le matin... Et tu as survécu à une nuit entière avec moi, dis-je en plaisantant.
– Comment sais-tu que c’est le matin, il fait complètement noir ici.

Elle focalise son regard sur moi, comme si elle venait de comprendre la fin de ma phrase et j’aperçois quasiment un sourire se frayer un passage sur son visage.

– Tu as l’air en bonne forme, me dit-elle.
– Tout à fait. Et tu n’es pas très observatrice, regardes, dis-je en me plaçant à côté d’elle. Ici et là, tu vois, la lumière perce doucement. Et puis j’ai faim alors c’est que ce doit être le matin, dis-je avec un grand sourire.
– Euh... Merci Zola, dit-elle en s’éloignant. J’ai faim aussi, mais où est Max ?

Je me rapproche lentement du feu pour placer quelques herbes aromatiques dans l’eau.

– Oh, parti faire sa balade. Il te manque ?
– Je m’habitue à sa présence, dit-elle hésitante.

Je remue le mélange avant d’en verser un peu dans une tasse pour Saphir.

– Tiens, lui dis-je en tendant le breuvage. Tu as bien dormi ?
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MessageSujet: 7. Saphir   Ven 1 Juil - 6:59

7. Saphir

– Ça a été. Merci.

J’approche du petit feu que Zola a allumé et saisis le gobelet en fer. Il me réchauffe les doigts. La nuit a été froide, mais je ne me suis quasiment pas réveillée malgré la douleur qui se veut vive ce matin. D’ailleurs si la jeune femme ne l’avait pas fait, j’aurais certainement dormi encore. Un gazouillis s’échappe soudain, me rappelant que la faim est bien présente. Les baies et un peu de pain que Jasita m’a apporté sont tout ce que j’ai avalé depuis l’arrestation. Je porte l’infusion à mes lèvres et bois généreusement une gorgée. Zola a fait tremper des épines de pin et des feuilles de menthe pour couvrir le goût, c’est agréable.

– Comment va ton bras ? demandé-je en lui rendant le breuvage pour qu’elle en profite encore chaud.
– C’est un peu endolori, mais ça ira. Et toi, ton dos ? dit-elle en buvant quelques gorgées de sa décoction.
– C’est douloureux.

La vétuste pièce commence à plonger dans la lumière. Zola regroupe ses affaires, je suppose que nous allons reprendre la route sans trop tarder. Un arrière-goût étrange s’installe sur mon palais. Quelque chose qui m’est inconnu, certainement une plante.

– C’est une recette précieuse ou je peux te demander ce que tu as mis dans ton eau ?
– Non, elle n’est pas secrète. Il y a quelques herbes comme de la menthe, des épines de pin, et du cinchona.
– Je ne connais pas le cinchona ni ce goût. Ça sert à quoi ?
– Eh bien, c’est une espèce d’arbres d’où est tiré un puissant analgésique, explique Zola en sortant une petite boite et observant l’intérieur.
– Analgésique ? demandé-je encore.
– C’est un produit qui élimine la douleur.

Dit comme ça, c’est plus clair pour moi. Soudain, Zola s’approche de moi et passe derrière mon dos en m’expliquant :

– Tu ne devrais plus rien sentir dans quelques minutes. Il n’y a plus beaucoup de crème, mais je pense qu’il en reste pour te soulager. Je vais t’en mettre.

J’ai à peine le temps de me retourner vivement pour attraper sa main et stopper son action.

– Il vaudrait mieux que tu t’en serves.

Ses bons soins m’ont déjà profité, c’est à son tour. Sa blessure est plus récente que la mienne.

– Que ferait un Capitaine sans son bras gauche ? ajouté-je devant sa mine réticente.
– Je ne vais pas le perdre, l’entaille n’est pas assez profonde. Ne t’inquiète pas pour moi, je vais bien. Je me remets très vite et j’aurai toujours le droit.

Je n’ose pas discuter ses intentions plus longtemps même si je ne trouve pas la situation très juste. Qu’elle guérisse vite c’est une chose, mais il faut désinfecter la plaie et l’aider à cicatriser quand même vu sa position sur son épaule. Une main tient fermement mon coude et m’intime de me retourner tandis que l’autre relève doucement le voile de tissu qui tombe sur mon dos. Instinctivement, j’approche mes bras de ma poitrine. Non pas que je sois pudique, mais les intentions de Zola me paraissent étranges, j’adopte alors un comportement égal à celui que j’aurais eu si elle était un homme. Je l’aide à maintenir le tissu sur mes épaules et elle s’affaire à étendre délicatement l’onguent sur mes muscles. Je serre les dents encore une fois, des flèches semblent me traverser de part en part, puis les larmes me montent aux yeux. Zola finit quelques minutes plus tard et retrouve sa place de l’autre côté du feu.

– Merci, dis-je simplement en évitant son regard.

L’aventurière repasse son gilet et attache son équipement avec une précision comme millimétrée. Ses gestes sont ordonnés.

– Je siffle Max et on y va, fais bien attention à ton dos, le soleil va taper dur cet après-midi.

Je suis gênée. J’ai le sentiment d’avoir fait quelque chose de mal, mais Zola ne dit rien de plus et ouvre la porte avant de mettre deux doigts dans sa bouche et de siffler si fort que deux oiseaux s’envolent. Nous rejoignons un petit chemin qui mène sur un autre plus large et au loin Max revient à vive allure.

Les bâtiments gris ressemblent à ceux du Capitole d’Océania. De grosses cabines métalliques gisent sur la route, nous les contournons. Zola est attentive à ce qui l’entoure. Le calme règne dans la ville. L’ambiance y est très différente d’hier, mais j’avance tout de même sur mes gardes en me retournant tous les dix mètres. Le climat est plus chaud que la veille, et bien plus encore que celui de mon île. Le soleil chauffe sensiblement ma peau, il me paraît semblable à celui des étés sur les terres des miens.

– Zola ?
– Oui Saphir ? dit-elle perdue dans ses pensées.
– C’était quoi ces créatures hier soir ?

À mesure que nous nous éloignons de la ville, la route est de plus en plus défectueuse et les amas métalliques sont plus nombreux. Bientôt, nous zigzaguons entre, et Zola jette un rapide coup d’œil à chacun d’eux.

– Oh, eh bien c’était des hybrides... Tu n’as pas ce genre de choses sur ton île ?
– Des hybrides ? C’est comme ça que ça s’appelle ? Je n’en avais jamais vu avant.

