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 Si je pouvais

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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Si je pouvais   Jeu 3 Mai - 22:20

Si je pouvais ne serait ce qu'une minute, un instant, croiser à nouveau ton regard...je donnerai tout pour ça. Lire tes peurs, tes douleurs,ta force, l espoir. L espoir qu'un jour on sera deux. Tu m'as laissé lire au plus profond de toi et tu lisais en moi comme dans un livre ouvert.

Tu savais. Tu savais ce que je ressentais. Tu l as su bien avant moi, mais t as gardé le silence. Pourquoi ? 20 ans après,  je sais enfin pourquoi. Tu ne voulais pas m'anéantir. Tu connaissais ton avenir et c est le mien que tu as refusé de détruire.
Je réalise aujourd'hui la force du sacrifice.

Mais ton regard me manque. Je ne me suis jamais sentie aussi vivante que dans des yeux. Ce lien si fort et imperceptible où est il? Le retrouverai je un jour? J'en doute.

Si je pouvais ne serait ce qu'une minute, un instant te prendre la main, encore une fois....je ferais tout pour ça.
Sentir tes doigts entrelacés dans les miens, verrouillés comme les maillons d une chaîne. Ça disait: " je ne te lacherai pas, je ne t abandonnerai pas".

Te sentir trembler, respirer dans mes bras...je voudrais juste revivre ça encore une fois, juste une fois. Me sentir vivante, encore une fois.
Je sais!!! C est malheureusement impossible, le voyage dans le temps n existe pas.
Je t' aimais comme je n' ai plus jamais aimé et d une certaine manière je t' aime toujours, et ça ne changera jamais.
Je n' ai pas su, pas pu te le dire... On en a pas eu le temps.
Et si il y a une chose entre toutes que je regrette sur les 20 dernières années c est bien celle là.

Aujourd'hui tu n es plus là mais sache que tu vis en moi. Chaque battement de mon cœur est pour toi.
Sentir encore une fois tes larmes couler sur ma joue...encore....
Aujourd'hui tes larmes c est les miennes mais quand je pense à toi ( en écrivant ces lignes)... Je sourie et je te dis merci.
Merci pour cette partie de ma vie.
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Shirahoshi

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 4 Mai - 8:25

Magnifique TropChou
J'aime beaucoup le fait que tu souris et que tu remercies la vie (enfin tu la remercie elle mais ça revient au même) malgré la tristesse de cette histoire, bravo ! Smile
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 4 Mai - 9:44

C'est vrai à travers elle je remercie la vie. Et il y a de bonnes raisons à cela. Je les partagerais....quand ça voudra bien sortir de ma tête avec des mots....
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 4 Mai - 13:37

Ça fait 20 ans que je vie avec cette fracture ouverte et impossible de passer par dessus. Alors je me dis que si je réussie à mettre des mots sur tout ça, a enfin tout cracher...ca ira peut être mieux.
Alors voilà je suis prête (enfin je crois). Pourquoi ici? Pourquoi maintenant? Parce qu'il faut vraiment que ca sorte. Pour être lue? aucune idée. Cela dit il y a de fortes chances que ca prenne du temps et que ca soit long à lire....

Y'a tellement de choses que je ne sais pas par où commencer. Le plus simple c'est sans doute de commencer par le début.

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Shirahoshi

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 4 Mai - 22:52

Oui je pense aussi que ça peut être une bonne chose pour toi d"écrire a ce sujet, en parler serait peut-être encore mieux, mais l’écriture c'est déjà bien et ça aide à trouver les mots.
En tout cas je te lirais avec plaisir peu importe le temps que ça prendra et la longueur du texte Wink
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Sam 5 Mai - 11:54

A l'aube du 1er jour

Je venais d'avoir 16 ans (oui c'est loin), j'étais lycéenne et une nouvelle année commençait. Mon temps libre je le partageais entre jouer au Trivial Poursuit entres potes, les sorties en boites et les films en VHS (le DVD n'existait pas encore).
J'avais des parents présents, une bonne éducation, de bons résultats scolaires et même un petit ami (le 1er et l'avant dernier). En clair, mon adolescence s'annonçait comme tout ce qu'il y a de plus normal.

Le 1er trimestre touchait à sa fin et chaque semaine depuis déjà 3 mois je t'écoutais pendant plusieurs heures. Toi, qui du haut de tes 24 ans faisait face à une trentaine d'adolescents stupides, avec une assurance hors du commun. On buvait tes paroles comme des gamins devant le rayon des jouets. Ton charisme nous transportait.Tu paraissais tellement sure de toi. A l'aise dans ta vie, à l'aise dans ton jean/basket et ta chemise de travers... à ta place tout simplement.
Ce que tu dégageais te rendais à la fois attachante et en même temps inaccessible, inabordable. Contradictoire ? Oui, mais logique (quand on connaît la suite).
Jamais une hésitation, pas un seul moment de silence, tu dégageais une telle énergie qu'au bout de 2H on avait la sensation d'avoir courus 10 km. Jamais un mot plus haut que l'autre, au pire, d' un simple regard tu mettais tout le monde d'accord. Tes rares moments de colères, eux aussi, s'exprimaient d'un simple regard. Le défier ? Même pas la peine d'y penser, c'était comme se faire transpercer avec de la kryptonite. C'est d'ailleurs de cette façon que j'ai constaté que tu avais les yeux verts. Incapable de soutenir ton regard plus de 2 secondes il m'aura fallu 3 mois pour en voir leur couleur. Personne n'osait te contredire, te défier, ni même t'interrompre. Moi y comprise, et c'était très bien comme ça.

Mais un jeudi en Novembre…. Tout à changé.
Tout ce que je pensais de la vie, des amis, de la famille, mes doutes, mes certitudes, mon avenir tout tracé…. Tout à basculé.
Ce jeudi là, en moins de 15 minutes c'est tout ce qui composait ma vie d'adolescente qui s'est retrouvée comme écrasée, balayée, effacée…

Hasard ? Destin ? Coïncidence ? Cette question je me la suis posée des centaines de fois sans jamais trouver la réponse. Et finalement, je ne suis pas certaine que la question mérite une réponse.
Toujours est- il que ce jour là restera gravé à jamais dans ma mémoire et restera pour moi, comme étant le « 1er jour du reste de ma vie ».
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Shirahoshi

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Sam 5 Mai - 13:30

J'adore ta façon d'écrire et j'ai hâte de lire la suite Wink
Je pense très bien comprendre ce que tu veux exprimer et je suis d'accord avec le fait que la question ne mérite pas vraiment réponse, c'est arrivé, c'est tout.
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Sam 5 Mai - 13:40

Merci. Ça m'encourage. La suite est en cours mais j'avoue...là c'est difficile, j'ai du mal à trouver les mots justes
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Sam 5 Mai - 19:07

Le jeudi qui a changé ma vie

On devait t'apporter des documents : des questionnaires débiles mais obligatoires sur l'orientation. Documents qui paraît-il étaient très important pour notre avenir. Comme si une simple feuille de papier allait déterminer notre vie future… la bonne blague !!!
Je me souviens j'avais inscrit : 1er choix filière scientifique (cela dit on est pas tombé très loin mais rien à voir avec ce formulaire).
On avait tous complété le questionnaire, à contre cœur mais c'était complet. Il ne restait qu'une chose à faire : les rassembler et te les apporter. En théorie, rien de plus simple. Sauf que l'on s'est retrouvés devant un dilemme : qui allait avoir le cran de te les remettre en main propre ? Oui, tu nous faisais peur. Peur, non pas dans le sens ou on allait se faire frapper ou pourrir. Non ! Mais peur dans le sens ou tu impressionnais tout le monde. Te remettre ces documents ça signifiait t'aborder et te parler face à face sans témoins. Là, pour beaucoup d'entre nous c'était inenvisageable.
Bien évidemment la bande de « caïds » habituelle, ceux habitués aux discours : « moi je suis capable de tout, j'ai peur de rien ni de personne... »… Oui, ceux là sont ceux qui se sont défilés en premier.
Après plus de 2h de débat pour déterminer qui allait accomplir cette mission on avait toujours pas de volontaire. On a bien essayé le gage et le tirage au sort mais…. Toujours une bonne excuse.
On tournait en rond ce qui m'a profondément énervée. Et je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête à ce moment là. D'un coup de colère je me suis levée, j'ai ramassée la pile et je suis partie.

Une petite voix intérieure m'a dit :
«  Ah, ben oui...génial !! C'était intelligent ça. Et maintenant tu fais quoi ? T'as plus le choix, va falloir y aller. Tu vas devoir lui parler face à face. Evite de bégayer, ça serait mieux. Après tout c'est pas si compliqué. Tu frappes, tu rentres ,tu dis bonjour poliment, tu poses les documents, tu dis bonsoir et tu repars. C'est quand même pas sorcier , si? »

Et bien pour être honnête c'était un peu comme se jeter dans le vide sans parachute. Jusqu'à ce jour on ne s'était jamais parlé. T'écouter, répondre à tes questions ? Oui. Mais te parler ? En 3 mois...pas une seule fois. Et c'est cette part d'inconnue qui nous faisais peur à tous. Cette façon que tu avais de tout contrôler (qui n'était qu'une illusion), laissait à penser que tu contrôlerais aussi notre conversation, ce qui, pour nous tous était très déstabilisant.
Mais une fois les documents entre mes mains je ne pouvais plus me défiler, je ne pouvais plus reculer, je devais y aller.