La végétation s’est faufilée entre les éclats de la route, je préfère la nature, c’est un élément qui m’est beaucoup plus familier.

– Oh, non, des hybrides c’est... là, par exemple c’était des rats-taupes mélangés à des chats. Tu vois ? C’est comme l’évolution, l’hybride c’est plus un mélange de deux espèces qui normalement ne devrait pas l’être. Je ne sais pas si je suis très claire...
– Je comprends, mais comment sais-tu ceux qui en sont ou pas ? Ce sont tous des animaux.

La cadence de Zola ne faiblit pas un seul instant, mais aujourd’hui avec le repos il m’est plus facile de la suivre. De temps en temps, elle siffle et regarde le ciel puis elle me répond calmement. J’accélère le pas pour arriver à nouveau à sa hauteur. Cette dernière ne fouille plus les charrettes métalliques alors elle a tendance à me distancer un tant soit peu.

– Effectivement, ce sont tous des animaux... C’est surtout les ouvrages de maman, que j’ai parcourus, qui me donnent une idée. Il y a des espèces vraiment bizarres, tu sais.
– Hum, fis-je doucement.

Tous les siens ont-ils des livres ? J’aimais bien regarder les images dans ceux de Jasita. Ma mère me permettait de passer du temps à les feuilleter quand nous allions rendre visite à son amie. Ce n’est pas vraiment quelque chose de commun. On disait par chez moi que rester devant un livre c’est une perte de temps, et les pertes de temps ne rythment pas notre quotidien.

Je distingue les premiers arbres un peu plus loin et après une heure de marche Zola s’arrête devant un grand bâtiment. Elle tire un glaive et murmure quelque chose à Max.

– Donne-moi une arme, je t’aiderai, dis-je avec conviction.

Elle se penche et ramasse un bâton par terre, puis elle teste sa solidité et me le tend avec un sourire.

– Voilà.

Je reste perplexe. Moi qui m’attendais à ce qu’elle me prête l’un des poignards fixés à sa jambe, elle me propose un bâton avec un air satisfait.

– Normalement, il n’y a pas âme qui vive... ni dans la journée ni la nuit. Néanmoins, fais bien attention où tu mets les pieds, et sers toi du bâton.
– Euh... Merci Zola.

L’édifice arbore un panneau coloré tout en haut, il y est écrit quelque chose que je n’arrive pas à déchiffrer. Je suis sûre que Zola pourrait me répondre, mais je ne vais pas l’importuner pour si peu. Les murs décrépits ont perdu leur éclat. L’air est plus frais à l’intérieur. Mon regard est immédiatement attiré par un puits de lumière tombant au centre du grand hall. Des briques sont écrasées sur le sol et des lianes le rejoignent. Max farfouille et gambade un peu plus à l’avant. Des feuilles de papier géantes gisent à terre, d’autres plus en hauteur pendent dans le vide. La jeune femme se retourne et me demande de ne pas m’éloigner.

Des petits bruits résonnent dans l’immense bâtiment il y a fort à parier qu’il vit ici des rongeurs et autres animaux. Je fais quelques pas avant de découvrir qu’une espèce de récipient en pierre contient de l’eau. Par terre, il y a différentes traces. Ce sont essentiellement celles d’oiseaux, dont certains doivent avoir élu domicile pas très loin. D’étranges escaliers de fer mènent à l’étage secondaire. Là encore, le soleil perce les murs et dessine dans l’air des rayons lumineux. Max jappe, je me retourne, et voyant qu’il ne se passe rien je continue d’avancer. J’éloigne quelques éclats de verre de la pointe du bâton et entre dans une pièce. Sur le sol sont dispersés des sacs entre des étagères rouillées. J’en saisis un, m’aperçois qu’il est troué puis en fouille un autre lorsqu’un petit bourdonnement attire mon oreille. Des bustes de femme et d’homme tiennent debout dans un coin de la salle. Ils sont recouverts de cendre. J’ai failli échapper un cri, mais je finis par quitter la pièce. Une liane tombante sur mon passage me rappelle le hall d’entrée. J’observe la hauteur qui me sépare du plafond et me rends compte à quel point ce bâtiment est immense.

Sur le sol gisent divers papiers avec des images étrangères. J’en attrape un ou deux, regarde les photos des uns puis des autres... Est-ce que c’était comme ça le monde d’avant ? Jasita m’a appris qu’il a existé différentes populations avant la nôtre, mais ils ont l’air... beaucoup plus comme... Je me relève, le papier tendu devant moi lorsque Zola se trouve dans mon champ de vision. Oui... Ils ont l’air beaucoup plus proches d’elle avec leurs habits et leur posture. Est-ce que tout le monde était soldat ?

– Bon au sous-sol il n’y a rien à part des vieilles carcasses de voiture calcinées. Et toi tu as trouvé quelque chose d’intéressant ? demande-t-elle en s’approchant de moi.
– Non. Tu cherches quelque chose, Zola ?

Max nous rejoint et s’assied à côté de la jeune femme.

– Oh, pas vraiment un objet en particulier. Généralement dans ce genre de bâtisse, il n’y a plus grand-chose, mais ne sait-on jamais. Mon père m’a toujours conseillé de fouiller de fond en comble les centres commerciaux comme ça. Parfois, on trouve des trésors. Regarde, par exemple ici nous sommes dans un authentique magasin de presse, mais il ne vendait pas que des magazines et des journaux. Il y avait aussi des sucreries et d’autres choses. Suis-moi, nous allons aller voir la réserve, dit-elle en m’attrapant la main et me conduisant vers une salle au fond de la pièce.

Un centre commercial ? Ça vient sûrement de commerce, ce devait être comme le marché d’Océania, mais en beaucoup, beaucoup plus grand. Sa main tient fermement la mienne, nous passons derrière un comptoir puis Zola tente d’ouvrir une porte avant de se résoudre à l’enfoncer avec un coup de pied. La nouvelle pièce donne sur un ensemble de cartons et une machine où apparait encore, malgré la poussière, une tasse avec une boisson à l’intérieur. Je me demande ce que Zola cherche comme trésors par ici.

– Tu m’aides à les ouvrir ? dit-elle avec concentration. Max fait le guet.

Je la vois fouiller dans son sac et me tendre un petit couteau.