FLASHBACK
Jeudi soir , 18H
Rangers aux pieds, blouson de cuir sur le dos, j'arpente le couloir, ou plus exactement je longe les murs. Pourquoi avoir pris ces feuilles ? Pour aller se jeter dans la gueule du loup ? Enfin, faut pas exagérer elle ne va pas me mordre.
Ce n'est pas faute d'avoir marché lentement mais la porte se trouve à 5 mètres devant moi…
Je fais quoi ? Je me sauve en courant et je dis que j'ai perdu les feuilles ? C'est pas mal ça, non ?
Mais je ne peux pas faire ça. C'est pas correct, c'est pas moi.
L'encadrement de la porte ? Je dirais bleu et 83 cm de large (comme n'importe quelle porte).
Bon Stop !!! Ça suffit. Je me ressaisie. Je suis descendue au fond d'un gouffre de 40m de profondeur attachée à un simple baudrier, j'ai sauté en parachute, je devrais réussir à passer cette porte…

Je respire, je souffle...je respire, je souffle. Je remets ma mèche de cheveux à sa place (si, si), je respire, je prends mon élan… et…

«-  Toc, toc...Bonsoir...(j'avance de 2 mètres) Bonsoir... »
Et je n'ai aucune réaction, aucune réponse. Tu ne m'as pas vue, pas entendue. Allez... je me sauve.
Mais….il y' a quelque chose qui cloche. Je ne sais pas ce que c'est mais du coup je fais un mètre de plus.
J'ai trouvé, je sais ce qui me choque : Wahou !!! T'es assise le cul sur une chaise. Ah !!! Parce que ça t' arrives de te poser 2 minutes et de ralentir ? Là, je suis surprise. Y' aurait- il un être humain de cacher derrière cette force de la nature ?
Mais... je rêve ou tu n'as toujours pas percuté qu'il y avait quelqu'un en face de toi ? La tête baissée, rivée sur la table… et bien non je ne rêve pas. Tu ne m'as toujours pas vue, pas entendue. Tu ne veux peut être pas me parler. Bon ! Je n'insiste pas. Je glisse les documents entre la table et ton visage et puis je vais y aller.
Je fais demi tour, prête à partir quand une voix (la tienne) me fait sursauter.

« - Salut ! Ça fait longtemps que t'es là ? »

Attends !! T'as dit quoi là ? Salut ? J'ai bien entendue ? Impossible…. Mais ...heu…il faut que je te répondes :

«-  Non. Juste une minute.
Je ne voulais pas vous déranger.
J'ai juste déposé les formulaires devant vous.
Bonne soirée... 

-  Attends. Tu as deux minutes là ?

-  Oui, bien sur.  ( Ce qui était complètement faux car le car qui me ramenait chez moi tous les soirs n'allait certainement pas m'attendre).

- Tu peux me rendre un service et m'emmener un des deux cartons jusqu'à ma voiture ?

- Oui, pas de problème.

- Merci beaucoup... »

Ton « merci » sonnait bizarrement. Comme si porter l'un de tes petits cartons venait de t'enlever un poids de 150 Kg des épaules. Je n'ai pas tout compris mais j'ai placé correctement mon sac sur le dos et j'ai pris le carton dans mes bras. Tu t'es levée, t'as pris le deuxième.
Et là...je fais un mètre, je me retourne et je vois ton visage devenir aussi blanc que les documents que je venais de déposer. Et en moins de temps qu'il en faut pour l'écrire t'as perdue connaissance.
J'ai juste eu le temps de jeter le carton et de t'attraper par l'épaule pour amortir ta chute.

Et voilà comment je me suis retrouvée affalée sur le sol, avec toi pour ainsi dire dans mes bras, mais surtout inconsciente.
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Lun 7 Mai - 23:48

Le jeudi qui a changé ma vie (suite)

Ma petite voix intérieure est revenue et m'a dit:
« Là, t'es mal. Il n'y' a plus personne. Tu peux hurler, appeler au secours, ça ne servira à rien, y 'a personne. Mais qu'est ce qui s'est passé ? Soit tu trouves un moyen pour qu'elle revienne à elle, soit tu la laisses seule pour courir chercher du secours ou...tu déclenches le signal d'alarme »

Génial !! J'avais tout imaginé sauf ça. Tu commences à me faire peur là. Oh !!! réveille toi. Je vais te secouer moi tu vas voir. Bon ça marche pas. La gifle ? Non, je peux pas te mettre une gifle , tu vas me tuer.  En même temps est ce que j'ai le choix ? Allez...et de une. Oui ? Non ? Et de deux….Quoi d'autre ? Qu'est ce qu'il faut que je fasse ? Là, tu commences vraiment à me faire flipper et je ne trouve pas ça drôle du tout.
Ah !! Une seconde… vas y , vas y...ouvre les yeux. Yessss !!! Je respire….

Pour la première fois je te regardais droit dans les yeux. Aspirée par un océan vert, j'ai littéralement plongée dans ton regard dont il m'était impossible de décrocher. Un mélange de peur, de panique, de stress, de joie, d'émotion, d'impuissance, de solitude… En une seconde tout ces sentiments se sont emparés de moi. Je n'avais jamais ressentie un tel « bordel » à l’intérieur de moi. J'étais bloquée, paralysée, incapable de détourner mes yeux des tiens et encore moins capable de décrocher un seul mot.

C'est toi qui à parlé la première, pour me dire :
« - Y'a un problème ? Ça n'a pas l'air d'aller...

- Ah, ben moi je vais bien, mais vous en revanche j'en suis pas sure. C'est à vous de me le dire.

- Mais je vais très bien. Pourquoi cette question ?

- Ok ! Donc vous ne vous rappelez de rien ?

- Me rappeler de quoi ?

- Alors...pour information on est affalées sur le sol. Et on est couchées par terre parce que vous avez perdu connaissance et que je vous ai rattrapée au vol.

- Ah ! Je vois... »

Comment ça tu vois ? Tu vois quoi ? C'est quoi cette réponse ? C'est tout ? En gros, si je comprends bien, c'est rien et c'est normal. Ben voyons !! Si tu crois que je vais me contenter d'une réponse comme celle là. Effectivement tu ne me connais pas. Non ! Tu ne vas pas t'en tirer de cette façon. Je veux une vraie explication. Je mérite une explication.

Propulsée par la peur et l'adrénaline je suis un peu partie en vrille dans un monologue qui ressemblait à peu près à ça :

« C'est une plaisanterie j'espère ? Vous espérez vous en sortir comme ça ? Est ce que vous avez la moindre idée de la trouille que j'ai eu ? Vous croyez que je ramasse des gens inconscients tous les matins ? Vous savez ce que j'ai du faire pour vous réveiller ? D'ailleurs ça serait sympa de ne pas porter plainte pour la marque de la gifle, merci. Mais à la rigueur ce n'est qu'un détail. Ça vous arrive souvent ? Etant donné vos réponses j'imagine que oui. C'est quoi ces conneries ? Vous prenez le volant tous les jours. C'est quoi le but ? Rentrer dans un mur ? Vous avez une famille ? Des enfants ? C'est de la naïveté ou de l'inconscience ? Voir un médecin éventuellement, ça ne vous ai pas venue à l'esprit non ? Personnellement je vous vois comme quelqu'un de censé et réaliste. J'imagine bien que prendre des risques ça doit vous plaire. Beaucoup plus le style à grimper sur un scooter des mers qu'à bronzer sur le sable certainement. Mais des risques calculés. Vous perdez connaissance sans aucune raison apparente, vous ne vous rappelez de rien, mais c'est pas grave ? Je ne comprends pas. Expliquez moi parce que je ne comprends pas. Et je déteste quand je ne comprends pas...mais vous le savez déjà. Alors je vous écoute. Et j'ai tout mon temps. De toute façon j'ai raté mon car alors je ne sortirai pas d'ici sans une explication qui tienne la route. J'attends…. »

Je ne sais pas ce qui m'a traversé l'esprit à ce moment là. Une demie heure avant j'osais même pas lui dire bonjour et là je lui sort un truc pareil. Je suppose que la peur m'a fait péter les plombs.
Une fois calmée après avoir débité mon « super » discours, je me suis rendue compte qu 'elle pleurait et probablement depuis un petit moment. Mais trop occupée à l’enchaîner sur sa propre vie, chose qui, cela dit en passant, ne me regardait absolument pas...et bien j'ai rien vue.
Et donc bien sur...j'ai regretté ce que je venais de dire dans la seconde qui a suivie. Si j'avais réussi à trouver un trou pour m'y cacher j'aurai sauté dedans.

Moi, une gamine de 16 ans je venais de me permettre de faire une leçon de moral à une femme dont la position était bien supérieure à la mienne et envers qui je ne devais avoir que du respect. 8 ans de plus que moi, je suis à l'école et toi dans la vie active. Pendant que je raconte le synopsis du dernier film à la mode, toi tu remplis ta feuille d'imposition. Mais qu'est ce qui m'a pris ? Y 'a des jours ou je devrais apprendre à me taire. Maintenant c'est trop tard. C'est fait, c'est dit. Je vais commencé par m'excuser, c'est la moindre des choses. Et puis ensuite ? Ensuite je vais me faire toute petite je pense.

M'excuser ? Oui je vais faire ça. Je regarde mes Rangers et je me lance :

«  - Je…. Je suis désolée. J'aurais jamais du vous parler comme ça. C'est juste que...que j'ai eu tellement peur, j'ai pas réfléchie, c'est sortie tout seul. Je suis désolée».

Dans la série des réactions inattendues (et ce n'était que le début), t'as plongée dans mes bras. Troisième moment de solitude. J'étais censée faire quoi ? Te repousser ? Ouai peut être, mais aucune envie de le faire. Alors ...sans un mot je t'ai serrée dans mes bras (et j'ai rarement eu aussi chaud).
A cet instant je suis totalement larguée, je ne comprends plus rien. La femme survoltée, shootée à doses de boulot, celle avec qui il est impossible d'en placer une, celle que l'on côtoie depuis 3 mois...elle est où ? Parce que là tout de suite, et je ne sais par quel miracle, j'ai dans les bras une femme magnifique, fragile et visiblement hypersensible. Heu...je vais prendre deux minutes pour réfléchir parce que j'ai du louper quelque chose…

Ok. J'ai trois hypothèses :
1/ Elles sont deux, c'est des jumelles et celle qui est blottie dans mes bras n'est pas celle que je vois depuis 3 mois
2/ Elle est schizophrène et j'ai affaire à une autre personnalité
3/ C'est bien la même personne et ce que je vois depuis 3 mois n'est qu'un masque. Un masque qui protège la face cachée de l'iceberg...
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Shirahoshi

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Lun 14 Mai - 21:35

Une chose est sûr, ton histoire n'a pas l'air banale !