– Tiens, ça sera plus facile avec ça, dit-elle me le donnant.

C’est plus simple comme ça, elle a raison. Je déballe les cartons les uns après les autres sans aucune idée de ce que je dois chercher. Je retrouve dans l’un d’eux des papiers chiffonnés, rongés par des souris certainement. Puis je poursuis et en trouve d’autres un peu plus intacts. Je penche une main à l’intérieur et saisis un dépliant.

– C’est une carte, une vieille carte. Ca peut toujours servir pour des collectionneurs prends-la, ça te fera un petit pécule, dit-elle en poursuivant sa tâche.

De nouveaux bourdonnements me parviennent puis rapidement une abeille nous rejoint certainement attirée par l’odeur de nourriture. Il est un peu tard pour refermer la porte qui s’est littéralement arrachée du mur. Zola énumère à voix haute ce qu’elle trouve :

– Pff, rien par là...

Soudain, elle me jette quelque chose dans les bras. C’est une espèce de sac rose avec un dessin d’une petite fille et d’un singe qui est habillé !

– Prends-le en attendant qu’on ait mieux, ça peut toujours servir, me dit-elle.
– Merci.

Elle s’accroupit auprès d’autres cartons qu’elle retourne simplement sur le sol.

– Tiens, attrape, et ça aussi. Ça s’appelle un couteau suisse, c’est un objet qui renferme plusieurs instruments.

En m’expliquant, elle en saisit un et le démonte rapidement puis elle passe à autre chose et je glisse ce qu’elle m’envoie dans le sac.

– Ah ah des bons cigares. Mon père va adorer ! Regarde ça !

Zola exprime sa joie en exhibant fièrement une boite rouge.

– C’est quoi ? demandé-je.
– Du tabac du temps ancien.

La jeune femme attrape encore quelques cartes au passage puis nous partons.

– Viens, à l’entrée j’ai vu qu’il y a un magasin de vêtements et de chaussures à l’étage.

Nous reprenons notre marche rapidement. Des yeux, je suis le voyage d’une abeille qui disparait derrière une grille. J’arrête Zola.

– Il faut que j’aille là, dis-je doucement.
– Derrière une grille d’aération ? Pourquoi diable as-tu besoin d’aller là ?
– Comment peut-on enlever ça ? demandé-je en m’approchant.

Le loup tournoie sur lui-même, les insectes l’embêtent. Il s’éloigne de même que Zola.

– Euh, il y a une vis à chaque coin, généralement il faut un outil spécial, mais tu peux utiliser un couteau aussi, dit-elle en regardant alternativement moi puis la grille.
– Est-ce que tu peux faire du feu ?

Je l’entends vaguement grommeler quelque chose. Elle n’est clairement pas ravie que je décide de prendre du miel. Elle s’exécute néanmoins avec les quelques morceaux de papier qu’on a trouvés plus tôt.

– T’es vraiment sûre de savoir ce que tu fais ? Parce que ces abeilles-là sont peut-être hybrides et qu’il n’y a pas de miel.
– Aurais-tu peur des abeilles Zola ?
– Non je n’ai pas peur, je me méfie des choses qui piquent ! Max et moi on n’aime pas trop ces bestioles, c’est différent.

Je lui demande ce qu’il reste du tissu de la veille et l’enroule autour de mon visage de sorte qu’il subsiste qu’une fente pour mes yeux.

– Tenez-vous à l’écart, j’en ai pas pour longtemps.
– T’inquiète pas on est déjà loin, lance Zola alors que l’écho de sa voix se répercute sur les murs.

Le contenu du sac que la jeune femme m’a offert est posé sur le sol, à l’écart avec Maximus. Je me sers du bâton pour approcher la fumée à proximité de la grille et commencer à ôter cette dernière, qui ne tient finalement que par deux vis, comme dit Zola. Elle a raison le couteau suisse c’est utile. Lentement, je découvre l’essaim. Elles ne tardent pas à voler autour de moi et à se poser sur mes bras. Toujours avec prudence, j’écarte les abeilles et saisis deux généreuses parts de leur production que je glisse dans mon sac. Ça devrait suffire.

Quelques minutes après, lorsque je suis certaine qu’aucun des insectes ne s’est faufilé sous mes vêtements, je les laisse reconstruire tranquillement leur nid. Elles sont bien trop occupées pour nous poursuivre, néanmoins l’aventurière reprend son chemin au pas de course et m’entraine dans une nouvelle pièce.
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taureau



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MessageSujet: Re: Nouvelle Ere (récit)   Mer 6 Juil - 22:47

Salut,
Je me permet de mettre un petit message pour te dire que j'aime tes récits, c'est un style d'écriture, et un style de texte que j'aime.
Merci de faire partager cela Smile
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canlj



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MessageSujet: 8. Zola   Jeu 7 Juil - 16:15

Coucou les filles !

Taureau : merci pour ton commentaire, je suis contente de savoir que tu apprécie ce texte Voui

Voilà donc la suite, et bonne lecture !



8. Zola

Nous sommes en tête avec Maximus, ça fait déjà deux jours que je voyage avec Saphir. C’est vraiment étrange parce que d’habitude je ne suis qu’avec Max. La jeune femme fait la conversation et elle est assez agréable à regarder. D’ailleurs, il va peut-être falloir que je pense à trouver un endroit pour nous laver, sinon ses plaies vont s’infecter... Sans compter que niveau odeur ça ne doit pas être très confortable non plus. Nous grimpons encore un étage et j’entraîne Saphir dans un magasin qui, autrefois, vendait diverses choses pour le sport à mon avis... Parfois quand je tombe sur ce genre de boutique, je me dis que les gens d’avant avaient de drôles de pratiques. Enfin bref.

Je me tourne vers Saphir pour la prévenir des débris.

– Attention à vos pieds vous deux, il y a du verre partout, dis-je en marchant vers l’entrée.
– Merci, souffle Saphir.

J’enjambe l’ancienne vitrine à présent totalement détruite. Les rayons sont vides, mais je sais exactement où trouver tout ce que je veux. Comme dans la boutique de presse, j’entraîne Saphir vers la réserve. Je me tourne de temps en temps pour voir si elle me suit.

– On va te trouver des vêtements plus appropriés pour rencontrer des gens et surtout des chaussures. En fait, surtout un truc avec plus de tissu, sinon on pourrait te prendre pour ce que tu n’es pas, murmuré-je pour moi-même.
– Tu n’aimes pas ce que je porte ?

Je me retourne pour lui faire face, puis la scrute de haut en bas avec un sourire charmeur. Je réponds.

– Le fait est que ce serait plutôt le contraire... Mais moi je sais me tenir, ce n’est pas le cas de tous les gens qu’on va rencontrer sur notre route. Je sais que tu aimes jouer les demoiselles en détresse, mais... J’aimerais te ramener entière à mon village.
- Quoi ? questionne-t-elle avant d’intégrer la fin de ma phrase. Tu dis que tu veux bien m’emmener jusqu’à chez toi ?

Je hausse un sourcil, j’ai dit ça moi ?

– Je ne sais pas, je vais envoyer un message à mes parents et on verra s’il y a une place pour toi. Mais le plus important dans ma phrase est que tu n’es pas assez habillée.

Je poursuis mon chemin jusqu’à la réserve. J’entends Saphir reprendre, elle aussi, sa marche. Elle reste quelques pas derrière moi. Une fois arrivées à la porte je constate qu’elle a un cadenas... Hum voyons voir, je sors mon instrument spécial pour crocheter une serrure et m’accroupis devant l’objet. Vaguement, la réponse triste de Saphir me parvient.

– D’accord, laisse-t-elle échapper avec un soupçon de déception.

Devant le verrou, je me retourne et avec un sourire, je dis :

– Ne t’inquiète pas, mes parents vont certainement accepter. Ils adorent sauver la veuve et l’orphelin.

Je reporte mon attention sur l’entrée, essaie de bidouiller la serrure et en deux temps trois mouvements elle cède. Bon, c’était plus facile que ça en avait l’air. Je me relève et pousse la porte qui s’ouvre avec un horrible grincement. Apparemment cette pièce est vraiment intacte, rien n’a dû y bouger depuis des années, des siècles même.

– Hum...

Saphir s’approche de moi. Je sors la torche de mon sac, car on n’y voit rien là-dedans.

– Tu n’as pas peur du noir, n’est-ce pas ?
– Non, pas spécialement et toi ?
– Je n’ai pas vraiment de ça, mais des trucs qui s’y cachent, dis-je doucement.

Je sais qu’il est impossible qu’il y ait des bestioles, mais elle ne le sait pas. J’avance dans la pièce avec la seule source de lumière.

- Tu crois qu’il y a des hybrides ? dit-elle en se plaçant soudainement derrière moi.

J’explose de rire intérieurement. Je ne réponds pas et continue d’inspecter minutieusement. Comme dans l’autre local, il y a plein de cartons, mais ce sont des emballages de chaussures et de vêtements. Certainement que plus loin se trouve la réserve pour les instruments. On ira voir après, d’abord cherchons des habits pour Saphir. Je pose la lumière sur une étagère et me tourne vers elle.

– Peut-être, je ne sais pas, on ne va pas traîner de toute façon...

J’ouvre un carton au hasard et en sors un pantalon qui sent le renfermé, mais qui semble en bon état. Il est en jean, c’est une matière assez résistante, je jette un coup d’œil à l’étiquette et le tends à Saphir.

– Essaie ça, dis-je rapidement.
– Eurk...

Saphir l’enfile sans trop de difficultés.

– C’est lourd, et large, qu’est-ce que tu en dis ?

J’inspecte furtivement Saphir, il est vraiment trop grand.

– Euh non, il n’est pour toi. Tu vas avoir du mal à te mouvoir.

Je recherche dans le carton et décide de prendre trois tailles en dessous.

– Et celui-là, lui tendis-je.

Saphir pose sa main sur mon bras pour retirer le vêtement et avoir un appui pour passer l’autre.

– C’est parfait, dit-elle visiblement ravie.

J’observe Saphir de haut en bas en m’arrêtant sur quelques parties de son anatomie qui attirent particulièrement mon regard. Ouais parfait... C’est bien le mot. Je ne fais que hocher la tête et continue dans l’allée. Je zieute les boites de chaussures ce qui pourrait faire l’affaire. Je passe plusieurs modèles. Le problème est que si elle n’en a jamais mis, il faudrait prendre deux paires. Je sélectionne plusieurs trucs différents et lui tends finalement quelque chose.

– Essaie celles-là, j’ai, normalement, pris la bonne taille, dis-moi dans laquelle tu te sens le mieux.
– Euh... Je ne sais pas trop, c’est... étrange, dit-elle en grimaçant.

Je m’accroupis, fais doucement glisser ma main de sa cheville jusqu’à son pied, vérifie que son orteil tombe bien et, à genoux à ses pieds, je relève la tête.

– Oui je me doute, mais nous allons passer par des endroits dangereux pour tes pieds. Tu ne seras pas obligée de les porter tout le temps si tu ne les supportes vraiment pas.
– Zola ?
– Quoi ? Tu as trop mal, tu veux les retirer ? dis-je presque inquiète.
– Pourquoi tu fais tout ça ? demande-t-elle hésitante.

Je fronce les sourcils.

– Euh, comment ça ? Je ne comprends pas très bien le sens de ta question, dis-je doucement.
– Tu es gentille et attentionnée envers moi... Je te remercie Zola. Ces chaussures sont parfaites, finit-elle.

Je me relève et époussette mon pantalon, puis je lui souris avant de répondre.

– Je euh... pas de quoi. Allez, il doit y avoir des sacs et peut-être même des armes, dis-je rapidement.
- Quel genre d’armes ? s’enquiert-elle.

Je saisis la lumière et reprends notre périple à travers les étagères.

– Arcs, flèches, couteaux de survie et surtout, on va certainement te trouver un sac plus grand. En fait, on va te faire un paquetage pour toi, pour que je ne sois pas tout le temps obligée de te prêter mes instruments. Tu es d’accord ?
– Euh, oui, bien sûr... Capitaine ? Je dois t’appeler Capitaine ?

Sous le coup de la surprise, je m’arrête de marcher.

– Non, juste Zola, ça suffit.

Nous poursuivons et j’arrive à trouver enfin tout ce que je cherchais. Cette fois-ci, pas besoin de demander son avis à la belle demoiselle, ça va plus vite. J’attrape un sac et enfourne absolument tout ce qui pourrait lui servir.
Après quelques minutes et quelques kilos en plus, je crois qu’il est prêt. Je le lui tends et la mets en garde :

– Attention, c’est lourd.