La suite, la suite ! Ordinateur Trop happy
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samhea

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mar 15 Mai - 11:47

Je viens de lire tes mots. Y'a une put... de fluidité dans ton écriture ! On te lirait pendant des heures sans même s'en rendre compte un seul instant.

J'imagine que raconter tout ceci est à la fois effrayant, soulageant ( pas sûre que ça se dise mais bref), et pourquoi pas douloureux.

Mais personnellement je pense que tu a pris la meilleure décision, et j'ai hâte de lire la suite de ces mots très personnels.

Merci de les partager.
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mar 15 Mai - 21:32

Banale?? Non je confirme. J'ai eu une chance incroyable de la rencontrer...

Je vous poste la suite...
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mar 15 Mai - 21:34

Le monologue déclencheur

Objectivement je penchais pour la 3ème hypothèse et je n'allais pas tarder à obtenir la réponse. Mais dans un premier temps je voulais surtout que tu acceptes mes excuses. Pardonner et oublier ce que je venais de te balancer je n' y comptais pas vraiment.

Après ces quelques minutes passées dans mes bras, t'as reculé, t'as essuyé tes larmes (comme pour effacer ce moment de faiblesse), tu m'as demandé de m'asseoir et tu t'es lancée dans un monologue (chacune son tour) : le monologue qui à modifié le cours de ma vie.

Sans un mot je me suis assise, avec la sensation angoissante que ce que j'allais entendre allait bien au-delà de ce que j'avais pu imaginer jusque là...et j'avais raison. Mais après tout, c'est moi qui avait demandé. C'est moi qui voulait savoir. Et le moment de passer dans le monde des adultes, dans la vraie vie, venait d'arriver. A 17h je me prenais encore la tête avec une amie pour savoir ou est ce que l'on passerait la soirée de samedi soir et à 18h30 je passais dans le monde des adultes...et sans préliminaires.

Ton discours ? Comment je pourrais l'oublier ? C'est impossible et de toute façon je n'y tient pas vraiment. Similaire à une cicatrice il fait partie de moi.

Ce soir là, et quasiment mots pour mots, tu m'as dit :

« Tu n'as pas à t'excuser parce que tout ce que tu as dit est vrai. Il y a bien longtemps que l'on ne m'avait pas remise à ma place et sincèrement un bon coup de pied au cul de temps en temps ça n'a jamais fait de mal à personne.
Il n'y a qu'une personne, une seule qui sait ce que je vais te dire maintenant, c'est mon frère aîné. Cela dit je n' ai qu'un frère. Et tu vas m'écouter jusqu'au bout, sans poser une seule question….sinon je n'y arriverai pas. Mais avant que je t'explique tu vas me promettre de n'en parler à personne, sous aucun prétexte, même partant d'une bonne intention .  C'est non. Personne c'est personne. Le seul a qui tu pourras parler c'est mon frère. Et oui je te donnerai ses coordonnées parce que tu vas en avoir besoin.
Tu n'aurais jamais du assister à ce que tu as vu ce soir mais c'est trop tard. Et mon instinct me dit, je ne sais pas trop pourquoi d'ailleurs, que je peux te faire confiance. J'ai entendu tout ce que tu as dit et je vais te répondre.
Saches juste que ça va être difficile à entendre, difficile de le garder pour toi et il vaudrait probablement mieux, pour toi, que tu ne saches rien. Tu peux partir si tu veux, on oublie ce qui vient de se passer et on en reparle jamais. Je ne t'en voudrais pas. »

Pensée intérieure sur l'instant :
Heu...ouai sauf que là je suis juste pétrifiée. Même si je voulais partir, ce qui n'est pas le cas, je ne pourrais même pas me lever de ma chaise. Ce que tu vas me dire ne vas pas me plaire j'ai bien compris, mais je ne partirais pas. Pas après ce que je viens de vivre : c'est hors de question.
Alors...vas y explique qu'on en finisse (en réalité ce n'était que le début).

Voyant que je restais assise suspendue à tes lèvres, tu as continué de parler :

« C'est vrai, ce n'est pas la première fois. Il m'arrive de perdre connaissance quelques minutes et de reprendre mes esprits spontanément. Est ce normal ? Bien sur que non.
Dangereux ? Oui et non. Jusqu'à présent cela ne se produit que lorsque je suis au repos, dans mon lit, devant la télévision, ou comme ce soir, assise perdue dans mes pensées.
Si ça devait arriver au volant ? Et bien ce serait l'accident. Mais tout le monde peut avoir un accident. Si je commence à penser à l'éventualité que...alors j'arrête de vivre tout de suite et ça je refuse. Consulter un médecin ? Comme tout le monde je ne suis pas fan mais pas complètement stupide non plus. C'est pas un médecin que j'ai consulté mais plutôt une dizaine. Pour arriver au même diagnostic à chaque fois. A savoir : tumeur cérébrale inopérable…
….
… En fonction de l'évolution il me reste entre 12 et 18 mois à vivre. Alors oui c'est vrai je prends des risques, je consomme la vie, j'essaye d'en faire le plus possible pendant que je peux encore le faire. Pourquoi ne pas passer le temps qu'il me reste à profiter du soleil sur une plage ? Et bien parce que tu as raison c'est pas mon truc. Je préfère être ici et donner ce que je peux donner aux autres. Une manière comme une autre de laisser une trace de mon existence. De la famille ? Juste mon frère. Des amis ? J'ai fait le ménage, la peur et la pitié j'en ai pas besoin. Un mec ? Y 'a eu, mais trop jeune, trop faible ou les deux, pour assumer la situation. Des enfants ? Si seulement...mais non. Je n'en veux pas. Ça reviendrait à en faire un orphelin en toute connaissance de cause, ce qui serait totalement égoïste de ma part alors non.
Voilà c'est dit. Tu sais tout...l'essentiel en tout cas. Je me doute que là tout de suite tu voudrais partir en courant. J'ai l'habitude et tu ne seras pas la première. Chaque personne à qui je l'ai dit à subitement disparue de mon entourage. Je ne te demande rien. Tu voulais savoir, c'est fait. Tu peux faire comme si tu n'avais rien entendue ou choisir de contacter mon frère. C'est toi qui décide et quoi que tu choisisses c'est en toute liberté que tu dois le faire, et pas ce soir. Alors maintenant tu prends ton sac, tu viens avec moi et tu m'indiques la route pour te ramener chez toi. »

Mon sac ? Quel sac ? C'est quoi un sac ? Ah oui ! Ce que je trimballe tous les jours sur l'épaule. C'est bon je l'ai. Mais c'était quoi ça ? Un mauvais rêve ? Le Trailer du prochain film dramatique ? J'ai très bien entendue, j'ai même tout enregistré (la preuve), mais j'ai rien imprimer. Mon cerveau est resté bloqué a « inopérable » et la seule pensée qui en sort se résume en 3 lettres : NON.

Une fois dans ta voiture mon cerveau tourne à 200km/h. Comment ça inopérable ? Pourquoi ? Il y' a bien des traitements ? Depuis quand vous le savez ? Mais c'est vrai tu as dit pas de questions.

« - Première à gauche »

Je peux vous aider ? Faire quelque chose ? Et si tu perds de nouveau connaissance je dois faire quoi ? Au fait tu ? Vous ? Je sais pas...je ne sais plus. Oui c'est bon j'ai compris... pas de questions.

« - A droite après l'église et deuxième à gauche »

Mes idées s 'embrouillent. Si les pensées ressemblaient à des petits bonhommes alors mon cerveau serait la bataille de Verdun. Comment c'est possible ? Tu n'as que 24 ans. Mais il n'y a pas d'age pour mourir. Mourir ? Oui, c'est bien de ça qu'il s'agit. En fait la chose à retenir dans tout ton discours c'est celle là. C'est que tu vas mourir. Mais non ! Moi je ne veux pas. Je viens juste de te rencontrer. Non ! T'as pas le droit. Pas comme ça. Pas dans un an.

Une fois arrivées chez mes parents tu te contente de me dire :

« -  Essaye de dormir, on se voit Lundi »

Il est 19h15 je sors de ta voiture, tu esquisses un sourire, je claque la portière et je regarde ta voiture s'éloigner dans l'obscurité. A ce moment là je fond en larmes, c'est plus fort que moi. C'était sans doute la vanne du trop plein.  Je crois que ça faisait beaucoup d'émotions en 1H15, un peu trop peut être.
                                                             
Les lumières de la maison sont allumées. Mes parents sont là. Ils doivent m'attendre pour manger et surtout se demander pourquoi je rentre aussi tard et en voiture. Qu'est ce que je vais leur dire ? J'ai mal à la tête, vraiment pas faim et aucune envie de parler. Et puis….personne c'est personne.
Me reste plus qu'à trouver un bon bobard. L'idée ne me plaît pas trop mais bon… est ce que j'ai le choix ?
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mar 15 Mai - 21:36

Maintenant je sais

Je sèche mes larmes, je pose mes affaires et je me dirige vers la cuisine. Je m'attends à subir l'interrogatoire de ma mère et j'ai environ 20 secondes pour trouver une bonne explication. Je m'en sort en expliquant que j'ai été retenue à la fin des cours et que par conséquent j'ai raté mon car. Ce qui n'était pas complètement faux.
On passe à table et bien sur j'ai la tête ailleurs, ce qui n'échappe pas à ma mère. C'est là que l'interrogatoire commence :

« - Quelque chose ne va pas ?