Saphir le saisit fermement, je l’aide à le placer correctement autour de ses épaules pour qu’il repose sur son ventre et pas son dos.

– Qu’est-ce que tu as mis là-dedans ? Tu crois vraiment que j’ai besoin de tout ça ?
– Tout ce qui est nécessaire. Mon village est très loin d’ici, alors oui je pense que ça te sera utile. Viens, maintenant on va essayer de trouver des douches ou quelque chose du même style.

Saphir me regarde avec de gros yeux.

– Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’as pas envie de te laver ?
– Rien, rien, reprend-elle. Bien sûr que si voyons...
– Il y a quelque chose qui te dérange ? Tu peux m’en parler, tu sais, dis-je paisiblement.
– Euh... Non, mais... enfin... c’est que parfois...

Je la regarde et attends la suite de sa réponse incompréhensible.

– Eh bien... tu, tu... je ne suis pas...
– Euh, tu n’es pas habituée à te laver ? demandé-je surprise.
– Bien sûr que si. Je t’avais dit que ce n’est rien, finit-elle en souriant.

Je l’observe de plus en plus étonnée.

– Si tu le dis... Tu me suis ?

Je secoue la tête et me dirige vers la sortie avec Saphir sur mes talons. Cette fille est vraiment étrange. Je me dépêche de retrouver Max qui était resté sur la devanture de la boutique. Nous redescendons au rez-de-chaussée, je me plante face au plan, l’inspecte un moment et trouve enfin ce que je cherchais.

– Ça y est, dis-je ravie.

Je me mets à suivre les instructions que j’ai mémorisées, pourvu qu’il y ait de l’eau, même froide, je m’en fiche. J’ouvre la pièce avec le symbole approprié pour les femmes, juste pour la coutume, et entre dans la salle.

– Et voilà, les douches nous tendent les bras, dis-je avec un grand sourire.
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Phénix.



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MessageSujet: Re: Nouvelle Ere (récit)   Ven 29 Juil - 15:07

Bonjour Canlj,

Continue, c'est un plaisir de te lire.
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canlj



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MessageSujet: 9.Saphir   Ven 29 Juil - 15:21

Coucou Phénix, merci pour ton message je mets donc la suite Voui
Bonne lecture à toutes et bonnes vacances si vous en profitez Very Happy

Saphir


« Nous », comme nous deux ? Quelle idiote j'ai fait tout à l'heure, j'espère que Zola n'a rien compris de ce que j'ai essayé de lui expliquer. Parfois, elle me perturbe. Son discours est étrange. Je ne sais pas bien comment réagir ou quoi répondre à certaines de ses phrases. Je reste perplexe une nouvelle fois devant la jeune femme. Est-ce que j'aimerais la soigner ? Évidemment, je ne veux pas qu'il lui arrive malheur, encore moins après la générosité dont elle a fait preuve. « Tu n'aimes pas ce que je porte ? – Le fait est que ce serait plutôt le contraire... » Qu'est-ce que ce genre de réponse peut signifier ? Est-ce que ça l'amuse ou est-ce que...

– Tu viens Max ? Saphir a besoin d'un peu d'intimité.

Il me faut plusieurs minutes pour chasser toutes les idées étranges que la jeune femme a induites dans mon esprit. Pourtant ses yeux se perdent régulièrement quand elle me regarde. Elle a le même que celui qu'Ural avait lorsque je l'ai surpris au loin dans un arbre, alors que je travaillais au champ avec les femmes du village. Je ne sais pas comment réagir face aux suggestions parfois... Zola disparaît dans une cabine et un son strident résonne dans la pièce avant que les premières gouttes d'eau ne s'écrasent à terre.

« Clac ! » Un sursaut me ramène à la réalité. La porte de douche où Zola est entrée vient de se refermer. Ma vue se brouille et redevient elle-même tandis que je me dépêche d'en trouver moi aussi. Le sol y est sale, très sale. J'ôte le pantalon puis mes habits et les place contre la porte. Face à moi, il y a une espèce de levier. Je l'active et une succession de bruits tapent dans les tuyaux qui disparaissent dans le mur. Les premières gouttes d'eau froide tombent sur mes épaules. C'est un peu comme à Océania, sauf que là-bas la pomme en fer est remplacée par une noix de coco percée. Immédiatement, j'avance mon visage et le frotte assidûment de mes deux mains. Je décolle mes cheveux puis les premières gouttes glissent sur mes épaules me faisant échapper un petit bruit étouffé. Le sol dessine des nuances rougeâtres entre mes pieds. L'eau brune et salie coule abondamment avant que je ne parvienne à exposer mon dos au jet. J'aperçois alors les pattes de Max s'agiter. Les deux douches sont communicantes. D'un mouvement de pied je tente d'empêcher l'eau de s'enfuir vers Zola, mais chaque goutte s'écrasant contre mon dos est un supplice.

– Rrrr..., me plaignis-je.

L'eau se veut toujours plus rouge tandis que les lacérations se ravivent les unes après les autres, malgré le thé de Zola dont les effets commencent à se dissiper.

– Aaah..., fis-je encore.

Tandis que j'étouffe au maximum mes plaintes pour ne pas alerter l'aventurière je tends mes bras à l'arrière de façon à nettoyer les plaies que je peux atteindre. La douleur est soudain plus intense. N'y résistant plus je me recule, souffle longuement et entreprends de laver ma chevelure. L'eau ne me paraît plus aussi froide et après quelques minutes j'expose encore mes blessures. Si seulement je pouvais voir de quoi ça a l'air...

– Aaah..., étouffé-je.

– Saphir, tu as besoin d'aide pour te frotter le dos ?

Je stoppe tous mouvements dès l'instant où j'entends sa voix. L'eau de la douche voisine cesse de couler lorsque les paroles de Zola m'atteignent. Je ne sais que répondre, elle a raison, mais quelque chose me retient.

– Tes blessures te font vraiment mal, je le comprends, mais il est important que tu fasses passer de l'eau claire dessus. Je te ferais un cataplasme ensuite, d'accord ? Alors, si tu as besoin d'aide dis-le-moi.

Sa voix conciliante résonne dans la pièce. J'entends ses pas se déplacer et le cliquetis significatif de son gilet se refermer. Je m'adosse, posant mes coudes sur le carrelage froid et poussiéreux pour m'éloigner du filet d'eau. Mes larmes coulent lentement devant le désarroi qui m'envahit.

– J'ai besoin de ton aide..., prononcé-je avec résignation après une énième et douloureuse tentative de nettoyer les plaies.

Je m'appuie faiblement, les bras contre le mur et la tête basse lorsque la jeune femme répond.

– D'accord, tiens.

Elle m'envoie une espèce de tissu. Je le maintiens devant ma poitrine après avoir diminué le débit d'eau.

– J'ai remarqué que tu étais pudique. T'es bien couverte ?

J'entre-ouvre lentement la porte. Zola est debout de dos devant les fragments d'une vitre encore suspendue au-dessus des lavabos. Au village, nous n'avions pas de miroir, ils ont tous été réquisitionnés par la Souveraine. Je croise le regard de Max, puis celui de la jeune femme. Elle ôte son gilet face à la glace. Sa blessure est vive, on la voit nettement à la lumière du jour. Aussitôt, je referme la porte et réponds timidement à sa question :

– Oui, dis-je après un instant.

Pourquoi est-ce qu'elle se déshabille ? Quand je pense à la façon dont elle a réussi à se débarrasser des soldats je me demande ce qu'elle pourrait faire de moi... Non, voyons, si elle avait voulu me faire du mal elle aurait déjà pu le faire.

– J'arrive, entendis-je.

Soudain, la porte s'entrouvre et Zola passe sa tête dans l'entrebâillement. Je me retourne subitement et refais face au mur. Je dégage mes cheveux, les portant sur ma poitrine pour que la jeune femme puisse nettoyer les plaies sans encombre. Mon corps tendu par la douleur et l'appréhension, je reste stoïque au moment où Zola pose délicatement le bout de ses doigts sur les parties les moins sensibles de mon dos.

– Tu avais de la famille à part ta mère ?

– Non..., répondis-je lentement en m'appuyant davantage contre le mur de mon bras libre.

Mes épaules se crispent et bougent lorsque la jeune femme frotte un peu plus fortement ma peau.

– Pardon, souffle-t-elle.

Je me détends, saisis le tissu qui me recouvre partiellement, et réponds aux nouvelles questions de Zola.

– Tu avais des amis dans ton village ?

– Ural était mon ami, dis-je le cœur lourd.

Ses mains remontent sur mes omoplates, glissent sur ma colonne vertébrale et poursuivent leur mission sans jamais dépasser le périmètre de mon dos. Je me sens si stupide... Peut-être n'était-ce qu'une forme d'humour, quelque chose de propre à son peuple ?

– Était... ?

– Son âme a rejoint les étoiles, il a été exécuté en même temps que ma mère, expliqué-je difficilement.

Soudain, une main me presse l'épaule.

– J'en suis désolée Saphir. Le temps guérit les blessures à ce qu'on dit, répond-elle simplement.

– Merci.

Un silence s'interpose pendant lequel seul le clapotis des gouttes s'écrasant au sol existe. Ses doigts exécutent des gestes précis sans traduire trop d'affection, je dirais même aucune si ce n'est le souci de ne pas me faire mal.

– Est-ce que tu as déjà perdu quelqu'un ? demandé-je maladroitement.

L'eau tarit, les dernières larmes fraîches disparaissent sur le sol. Je réajuste le linge mouillé tandis que Zola éponge délicatement mon dos.

– Oui... ma grand-mère... J'étais jeune et... quand mon père me poussait trop pour les séances d'entraînement, j'allais chez elle et elle me préparait des gâteaux... Puis elle me racontait souvent des histoires de l'ancien monde..., dit-elle le ton empli de nostalgie.

– Elle a dû être très comblée d'avoir une petite fille au si bon cœur, dis-je alors que ses mains quittent ma peau.

– Bah, j'en sais rien... C'est elle qui m'a appris que rien n'est plus important que de vivre avec sa conscience. Elle me disait souvent : « Tu seras toujours amenée à faire des choix Zola. Le plus important est que, quels qu'ils soient, quand tu te regarderas dans une glace tu seras seule. Ne l'oublie jamais ».

Je réajuste le tissu en m'enroulant cette fois pleinement dedans pour faire face à la jeune femme alors qu'une expression triste et enfantine a envahi son visage. Je pince discrètement ma lèvre, qu'est-ce que je suis censée faire ? Soudain, Zola relève la tête avec un petit sourire et reprend son discours :

– Mais bon, elle disait aussi des trucs du genre : « Un imbécile peut poser à lui seul dix fois plus de questions que dix sages ensemble ne pourraient en résoudre. »

Pour la première fois, je décèle une lueur, comme des éclats d'or, dans les yeux marrons de la jeune femme. Ses sourcils ont toujours l'air sévères, mais ses lèvres rouges et dessinées illuminent ce visage dur. Au fond, Zola est sensible malgré son apparence. Peut-être a-t-elle été loin des siens trop longtemps ? Un débardeur aussi noir que le reste de sa tenue couvre son corps dont la plaie rougie attire mon regard. Mes yeux se posent rapidement sur son bracelet en cuir puis je lui offre une accolade.

– Ma mère ne disait rien de pareil, mais elle m'a appris que la vie est trop incertaine pour laisser la peine envahir son cœur, lui murmuré-je avant de m'éloigner et de la remercier pour son aide.

– Y'a pas de quoi. Elle avait bien raison, et, tu sais, j'ai toujours voyagé seule. Enfin avec Maximus, mais ce n'est pas vraiment pareil... Alors, si parfois tu trouves que j'agis de façon étrange c'est juste que je n'aie pas l'habitude de... tout ça, dit-elle peu sûre d'elle.

– Je comprends, indiqué-je comme si je venais d'accepter des excuses.

Nous sortons l'une après l'autre sous le regard attentif et curieux du loup. Zola s'est éloignée quelque peu pour me laisser seule. J'attrape mes effets personnels, me rhabille rapidement et interpelle la jeune femme.

– Il faut soigner ta plaie avant que ça ne s'infecte.

Ma voix résonne, je n'en ai pas l'habitude. Je reprends :

– J'ai ce qu'il te faut.

Le pantalon me colle à la peau, ce n'est pas désagréable, mais j'ai l'impression de ne pas me sentir libre de mes mouvements. J'essaie de mettre les chaussures également, mais je n'arrive pas à les lacer alors je place les fils sous mes pieds.