- Non, non.

- Un problème au lycée ?

- Non, non.

- Tu as mal quelque part ?

- Non.

- Tu manges pas ?

- J'ai pas très faim.

- Tu as pleuré ?

- Non, je suis juste fatiguée. »

Avec le recul je suis convaincue que ma mère n'a pas crue un seul mot de mes réponses, mais elle n'a pas insisté.

Sans finir l'assiette de pattes carbonara (plat que j'adore) je suis montée dans ma chambre sans un seul mot.
Assise sur le rebord de mon lit, je réfléchie. Les images, tes mots, ton regard, tes larmes… tout se percute en vrac. Comme un film en accéléré qui passe en boucle, encore et encore…
Je ne comprends rien au scenario mais je visionne le film encore et encore.
Je le passe au ralentie, je décompose scène par scène mais je ne comprends toujours pas.
Que s'est t' il passé ce soir ? Comment c'est possible ? Tu veux en parler à personne et pourtant à moi tu l'as dit, pourquoi ? Pourquoi moi ? On ne se connaît pas .
Ce matin encore, mes projets étaient de sortir en boite samedi soir et de regarder « Top Gun » dimanche. Mais maintenant ? Sortir en boite ? J'ai pas envie. Regarder un film ? Bof, ça ne me dit rien.
Et puis j'ai une dissertation de Philo à rédiger pour lundi. C'est quoi le sujet déjà ? Je ne sais plus et franchement ça ne m' intéresse pas. La seule chose qui m 'intéresse c'est toi.
Est ce que tu es bien rentrée ? Est ce que tu vas bien ? Tu vies seule (maintenant je le sais) mais alors….si…. Non ! Je n'ose pas y penser.

Je me surprends à vouloir revenir en arrière. Au moment où je n'osais pas t'aborder mais surtout au moment où, pour moi, tu allais bien et tu avais toute la vie devant toi. Au moment où je t'imaginais heureuse de vivre. Je te voyais avec une bébé dans les bras, un chien….
Je pourrais faire comme si je n'avais rien entendue et rester sur cette vision.
Je pourrais ? En fait, non ! Je ne peux pas. Faire comme si je ne savais pas, c'est mentir. Me mentir à moi même, et pire… te mentir à toi. Tu m'as fait confiance (d'ailleurs je ne saurais jamais vraiment pourquoi) et je n'ai pas le cran de fuir. Si j'ai bien compris, nombreux sont ceux qui ont fuit et je ne veux pas être comme ceux là.

Alors qu'est ce que je peux faire ? Comment je peux t'aider ? En te ramassant à chaque fois que tu tombes ? (c'était un euphémisme) . Moi je veux bien, mais je suis censée faire quoi ? D'abord, il se passe quoi exactement ? Tumeur cérébrale, d'accord, mais en clair ? C'est une saloperie. Oui j'ai compris. Mais c'est quoi ? C'est ou ?
Il est 3h du matin, je me lève à 6h et il faut que je dorme. Mais d'abord je vais chercher l'encyclopédie médicale, je veux savoir. (Internet n'existait pas malheureusement).
Une heure plus tard je ne suis pas vraiment plus avancée sur le sujet. Tant pis...je demanderai à ton frère, lundi je veux ses coordonnées.


Décalée

Je navigue dans les couloirs du lycée. Je regarde les gens mais je ne les vois pas. J'écoute les cours mais je n'entends rien. La conversation pour savoir de quelle couleur sera le chemisier samedi soir m'ennuie passablement. Mon petit ami est là, et pensant trouver du réconfort, un bien être, une forme d’apaisement, je me jette dans ses bras. La réalité ? Je n'éprouve rien de ce genre et rapidement je m'éloigne. Mes amis me demandent ce qu'il se passe mais je ne répond pas.
Derrière moi j'entends ton nom, je tends l'oreille. Quoi ? Une critique ? Mon visage se crispe et mon poing se ferme. Pourquoi ? Je m'interroge sur ma réaction. Je n'aime pas la violence et je ne m'emporte pas facilement. Pourtant là, une phrase de plus et je lui sautai à la gorge.

Mes amis sont partis sans que je m'en aperçoive, ce qui n'est pas très important. Je mets le casque de mon Discman (avant le MP3) sur les oreilles et je m'éloigne. En fin de compte, je suis très bien seule et le casque m'empêche d'entendre des choses désagréables.
Dans le casque ? Daniel Balavoine : « aimer est plus fort que d'être aimé, vivre ou survivre, tous les cris les SOS, partir avant les miens…. ». Je suis fan de Balavoine depuis des années mais bizarrement ce jour là les paroles prennent un tout autre sens.

« ... Toi qui a brisé la glace, sait que rien ne remplace la vérité...
...Mais je ne peux pas, je ne sais pas et je reste plantée là...
...Quand tout s’effondre, toute la misère du monde n'est rien a coté d'un adieu…
...Et que leurs yeux soient grands ouverts pour fêter mon enterrement…
… Dansez, buvez en me berçant. Que je vous aime en m'endormant... »
Daniel Balavoine.

Alors c'est ça ? Choisir d'être ton amie c'est choisir d'assister à ton enterrement. Te trouver c'est accepter de te perdre ? Choisir d'être à tes cotés c'est poursuivre le rêve insensé que tu y restera ?
Comment on fait ? Comment je fais ? C'est quoi le mode d'emploi ? Je peux apprendre ?

La sonnerie marquant la fin des cours me sort de mes pensées. On a étudié quoi aujourd'hui ? Je suis bien incapable de répondre. Mais ce n'est pas très important.
On est enfin en week-end. Enfin ? Si vous le dites. Moi je voudrais que l'on soit Lundi. Le week-end ? Je vais faire quoi ce week-end ? Sortir en boite ? Je n'ai pas envie, je n'irai pas.
Ah oui ! Ma dissertation. Je vais m'en occuper. Mais le sujet ne m'inspire absolument pas.

Samedi.
Je m'installe à mon bureau, feuille blanche devant les yeux, stylo à la main et….. ? Rien. Pas une ligne, pas un mot. Le trou noir, pas une seule idée, néant total.
3h plus tard je suis en bas de la page, mais voilà ce qui est écrit (copie du texte original) :

«  Il y a des choses que l'on voudrait dire
parce qu'elles nous font pleurer
Et d'autres que l'on voudrait cacher
Parce qu'elles ne font plus rires.
Tout ces mots, tout ces verbes
ces noms sans adjectifs,
tout se bouscule dans ma tête.
Ne rien comprendre et chercher
Comment faire pour oublier ?
Dois je vraiment oublier ?
Je ne me sent pas bien
Je n'ai plus envie de rien
Je me fou de tout et de rien
Depuis que je sais que tu vas partir avant les tiens »

Résultat ? J'ai rendu copie blanche. Comme quoi, ça arrive aussi aux bons élèves.
Le reste du week-end ? J'ai sortie un bouquin de la bibliothèque : Docteurs, d' Erich Segal.
Livre dont j'ai dévoré les 800 pages en 3 jours. En sachant qu'il m'a fallut 3 mois pour lire « le père Goriot » je trouve que c'est plutôt drôle.


Le 1er Lundi

Lundi matin 5H30.
Le car ne passe qu'à 7H10 mais pourtant j'ai déjà les Rangers aux pieds et le sac sur l'épaule. Je tourne en rond. J'ai hâte d'aller en cours, vive les Lundi. A un petit détail près, ce ne sont pas les cours qui m’intéressent.

A la descente du car je remarque mes amis, qui , comme tous les matins sont adossés sur la grille d'entrée du lycée. Mon petit ami est là, lui aussi. Il m'attend. Mais je ne les rejoints pas, je me dirige tout droit vers le parking des voitures en espérant y trouver la tienne.  Mais je ne la voit pas. Où es tu ? Tu commences à 8h, il est 7H51. Que fais tu ? Je commence à m'inquiéter.
7H56 : Ah ! Ben quand même. Il était temps. Tu rentres sur le parking et moi je pique un sprint pour m'éviter le passage par le bureau du conseiller d'éducation à cause de mon retard.
A chaque pause, entre les cours, je scrute les alentours en espérant te croiser, ou juste t'entrevoir. Je veux m'assurer que tout va bien.

Quand j'y repense, cela a probablement été difficile pour toi, de me dire tout ça l'autre soir. Pourquoi tu me l'a dit ? Tu regrettes peut être. Tu me fais confiance ? Mais comment tu pourrais me faire confiance ? On ne se connaît pas. La seule chose que tu sais de moi c'est ma moyenne en cours. Personne ne sait ? Ni tes collègues, ni le proviseur... personne ? Ce n'est pas un peu dangereux ? Même si je ne sais pas de quoi il en retourne exactement, ne vaudrait il pas mieux en avertir ta hiérarchie ? Aujourd'hui tu sembles aller bien, c'est vrai. Mais dans 6 mois ? T'attends le bon moment ? Et dans l'intervalle, il se passe quoi ? Pourquoi tu ne veux rien dire ? Parce que tu ne veux pas qu'ils aient peur ou pitié. C'est pour ça ?
Et puis comment tu pouvais savoir que je n'allais pas courir dans le bureau du proviseur pour tout lui expliquer ? Cela dit, c'est peut être ce que je devrais faire. Mais je ne comprends pas, au travail y'a bien des visites médicales non ? Comment tu fais ? Tu sèches ou quoi ? Ce qui ne me surprendrait pas plus que cela d'ailleurs.

Les questions s’enchaînent les unes après les autres . Des questions j'en ai plein la tête, en revanche je n'ai aucune réponse.

Déjà 6H de cours de passées. Il est 15H30 c'est la pause. Seule, dans le hall, le casque sur les oreilles je balaye du regard les alentours.. des fois que…
Et puis…cette drôle de sensation, comme si quelqu'un me regardait. Je cherche en vain. Mon regard est attiré par la passerelle à l'étage du dessus. T'es accoudée sur la rambarde, et oui, c'est bien moi que tu regardes. Timidement je te fais un signe de la main. Tu y réponds immédiatement en me faisant signe de monter.

J'imagine que tu veux savoir si j'en ai parlé à quelqu'un. Et si je veux parler à ton frère ou pas.
Mais au lieu de ça tu me demande si je vais bien. Si le week-end n'a pas été trop difficile pour moi et si j'ai bien rendu ma dissertation de Philosophie.
Oups !!! Pour la dissert' de Philo. Mais attends là, comment tu sais que je devais rendre une dissertation ? Ce n'est pas ton domaine. Tu me demandes comment moi je vais ? C'est le monde à l'envers. Tu ne veux même pas savoir si j'ai parlé à quelqu'un ? T'as peur de la réponse ou tu me fais vraiment confiance ?
Je te réponds, en essayant d'être la plus honnête possible, et en te disant que je vais bien, même si le week-end à été un peu difficile.

Ça sonne et je dois retourner en cours. Mais avant d'y aller, je te demandes les coordonnées de ton frère. Pour toute réponse, tu sors une feuille pliée en quatre de la poche arrière de ton jean… tout était dessus…

Parfait! Je range la feuille précieusement dans mon sac, en me disant que je devrais probablement mieux l'apprendre par cœur. Juste au cas ou.
Maintenant que je suis en possession de ce numéro de téléphone je vais enfin avoir des réponses. Un peu comme si j'avais trouvé la clé d'un coffre secret. Dès que je rentre à la maison j' appelle ton frère.

En sortant de ma classe à la fin des cours je fais un détour par le couloir d'en face (le tient) en espérant te croiser. Et je te trouve adossée contre la porte, porte documents dans les bras… tu m'attendais ? A priori oui. On fait le chemin ensemble jusqu'à la grille sans se dire un seul mot.

Arrivées au parking :

Moi « - A demain ? »

Toi « - Bien sur que oui. »

Ton sourire en t'éloignant reste accroché à mon cerveau. Ça me fait plaisir de te voir sourire, j'aime bien.
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mar 15 Mai - 22:00

La conversation téléphonique

De retour à la maison je n'ai qu'une idée en tête : appeler ton frère. Mais au fait, il fait quoi ton frère ? Il a quel age ? C'est ton grand frère si j'ai bien compris. Et visiblement ta famille c'est juste lui. Mais tes parents ils sont ou ? Ils font quoi ? Ils ne sont pas au courant ? C'est impossible.

Maintenant je veux des réponses.
Je compose le numéro…Et personne ne décroche.
Ah ! Je n'avais pas pensé à ça. Mais si il travaille, il n'est peut être pas encore rentré du boulot. Je dois réessayer plus tard. Sauf que plus tard, je ne serais pas seule. Tant pi je prendrais le téléphone de ma chambre (oui j'avais cette chance) et au pire je dirais que c'est une copine.

Il est 21H, je rappelle et cette fois ci quelqu'un décroche.
Voici la retranscription de notre conversation téléphonique :

«  - Allo ? Bonsoir…

- Salut !

- Je suis….

- Je sais qui tu es. Ma sœur m'a beaucoup parlé de toi et j'attendais ton appel.

- D'accord. Je m'excuse d'appeler si tard mais j'ai essayé vers 19h et ça ne répondais pas.

- Pas de problème. Pour ma sœur je suis joignable 24h/24. Et je termine à 20h alors le temps de rentrer….et voilà je suis là.

- Jeudi soir, quand elle est tombée j'ai vraiment eu peur et je ne savais pas du tout quoi faire, je l'ai même giflée. Vous vous rendez compte ? Mais c'est pas tout. Après j'ai fait pire je lui ai parlé comme je parle à mes potes et pour l'incendier en plus. Je suis vraiment désolée.

- Ne t'excuses surtout pas. Pour elle, c'est la meilleur réaction que tu pouvais avoir.

- Pardon ? Lui mettre une gifle ? C'était une bonne réaction ?

- Oui. Depuis qu'elle sait qu'elle est condamnée tout son entourage la considère et la traite comme une petite chose fragile à qui il faut dire oui à tout les caprices. Plus personne n'ose lui dire M****, ni même l'engueuler. Elle ne le supporte plus.

- C'est pour cette raison qu'elle veut en parler à personne ?

- Oui. Elle ne supporte plus la pitié des autres. Elle veut juste vivre normalement le plus longtemps possible. Tout ceux qui l'ont prise en pitié, elle les a viré de sa vie. Ses amis d'enfance, ses bons collègues, son mec… elle les a tous éjectés.  Et sans ménagement tu peux me croire.

- Je peux comprendre mais qu'est ce que je viens faire là moi ? Pourquoi m'avoir parlé à moi ? On ne se connaît même pas.

- Parce que pour la 1ère fois depuis très longtemps, quelqu'un à eu le cran de lui parler sans la ménager. De lui dire ses 4 vérités. Et cette personne c'est toi.

- Oui, mais peut être que si je l'avais su...je ne serais peut être pas aller aussi loin.

- Ce n'est pas ce qu'elle pense et moi non plus. Tu aurais très bien pu la laisser par terre et t'enfuir… au lieu de ça, tu lui a collé une gifle. D'ailleurs méfie toi, parce que la connaissant, la gifle elle va la mettre en réserve...pour plus tard.

- Pardon ?

- Tu comprendras le jour où elle te la rendra. (je confirme). La plupart des gens ont énormément de mal à faire face à des situations difficiles, et ont une fâcheuse tendance à fuir, lorsqu'ils doivent affronter l'inconnu. Toi, tu as fait exactement le contraire. C'est pour cette raison qu'elle t'as parlé. Et j'avoue que j'en suis très content.

- Fuir ? Si je ne me trompe pas c'est de la non assistance à personne en danger.

- C'est vrai, mais il y en a très peu que ça arrête. Et je voulais te dire merci pour être restée.

- Ben… de rien. Si c'était à refaire...je le referais.

- C'est bien là ou je voulais en venir. Nos parents sont militaires de carrières. On a, pour ainsi dire, grandit sans eux à l'internat. Depuis tout petit j'essaye de la protéger et j'ai toujours été là pour elle. Je ne voulait pas qu'elle souffre de l'absence, comme moi j'ai souffert. Cela fait des années que la famille c'est uniquement nous deux. A l'heure qu'il est je serais incapable de dire où habite nos parents et c'est très bien comme ça.
Petite, je la surveillai dans la cour de l'école. En grandissant, j'ai réussi à guérir ses chagrins d'amour et jusque là je crois que je m'en suis bien sorti. Mais là, j ai besoin d'un coup de main. Je n'y arriverai pas seul. D'autant plus qu'elle ne me laissera pas faire. C'est une tête brûlée, têtue comme une mule mais je l'adore. Elle a besoin d'avoir quelqu'un, à qui elle peut faire confiance et capable de lui tenir tête. Et moi j'ai besoin de quelqu'un, qui peut la surveiller et la protéger quand je ne peux pas le faire. En clair : on a besoin de toi !

- La surveiller et la protéger ? Mais comment je peux faire ?

- C'est exactement ce que tu as fait toute la journée.

- Ben, je voulais juste être sure que tout allait bien.

- C'est ça, c'est exactement ça.

- D'accord, mais si elle fait de nouveau un malaise, je fais quoi ? C'est quoi le risque ? Pourquoi on ne peut pas l’opérer ? Y'a pas de traitement ? Pourquoi 12 à 18 mois ? Aujourd'hui elle allait bien, alors comment c'est possible ?
- Ok ! Stop ! Je te propose une chose. Mercredi, comme tous les mercredi après midi elle a rendez vous à l’hôpital. C'est là que je travaille. Tu viens avec elle, comme ça on pourra se voir et je pourrais tout t'expliquer et te montrer. Tu peux ?

- Oui oui, j'ai cours le matin mais après c'est bon.

- Parfait. Alors à Mercredi.

- A mercredi. Bonsoir

- Tchao et merci. »

En raccrochant le combiné je me sent totalement vidée. Cette conversation m'avait bouleversée parce qu 'elle m'a fait prendre conscience de bien des choses.
Je suis fille unique et mes parents travaillent tous les deux. Ils partent très tôt et rentrent très tard toute la semaine. Par conséquent, j'ai appris à être autonome très jeune, ce qui est une bonne chose. Un des principes de mon éducation c'est « trouve la solution toute seule, débrouille toi ».
J'ai un étage entier pour moi toute seule, ma salle de bain, le téléphone, une télé…. Et je fais ce que je veux. Je vais ou je veux et je rentre à l'heure que je veux. Les seules règles c'est : avoir de bons résultats scolaires, m'occuper de mon linge et de mon ménage, dire ou je vais et à quelle heure je rentre. En résumé : une adolescence rêvée.  Mais que l'on ne s'y trompe pas mes parents sont bien présents. Un pas de travers et c'est terminé.

Vous avez grandit seuls ? Comment fait on pour grandir sans ses parents ? Au delà du manque affectif qui semble évident, qui vous a appris la valeur de la confiance,  l’ honnêteté, le pouvoir diabolique de l'argent et du mensonge… qui ? Grandir sans ses parents, c'est un peu comme se sentir trahit à la naissance, non ? Comment peut on faire confiance à quelqu'un après ? Ça s'apprend ? Parce que pour apprendre à lire, à écrire, l'histoire de France ou le théorème de Pythagore… c'est facile, il suffit d'aller à l'école. Mais l'école de la vie ? Elle n'existe pas.

Quand je pense que j'ai fait la gueule pendant 4 jours parce que mes parents ont refusés de m'acheter un jogging de marque. C'est totalement stupide. J'ai déjà de la chance d'avoir quelqu'un pour dire non.