– Euh, d'accord je te fais confiance, mais tu sais généralement mes plaies je les soigne toute seule, et ça attend que j'arrive dans une ville, me répond Zola.

– Tu ne devrais pas, dis-je en m'approchant d'elle.

Je pose le lourd sac au sol et saisis le petit avec l'étrange animal dessus. L'aventurière découvre son épaule tandis que Max renifle le miel sur ma main.

– Ça va te soigner, dis-je sans plus de cérémonie.

La plaie va mettre longtemps à cicatriser, surtout si Zola n'arrête pas de gesticuler. J'applique généreusement le miel sur la blessure en veillant à ne pas lui faire mal. Elle m'observe puis détourne le regard et le pose sur le mur. Je finis en plaçant un bout de tissu, le plus propre possible dessus, pour que ça ne l'irrite pas davantage puis je tends ma main devant la truffe de Max. Celui-ci lèche mes doigts avec enthousiasme et je les nettoie grâce au linge humide posé un peu plus loin.

– On m'a déjà appliqué du miel sur le corps, mais ce n'était pas vraiment dans cette optique, dit-elle.

– Ah oui ? Ton peuple s'en sert pour autre chose ? demandé-je en proposant une part de la récolte à la jeune femme.

– Euh, un jour je te montrerais si tu veux, dit-elle sans vraiment répondre.
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MessageSujet: 10.Zola   Dim 7 Aoû - 12:26

Bonjour à toutes ! Voilà une suite, en vous souhaitant un bon Dimanche et de bonnes vacances pour celles qui en profitent Voui

10.Zola


Mais pourquoi diable lui ai-je dit ça ? Vraiment Zola, parfois faut que tu te la fermes. Nous sommes à présent tout en haut du centre commercial et je continue à me fustiger pour mes paroles. Je siffle à trois reprises, puis je tends mon bras en l'air et jette un coup d'œil à Max. Je lui fais un signe, celui qui veut dire qu'il doit se tenir tranquille. Saphir me regarde faire sans rien dire. Soudain, Falco fait son apparition et atterrit sur mon bracelet en cuir. Je lui caresse doucement la tête.

– Salut Falco, j'ai un message pour toi.

J'attrape le mot, que j'ai préalablement écrit et l'attache à la patte du faucon. Puis je cherche un morceau de viande que j'avais gardé pour lui et le lui donne. Un mouvement caractéristique plus tard, il s'envole.

– Va ! Porte-le à maman, il y aura une réponse, retrouve-nous ! crié-je.

– Il te suit toujours lui aussi ?

Après avoir vu s'éloigner Falco de plus en plus, je me tourne vers Saphir.

– En quelque sorte, c'est pour garder le contact. Tu comprends ?

– Oui, nous communiquons ainsi avec les différentes contrées d'Océania.

Je ne fais que hocher la tête, je réfléchis. Arriverons-nous à temps au refuge ou devrions-nous rester ici pour la nuit ? Peut-être devrais-je simplement demander à Saphir, après tout elle marche avec moi.

– Saphir, nous pouvons quitter le centre commercial maintenant ou dormir là au chaud et repartir demain à l'aube. Qu'en penses-tu ?

– Euh... Tu sais je n'ai pas tellement l'habitude de voyager. Je te remercie, mais tu devrais décider, me dit-elle presque gênée que je lui aie demandé son avis.

Je lui souris faiblement.

– C'est justement pour ça que je te pose la question, Saphir. J'ai remarqué que tu étais un peu à la traîne et je ne suis pas sûre qu'on arrive dans l'abri avant la tombée de la nuit. Alors si tu préfères marcher de jour je comprendrais. Parfois je ne me rends pas compte, mais je progresse vite. Tu vois ?

– Excuse-moi si je te ralentis Zola, je ferai un effort. On devrait continuer. Nous avons besoin de soins, demain ne sera que plus dur.

Je secoue la tête, mince décidément avec cette fille je n'en loupe pas une.

– Non, ce n'est pas ce que je voulais dire Saphir. Tu as subi un lourd traumatisme, il te faut du temps pour récupérer. Très bien, nous sommes environ à deux jours de marche du prochain village. Là bas, il y a une femme que je connais, elle nous hébergera et pourra nous soigner.

– Le refuge dont tu parles est loin ?

Je réfléchis aux paroles de Saphir. Vu l'allure à laquelle nous avançons, nous n'y arriverons pas avant que la nuit ne soit bien installée.

– Assez, si on part maintenant nous n'y serons pas avant la nuit tombée.

– Est-ce que... c'est dangereux ? Je veux dire, plus dangereux que le jour ?

Je prends le temps de la réflexion, avant de répondre.

– Eh bien, c'est-à-dire que... Dans certaines îles, il vaut mieux marcher de nuit, mais par ici j'aurais plus tendance à dire que c'est le contraire... Généralement, les prédateurs sont nocturnes. Avec ton état je ne pense pas que tu puisses fuir si on avait à le faire et... avec mon épaule je ne serais pas à même de bien te protéger, dis-je un peu honteuse de ma faiblesse.

- Alors, restons ici cette nuit et reprenons à l'aube ? me propose-t-elle gentiment.

Je hoche la tête et attrape son sac avant de repartir vers la porte de sortie du toit. Je siffle Max qui passe devant moi sitôt que j'ai ouvert. Nous descendons les escaliers précaires et arrivons au troisième étage. Je remarque la carte de cet étage et vais le regarder de plus près. Après une rapide inspection, je décide que l'ancien... – je passe mon pouce sur le plan pour essayer de déchiffrer le nom inscrit, mais je n'obtiens absolument rien du tout — ... était mieux. J'abandonne et me tourne vers le lieu-dit.

– On va dormir là-bas, dis-je en pointant l'entrée d'un quelconque magasin.

Saphir ne dit rien et me suit. Une fois dans la boutique, je pose tous les sacs et m'adresse à la jeune femme.

– Tu peux t'occuper du campement ? Je vais aller chasser pour nous trouver de la nourriture.

– Oui bien sûr, compte sur moi Capitaine ! Zola ! annonce-t-elle déterminée.

Je souris de bon cœur, je me rapproche de Maximus, partagée entre l'envie qu'il vienne avec moi à la chasse et le laisser ici pour qu'il veille sur Saphir. Finalement, je me penche et murmure à son oreille dressée :

– Surveille-la, qu'il ne lui arrive rien. Dès que je reviens, tu pourras filer pour la nuit, d'accord ?