Ton frère m'a dit que j'aurai pu fuir. Fuir devant quelqu'un qui perd connaissance ? Mais qui peut faire ça ? C'est achever quelqu'un qui est déjà à terre. D'accord, je n'avais aucune idée de ce que je devais faire. Mais fuir ? Ça ne m'a même pas traversé l'esprit. J'aurai surtout souhaiter avoir une autre solution que la gifle. Faire plus, faire mieux, faire plus vite… d'ailleurs il n'existe pas des cours pour apprendre ce qu'il faut faire ? Ça peut toujours servir. Au moins si tu recommences et que je sais ce que je dois faire, j'aurais peut être moins peur. Il faut que je me renseigne. J'irais voir demain au centre de documentation.

Une enfance difficile, une adolescence douloureuse et maintenant ça ! Si je comprends bien, ta vie n'est qu' un enchaînement de déceptions. Et malgré tout, je ne connais personne qui respire la vie autant que toi. Cet enthousiasme, cette énergie...tu les puises ou ? Mais je crois que je me plante. C'est pas de l'enthousiasme, c'est de la rage. C'est pas de l'énergie, c'est du courage.

1ère leçon : se méfier des comportements extrêmes, ils cachent souvent quelque chose de bien plus profond.
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Shirahoshi

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mar 15 Mai - 22:36

TropChou TropChou TropChou TropChou TropChou TropChou TropChou TropChou Crying or Very sad

Merci
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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mer 16 Mai - 14:39

Désolée pour les fautes d'orthographe. Mais il n'y a aucune correction. Une fois que le texte est tapé je ne reviens pas en arrière. je n'arrive pas à le relire.
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samhea

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mer 16 Mai - 15:47

Merci infiniment pour ces belles suites. J'aurais plein de trucs à dire mais je préfère juste te dire merci de partager ça ici.

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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mer 16 Mai - 15:56

Le début du jeu

D'après ce que ton frère m'a dit je suis la 1 ère personne, depuis longtemps, à qui tu oses faire confiance. Depuis longtemps ? Longtemps c'est combien ? T'as jeté tout le monde, alors la dernière personne en qui tu as eu confiance c'était qui ? Ton frère mis à part évidemment. C'était qui ?
Vous avez besoin de moi ? T'as 24 ans, ton frère doit avoir la trentaine, et vous avez besoin d'une gamine de 16 ans ? J'avoue que je suis un peu paumée.  Alors oui bien sure, je vois mal ton frère se faire passé pour un lycéen pour être à tes cotés mais ce fait mis à part j' ai du mal à suivre.
En quoi je peux vous aider ? Surveiller que t' arrives au boulot en un seul morceau, que tu fasses ton job et que tu repartes en état de conduire. C'est tout ? Je serais surprise que ça soit aussi simple. Je ne suis pas naïve à ce point là.
Mais après tout, les adultes c'est vous . Vous devez savoir ce que vous faites.
Et visiblement ton frère est plutôt content. J'ai même l'impression qu'il se sent un peu plus rassuré alors je vais faire ce qu'il m'a demandé. Et crois moi, je ne vais pas le décevoir. Je ne vais pas te lâcher d'une semelle. De loin, mais où que tu sois dans ces murs je le saurais.

C'est là que le jeu commence.
Objectif de la mission : arrivée la première en cas de problème.
Missions secondaires :
- savoir où tu te trouves en permanence
- m'assurer que tu peux assumer ton job
- garder ton secret quoi qu'il arrive
- ne pas te laisser conduire si tu n'es pas en état de le faire.
Missions acceptées.

Si le motif n'était pas aussi dramatique, le jeu serait presque drôle.

En pratique ? Tous les matins j'attends que tu te gares sur le parking pour aller en cours. Et en parlant de ça si tu pouvais arriver ne serait ce que 5 minutes plus tôt cela m'éviterai de devoir piquer un sprint tous les matins. Parce que à ce rythme là je vais réussir à battre le record du 100m. D'ailleurs pourquoi tu te pointes toujours à la dernière minute ?
Entre chaque cours je fais un détour par ton couloir, je jette un coup d’œil et je file au cours suivant.
Les pauses ? Je te suis du regard. Que ce soit du bout du couloir ou de l'étage d'en dessous je ne te lâche pas du regard.
Le soir ? Je te récupère devant ta salle et on fait le chemin ensemble jusqu'à ta voiture.

Je passe mes journées à courir dans les couloirs. Tous les jours. Tous les jours sauf le vendredi. Ben oui tu ne travailles pas le vendredi. Je hais les vendredi, c'est l'horreur les vendredi. Je tourne en rond, je m'énerve, je m'ennuie. Le vendredi c'est journée déprime.
Et mes amis dans l'histoire ? Ben... je les vois le vendredi, puisque le reste de la semaine je passe pour une folle. Certains m'ont posés des questions ou ont essayés de comprendre après quoi je courrais. Mais je suis restée muette. Mon petit copain ? Et bien jusqu'à la semaine dernière  j'avais un petit copain. Mais je le vie très bien. Me manquer ? Honnêtement pas vraiment. De toute façon je n'ai pas le temps. Est ce que je l'aimais ? Disons plutôt que m'y était attaché.
Le jeu dure déjà depuis deux semaines, pour le moment tout se passe bien.
Mais revenons à Mercredi dernier….

Mon 1er cours magistral

Comme prévu, à la fin des cours vers 12h (oui on est mercredi), on se dirige vers ta voiture, pour aller ensemble à l'hôpital. C'est aujourd'hui que je dois rencontrer ton frère. J'avoue que je suis un peu intimidée. Me retrouver dans ta voiture me procure une drôle de sensation. La dernière fois tu venais juste de m'apprendre la nouvelle. Aujourd'hui, c'est pour aller à l'hôpital. La prochaine fois c'est quoi ? Le cimetière ? Non c'est bon j'ai rien dit. Blague à part j'espère qu'un jour je monterai dans ta voiture pour un truc sympa. Ou tu veux ça m'est égal, tu choisiras, mais quelque chose de joyeux.
Tu pourrais dire quelque chose s'il te plaît ? Parce que le silence c'est vraiment mortel. Oui je sais… mauvais jeu de mots. Pourquoi tu ne dis rien ? Quelque chose ne va pas ? Oui t'as raison, allume l'autoradio...Un CD ? Très bien, on évitera les informations c'est que des mauvaises nouvelles.

''… sans blesser tout ceux qu'il aime. Etre heureux ou malheureux, vivre seul ou même à deux. Oh Oh….vivre….''

Là c'est plus fort que moi, j'éclate de rire.

Toi « - Qu'est ce qui t'arrives ? »

Moi « - Rien. Attends. »

Je sors mon Discman, je te pose le casque sur les oreilles et j'appuie sur play.
'' tous les cris, les SOS, partent dans les airs et dans l'eau laissent une trace…
dont les écumes font la beauté…''

Cette fois ci c'est toi qui éclate de rire.

Daniel Balavoine avait brisé le silence. On a rie à en pleurer. On a commencé à chanter. Tu chantais une phrase, moi la suivante, et ainsi de suite… On a chanté la moitié de l'album en duo, comme si on faisait ça tous les week-end. On s 'est arrêtées lorsque tu t'es garé sur le parking de l'hôpital.
Tout à coup l'ambiance avait changée, ce n'était plus drôle mais plutôt angoissant. Mais c'est vrai, je ne t'ai même pas demandé ce que tu venais faire à l'hôpital tous les mercredi. Voir un médecin ? Pour des médicaments ? Des piqûres ? Mais je crois que je te poserais la question plus tard parce que là t'es totalement crispée, ton visage s'est fermé, tu regardes… rien, et je crois que ce n'est pas le bon moment. Je vais me contenter de poser une main sur ton épaule et de t'accompagner. Ou plus exactement de te suivre, parce que je ne sais pas où l'on va.
Au bout d'un couloir sur une porte il est écrit : ''Local SMUR''. C'est là qu'on va ? A priori oui. La vache !! Sacrés engins garés derrière. Y'en a du matos là dedans...Mais qu'est ce qu'on fait ici ? Quand un type s'avance vers nous. Il te sourie, tu le connais ?

Toi « - Hey !!! salut ! Comment tu vas ? »

Ah ben oui, visiblement tu le connais. C'est qui ce mec ? C'est pas ton frère ça je le sais. Je serais bien étonnée que ton frère te regarde de cette manière. Bon ! Il peut lever les yeux celui là où il veut un coup de main ?

Lui « - Salut ma belle ! Je suppose que tu viens voir ton frère ? Il ne va pas tardé, il est sur inter. Mais je te tiens compagnie si tu veux ? »

Toi « - Je te remercie c'est pas la peine. Et puis je ne suis pas toute seule. Je te présente ma demie sœur. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vues. On s'était un peu perdues de vue »

Pardon ? Ta demie sœur ? Perdues de vue ? Oui, c'est une façon de voir. Je ne vais pas répliquer. J'imagine que tu dois avoir une bonne raison de sortir un truc pareil.

Lui « -Enchanté. Bon il faut que je vous laisse. A plus. »

Moi «-  Heu...je te préviens c'est pas moi qui vais annoncer à ton frère qu'il a une demie sœur »

Toi «  - Il le sait déjà. C'est son idée. Et ne me demande pas pourquoi il m'a demandé de dire ça, je n'en sais rien . Mais tu vas pouvoir lui demander, le voilà»

Attends… ton frère est dans la voiture qui est en train de se garer juste devant ? Celle sur laquelle il est écrit ''Médecin SMUR'' ? Ton frère est médecin ?
Etant donné que le grand brun qui vient de descendre de la voiture pour te serrer dans ses bras à une veste sérigraphiée Médecin SMUR sur le dos, j'en conclue que oui.

Une fois les présentations faites tu t'adresses à ton frère en lui disant :

« - Moi je dois y aller. Je te la laisse. Vas y doucement avec les mots comptent triples du scrabble ou fait lui un lexique. Je devrais redescendre vers 17h, 17h30. A toute... »

Je te regarde t'éloigner dans le couloir, en me demandant ou tu peux bien aller. Et je m’apprête à recevoir un cours particulier. Qu'est ce que tu voulais dire par « mots comptent triples » ? On se dirige dans une salle de repos juste à coté. Je vois une pile de bouquin sur la table : le fonctionnement du cerveau, le système endo….endo quoi ? Endocrinien. Les neurones et le cortex cérébral. Là, je commence à comprendre la blague des mots comptent triples. C'est des livres de médecine tout ça. Je sent que cela ne va pas être simple. Tes dérivés et tes racines carrées, à coté de ce truc c'est niveau maternelle. Je crois que je vais prendre une chaise.

Après 4h30 de cours intensif j'ai compris le fonctionnement et l'essentiel du problème.
Si je résume, il y a une masse située en plein centre du cerveau. Le volume est trop important pour être extraite par les voies naturelles, a savoir les narines. Y accéder par l’extérieur est impossible car elle se trouve en plein milieu. Donc impossible de l'enlever d'où le terme « inopérable ». Ok j'ai compris. C'est donc cette masse qui provoque tes malaises ? Mais pourquoi ? Comment ? Parce qu 'elle provoque une pression sur ce qui se trouve à coté, à commencé par un truc qui s'appelle l'hypophyse, qui contrôle tout le système hormonal. Sachant que l'être humain est bourré d'hormones, si le système se met à déconner je n'ose même pas imaginer les dégâts. Pour les détails c'est le sujet du prochain cours… oui c'est mieux parce que je ne vais jamais tout retenir. Cette pression est influencée par ta tension artérielle, qui , en montant trop haut pourrait augmenter la pression intracrânienne et provoquer un AVC : Accident Vasculaire Cérébral. J'en ai déjà entendu parlé et je sais que c'est pas bon du tout.
J'essaye d'enregistrer et de retenir un maximum d'informations. J'ai compris toutes les explications et je crois que j'en ai appris plus en quatre heures qu'en 4 ans de cours de sciences naturelles.
J'ai encore pas mal de questions mais au moins maintenant je comprends ce que tu as.

Je reviendrais mercredi prochain pour que ton frère m'explique le système hormonal. A priori c'est assez complexe alors j'apprendrai ça la semaine prochaine.

Assise, un verre de soda à la main et en pleine conversation avec ton frère, j'entends la porte s'ouvrir derrière mon dos. Je me retourne… et…. Tu es dans l'encadrement de la porte. Mais… sans vouloir te faire peur, t'as une sale tête.  Les traits tirés, tu as l'air épuisée. T'es pourtant pas sortie en boite toute la nuit. Ils t'ont fait quoi ici ? Parce que, sans vouloir te vexer, tu avais l'air d'aller beaucoup mieux en arrivant que maintenant. Mais c'est vrai j'ai même pas posé la question à ton frère. C'est pas très grave je finirais bien par le savoir. Je ne te cache pas que ce n''est pas très rassurant de te voir comme ça. Mais en fait si, il faut que je te le cache. Je vais sourire et tout va bien se passé. Cela dit ton frère n'a pas l'air de s’inquiéter donc je ne suppose que je ne dois pas le faire non plus. C'est normal ? Le regard dans le vide et la sueur ruisselant sur ton front, tu cherches tes clés de voiture dans ton sac en me faisant signe de te suivre.
Mais tu comptes vraiment conduire dans cet état ? Ton frère ne dit rien, c'est que la réponse doit être oui.

Au retour, le Cd de Balavoine continue de tourner, mais on ne chante plus. Je surveille chacun de tes gestes, chacun de tes regards...juste au cas où.
Arrivées chez mes parents je t'ai demandé de m'appeler une fois arrivée chez toi. Je voulais m'assurer que tout allait bien. Tu prends le numéro de téléphone sans répliquer un seul mot.
Trentes minutes plus tard je t'avais au bout du fil. Tu me dis que tout va bien, mais ce n'est pas l'impression que j'ai. Je n'insiste pas...
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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mer 16 Mai - 15:57

Bientôt Noël

Tous les matins depuis plusieurs semaines, je t'attends sur le parking. Mais maintenant tu arrives à 7H40, je n'ai plus besoin de courir. Je sais aujourd'hui pourquoi tu venais à la dernière minute : pour ne pas croiser tes collègues. Il y a deux semaines, au hasard d'une conversation je t'ai confié que je ne déjeunais jamais le matin. Depuis … tous les matins j'ai le droit à un croissant beurre. Merci.
Tous les jours on passe la grille ensemble avec notre croissant à la main, c'est devenu une habitude.
Je passe mes journées à te courir après. Je te vole un sourire, un regard, au détour d'un couloir ou d'une porte. Le soir ? Le soir il faut faire vite car le bus n'attend pas. Je l'ai loupé 3 fois en 2 semaines. Mais comme c'était de ta faute, tu m'as raccompagnée.
Le mercredi c'est différent. C'est juste toi et moi. Là, on apprend à se connaître. On parle, on rie, on chante… Je t'écoutes autant que tu m'écoutes. Je respecte tes moments de silence. D'autant plus que tes regards en disent bien plus que tes silences. Je devine ce que tu vas dire avant même que tu ouvres la bouche. J'ai l'impression de te connaître depuis … si longtemps. Tu es devenue mon amie.

En cours ? Rien de changer. Toujours incapable de prendre une chaise ne serait ce que 2 minutes. Je rectifie, il t' arrives de prendre une chaise, mais uniquement pour monter dessus. C'est vrai que certains se posent des questions. Ils nous voient ensemble tous les matins. Mais … et après ?
En cours c'est « Vous » comme tout le monde ; En cas de mauvaises réponses je prends un tir comme les autres. Je dirais même... pire que les autres. Je me rappelle très bien du jour où déconcentrée, j'ai malencontreusement écrit dans une copie 5 X5 = 35. Oh ! Ce jour là...Ma boite crâniène se rappelle encore du poids du bouquin. Tout simplement parce que tu connaissais mes capacités et les erreurs de ce type te mettaient hors de toi.

Ce jour là j'ai compris que de te connaître en privé allait m'obliger à faire mieux, à faire plus et à être un cran au dessus des autres. Ton seuil de tolérance envers moi était de 0. Pourquoi 0 ? Parce qu'il y a un mot que tu ne voulais pas entendre. C'est « favoritisme ».

J'ai terminé mes cours particuliers. Et après plus de 20h de cours concernant ton problème je pense avoir compris à quel monstre on avait à faire.

C'est bien pour ton traitement que tu vas tous les mercredi à l’hôpital. Une perfusion. Un produit qui coule dans tes veines pendant 4 heures. Produit qui, après plusieurs séances doit réduire le volume de cette saloperie. On appelle ça de la chimiothérapie. Mais ce produit n'est autre que du poison. Et comme tous les poisons, ton corps à du mal à le supporter. D'où les sueurs, la fatigue et les tremblements à la fin de chaque séance.

On va arrivé aux vacances de Noël, ce qui signifie que je ne te verrais pas pendant deux semaines. L'idée ne me plaît pas du tout. Et puis je vais faire quoi pendant deux semaines ?
On se met d'accord pour se téléphoner tous les jours. Quand aux mercredi, on ne change rien. Tu passes me chercher et je t'accompagne à l’hôpital. Mais qu'est ce que je vais faire de mes journées ?
Rien que d'y penser, j'en suis malade. Ne pas savoir comment tu vas, ne pas te voir… hummm ça ne  va pas me plaire du tout.
Oui, on pourra se parler au téléphone, mais tu peux me raconter n'importe quoi. Tu peux me mentir en me disant que tout va bien même si ce n'est pas le cas. Il n'y a que ton regard qui ne sait pas mentir, et là je ne le verrais pas.

Je sais ce que je vais faire pendant les vacances. J'ai trouvé une formation aux premiers secours alors je vais m'inscrire. Deux jours de formation pour apprendre les gestes qui sauvent. J'ai hâte d'apprendre ce qu'il faut faire devant une personne inconsciente, face à une hémorragie ou encore un arrêt cardiaque.
Et toi ? Tu vas faire quoi pendant les vacances ? A part corriger tes 80 copies. Je sais que tu as un tournoi de Basket sur 2 jours. Tournoi que tu as bien l'intention de gagner et pour lequel tu t’entraînes tous les dimanche matins. Même si je ne suis pas certaine que le basket soit très compatible avec la chimiothérapie, je n'ose même pas essayer de t'en dispenser. Mon petit doigt me dit que je vais me confronter à un mur. Et puis visiblement t'adores ça , alors vas y… fais toi plaisir.
Et le réveillon de Noël ? Chez ton frère évidemment. Logique.
Mais maintenant que j'y pense… c'est peut être ton dernier Noël. L'idée me fait droit dans le dos.
Je n'ose à peine y penser mais c'est pourtant une vraie éventualité.

D'ailleurs j'ai une idée. Avec le reste de la classe on voulait t'offrir un beau stylo pour Noël, histoire de te remercier parce que apprendre avec toi c'est plus que génial. Mais plutôt que le stylo j'ai peut être une autre idée.
Tu veux laisser une trace de ton existence ? Tu veux aider ceux que tu peux ? Tu veux que les gens se rappellent de toi ? Et si je pouvais te prouver a quel point tu es capable de marquer les esprits, t'en dirais quoi ?
Un jour, il y a environ 2 mois, tu nous a dit que pour annoncer une mauvaise nouvelle il était préférable de l'accompagner avec des fleurs. Bien sur ce n'était qu'une métaphore. Mais du coup quelqu'un t'avais demandé quelles étaient tes fleurs préférées. Ta réponse ? Les lys blancs. ( Ce qui m'a bien fait rire le jour, où des années plus tard, j'ai regardé un film nommé : Imagine me and you).
Mais ta réponse n'était pas tombée dans l'oreille des sourds…


Ton cadeau de Noël

Dernier jour de cours avant les vacances. Enfin presque, mais demain c'est vendredi donc tu n'es pas là.
Comme d'habitude on t'écoute, les yeux rivés sur le tableau on te suit depuis déjà 1h30. Il reste 30 minutes de cours et à cet instant...quelqu'un siffle. Il siffle très fort. Pour la première fois tu ne dis plus un mot. Tu nous regardes tous un par un et tu ne comprends pas ce qu'il se passe. Les uns après les autres on ferme nos livres et on range nos classeurs.