Max jappe en signe de son accord. J'attrape mon arc et mes flèches puis je sors rapidement du magasin et m'engage dans les escaliers qui mènent à l'extérieur. Une fois dehors, j'inspire un long moment puis relâche toute la pression dans une expiration bruyante. Je ferme les yeux et tends les oreilles. Je me concentre sur le moindre son aux alentours, puis je me mets à courir vers les arbres. Je m'enfonce dans l'espèce de sous bois et dégaine une flèche à chaque petit animal que je rencontre. Il faut que je fasse plus de réserves si nous sommes trois... déjà que Max et moi mangeons beaucoup.

Quand je m'aperçois que le soleil commence sa longue descente vers l'horizon je me dirige vers le centre commercial avec mes prises. Je suis assez contente de moi, j'ai réussi à prendre deux couples de lapins et un gros canard, d'ailleurs je ne sais pas trop ce qu'il faisait là, il devait être perdu.

Une fois de retour dans notre campement je m'aperçois que Saphir a disposé des pierres en rond et qu'elle s'évertue à allumer le foyer. Elle a également placé nos couches de part et d'autre du feu encore éteint. Max est à ses côtés semblant la soutenir mentalement pour qu'elle y arrive.

– Tu as besoin d'aide peut-être ? lancé-je soudain.

Max me fait la fête quelques secondes, puis avec mon autorisation il file à toute allure. J'entends vaguement Saphir dire qu'elle va réussir et l'écho des pattes de Max s'éloigne rapidement vers l'extérieur. Secouant la tête je pose mes sacs sur le sol et m'approche de la jeune femme en prenant garde d'éviter ses blessures dans le dos. Placée derrière elle, je saisis ses mains. Elle se crispe d'abord puis, toujours tendue, je lui montre les gestes précis à effectuer pour que cela fonctionne. Une fois fait, je me recule et Saphir répète l'opération, jusqu'à ce qu'une gerbe de rougeoiement atterrisse sur le foyer du feu. Ses yeux brûlent de fierté.

– J'ai réussi à attraper deux couples de lapin et un canard, tu m'aides à les nettoyer ?

– Bien sûr, dit-elle en tendant un bras vers les proies mortes.

Je lui rends un sourire.

– Eh, tu t'es bien débrouillée à tout préparer. Tu avais déjà fait du camping ?

Saphir trouve son couteau et semble parfaitement savoir ce qu'elle fait. Quant à moi, je vais m'occuper du canard.

– Nous vivions ainsi à Océania avant que l'on nous offre la cave, près du marché.

Elle vivait dans une cave ? Je prépare la volaille, place le récipient pour récupérer les plumes puis je commence à déplumer l'animal d'une main experte.

– Tu vivais dans une cave ?

– Nous y étions en sécurité, les gardes du Capitole surveillent les marchés pour protéger notre travail. La maison était petite, mais ma mère en avait fait quelque chose de joli.

Je grimace, peut-être ai-je été trop...

– Je suis navré si je t'ai paru parfois trop sûre de moi, dis-je doucement

– Oh, ce n'est rien, je ne t'en veux pas, dit-elle en souriant faiblement.

Je continue ma tâche et Saphir la sienne.

– Tu as des questions à me poser Saphir ? demandé-je.

– Des... questions ? Vraiment ?

Un sourire en coin plus tard, je range rapidement les plumes dans un sac et je prends un autre récipient pour mettre les abats.

– Bien sûr, après tout nous sommes amenées à voyager ensemble pendant un petit moment et je pense que si mes parents acceptaient de t'accueillir tu dois avoir un milliard de questions. Vas-y, je tâcherai d'y répondre le plus clairement et honnêtement possible, dis-je d'une traite.

– Tu sais Zola, je me demande souvent où tout cela va conduire. Qu'adviendra-t-il si tes parents refusent ? Est-ce que je ne suis pas une épine dans ton pied ? Aujourd'hui, je te retarde encore. J'apprécie ton aide et ta compagnie, celle de Max aussi, mais je ne veux pas porter de faux espoirs. Parle-moi plutôt simplement de toi, comme ça, quoi qu'il arrive j'aurai ton souvenir.

Je la regarde, elle est toujours concentrée à sa tache et ne me jette que quelques coups d'œil.

– Mes parents vont dire oui, ne t'inquiète pas de cela. J'en suis sûre, ils n'ont jamais tourné le dos à quelqu'un dans la détresse, et toi tu l'es visiblement. Je ne vois pas très bien ce qu'il y a à savoir sur moi, pose-moi des questions et j'y répondrai simplement et sans détour, dis-je honnêtement.

Saphir semble prendre conscience de mes paroles, elle me demande finalement :

– Pourquoi voyages-tu seule ?

Je fronce des sourcils.

– Eh, je ne suis pas seule, Max c'est mon meilleur ami, mon bras droit. Je voyage avec lui, dis-je avec conviction.

– Je suis sûre que Max est un très bon compagnon, mais je voulais dire, humainement.

Me rendant compte que je me suis emportée je reprends sur un ton plus neutre.

– Parce que je ne m'entends pas très bien avec les humains, dis-je calmement.

– D'accord. Ça ne te manque pas ?

Je réfléchis à la réponse la plus honnête que je pourrais formuler, en fait non, je ne pense pas. Si la présence des personnes me manque, je m'attarde plus longtemps dans un village, ou ville, dans lequel je me sens bien. Quand je fais une bonne, comme celle de Prisma, là, j'ai envie de rester plus. Même si le poids de mon travail me rattrape.

– Parfois si, quand je fais des rencontres intéressantes, alors je m'arrête un peu plus longtemps aux endroits où je me sens le mieux.

- Où est-ce que c'est le mieux pour toi ? demande-t-elle sans vraiment paraître curieuse.

– Euh, là où les personnes me font me sentir spéciale, dis-je en rougissant. Évidemment, je suis bien dans ma ville, mais parfois c'est dans des contrées plus éloignées, repris-je doucement.

– Mmmh, je comprends. C'est ton travail de trouver des choses ?

Ah, mon travail : trouver des choses hein ? Non, ça, c'est papa.

– Pas exactement, moi on me dit juste où les chercher. C'est mon père qui déniche les objets et qui m'envoie où ils sont.
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