Les yeux écarquillés, partagés entre la colère et la surprise tu nous dis :

«  Vous faites quoi là ? »

Et je te réponds (étant la seule à avoir une chance de ne pas se faire fusillée du regard) :

« On arrête le cours. Parce qu'on a une surprise pour vous. »

Pendant que tu restes plantée devant le tableau en ne sachant pas comment réagir, je sors de la classe.
Et je reviens 30 secondes plus tard avec un énorme bouquet de lys blanc dans les bras. Le bouquet était accompagné d'une enveloppe format A4. Je pose le tout sur ton bureau en te disant que c'est de notre part à tous et je retourne m'asseoir à ma place.
Pour la première fois, en cours, tu t'assoies sur une chaise, devant ton bureau.

Tu te retiens de pleurer, ça se voit. Mais pas une larme ne coulera. Sans un mot tu nous dévisages les uns après les autres. Traduction ? « Vous êtes cinglés, mais merci. Merci infiniment. »
Tu admires le bouquet et tu prends l'enveloppe dans les mains. A l’intérieur ? Une copie double petits carreaux. La meilleure copie que l'on ai jamais rendue.
Dessus ? La classe, la date, la marge..tout y est. Mais à la place des exercices habituels on avait choisis d'inscrire chacun une phrase. Une phrase de toi. Une phrase que l'on avait retenue et qui nous avait marqué : le nul n'existe pas , ce n'est qu'une illusion. Tout le monde est capable d'apprendre. Advienne que pourra. Hakuna Matata (c'était l'époque du roi lion). Basta... et bien d'autres…

Ta réaction ? Inattendue bien sure. Tu sors de la salle.Pour y revenir 5 minutes plus tard avec des gobelets en plastique et des jus de fruits. On a passé un bon moment. C'était vraiment sympa. Mais la sonnerie de fin de journée retenti. Et cette sonnerie signifie qu'il faut te dire au revoir. Je ne te reverrais pas avant mercredi prochain. Pffff !!! C'est loin. Mais je dois y' aller, le car ne va pas m'attendre. Je mets mon cuir sur le dos, mon sac sur l'épaule et doucement, très doucement je m’apprête à partir. Il y a 25 personnes autour de moi et pourtant je n'ai aucune envie de partir sans te dire au revoir face à face. Mais qu'est ce que je peux faire ? Avant même de chercher une réponse je sent ta main sur mon bras, qui me retient et je n'ose plus bouger. Tout le monde est sorti, il ne reste que toi et moi et la seule chose que tu trouves à me dire c'est :

« - Attend moi! Je te ramènes. »

Génial !!! Parce que je n'avais aucune envie de partir comme ça. J'avais l'impression de partir comme une voleuse. Et puis...je n'ai pas envie de te voir partir. J'aime être avec toi, j'aime te parler, t'écouter… ça va me manquer pendant les vacances.

Ah ! T'as changé de CD ? On chante quoi ?

«  ...Je m'en sortirais. Je me le promet et s'il le faut j’emploierai des moyens légaux…
...envole moi, envole moi, loin de cette fatalité qui colle à ma peau..
… envole moi, envole moi, remplie ma tête d'autres horizons, d'autres mots…
..je m'en sortirais, je te le jure, a coup de lime je franchirais tout ces murs... »

Jean jacques Goldman

J'adore, je connais par cœur. Ensemble, en cœur, les paroles raisonnent, on chante plus haut, plus fort. Les mots prennent tout leur sens. Dois je y voir un message ? Ce que tu ne sais pas exprimer, tu l’empreinte dans des paroles de chansons ?
T'en fais pas, j'ai très bien compris . Je n 'ai que 16 ans mais je ne suis pas complètement stupide. Mais je crois que le fait que je n'étais pas stupide tu l'as compris bien avant moi.

Toi «  - Je t'appelle demain ? … et Lundi...et mardi… et puis on se voit mercredi. Ça va aller ? »

Moi « - Oui. A demain ! Rentre bien et fait attention à toi. »

Toi « - Tchao !! »

Et voilà ! T'es partie. Pourquoi j'ai l'impression de tomber dans le vide ? Ce n'est rien, ça va passer.
Et puis je vais suivre ma formation. Mais ça je ne te l'ai pas dit. Je te le dirais quand j'aurais mon diplôme dans les mains.
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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mer 16 Mai - 16:00

Les vacances de Noël

Après deux jours de formation, j'ai enfin mon AFPS( Attestation de Formation aux Premiers Secours) dans les mains. Elle était géniale cette formation. J'ai appris plein de choses. Inconscient = PLS (position latérale de sécurité). Maintenant je sais. Et non je n'ai pas peur. Recommence ton malaise, c'est pas grave, je serais là. Et je sais quoi faire.

Pfff ! C'est difficile de raccrocher avec toi. En plus je t'ai menti sur ce que j'ai fait ces 2 derniers jours, je n' aime pas trop. Mais je t'expliquerai demain. T'as passé la journée à corriger des copies. Y compris la mienne, mais je n'ai pas le droit de connaître ma note. C'est pas gentil. Mais je comprends.
C'est bizarre, tu m'as raconté ton dernier match et je t'ai parlé de mes dernières vacances. On a parlé de ton frère, de mes grands parents. En gros, rien a voir avec le lycée. C'est marrant, toi qui paraît tellement forte, tellement solide, ta voix tremblait quand tu parlais de ton frère. Je sais que tu l'aimes beaucoup. En fait il est tout pour toi. Ce n'est pas seulement ton frère c'est le père que tu n'as jamais connu, enfin pas vraiment.
J'ai l'impression que jusqu'à présent tu n'as pas eu grand monde proche de toi. Ton univers s'arrête à ton frère. Tes amis d'enfance tu les a viré. Y 'a bien tes potes de basket mais tu ne partages avec eux qu'un resto après les matchs. C'est presque à se demander comment tu as fait pour avoir un mec .
Tu l'as sorti d'où celui là ? En fait tu ne m'en a jamais parlé. Tu l'as vraiment effacé de ta mémoire ? Peut être…
Tu passes tes journées au boulot, le mercredi à l’hôpital, les dimanche au basket et tes soirées au téléphone. Mais en réalité ? T'es toute seule.

Plus exactement : tu étais toute seule. Parce que maintenant je suis là. Et je ne sais pas encore ce que je vais pouvoir faire pour t'aider mais je trouverais.


Mercredi 12H30 :
Je t'attends sur le trottoir. Deux minutes plus tard je suis dans ta voiture. Je sourie, je suis contente de te voir. Tu semble aller plutôt bien je suis contente. Je profite de ton sourire parce que je sais qu'au retour ça sera différent . Et il faut que je te dises quelque chose, j'entame la conversation :

« - J'ai quelque chose à te dire.

- Je t'écoutes

- Je t'ai menti. (Etant donné le regard noir qui vient de me transpercer le cerveau j’enchaîne très rapidement). Je n'étais pas chez moi ces 2 derniers jours… regarde...Au moins la prochaine fois je saurai quoi faire »


En voyant mon diplôme tu as fondu en larmes. Je n'avais pas imaginé cela comme ça mais...bon…

Toi « -  C'est super. T'as raison cela pourrais t'être utile. (Tu croyais pas si bien dire… quoi que...). Ça veut dire que je peux tomber dans les pommes quand je veux, tu me ramasseras… c'est cool »
Cool ? Tu te moques de moi ? C'est pas drôle. Si on peut éviter, personnellement j'aimerai autant. Mais si vraiment il faut, alors je serais là.
Ton frère ne travaille pas aujourd'hui mais peu importe je t'accompagne. Je t'attendrais dans ta voiture, j'ai emmené un livre : julie, confession d'une droguée de 15 ans.
Une fois garée sur le parking tu me demandes de t'accompagner en haut, à l'étage, dans le service, là où il te donne ton traitement.
D'un seul coup j'ai la trouille, c'est quoi ce service ? Ils font quoi là haut ? Vu l'état dans lequel tu redescends, je ne suis pas sure d'avoir envie de voir. Mais comme je n'ai pas le cran de te dire non, je te suis.


Ma 1 ère séance

On sort de l’ascenseur, sur le mur il est écrit : « Oncologie,  hôpital de jour » et visiblement c'est là qu'on va. Hôpital de jour ? Pourquoi il y a des hôpitaux de nuit ? Oncologie ? Ça veut dire quoi ? Je demanderai plus tard.
On se présente à la secrétaire, tu donnes ton nom et tu ajoutes qu'aujourd'hui je t'accompagne.

En me regardant (de travers) la secrétaire (d'un ton très sec) me dit :

«  - Vous êtes qui ? »

Et avant même que j'ouvre la bouche, tu lui réponds :

« - C'est ma demie sœur »

Ah ben oui c'est vrai. J'avais oublié ce détail.

Et la secrétaire (subitement beaucoup plus aimable) me dit :

«  Je suppose que vous voulez rester avec elle. Y 'a pas de problème, c'est calme aujourd'hui. Suivez moi »

Rester avec toi ? Je peux ? Chouette, au moins tu seras pas toute seule. Chouette ? C'était peut être pas le bon mot. En avançant dans le couloir je regarde dans les pièces à droite et à gauche .
Mais on est où là ? A la foire aux monstres ? C'est quoi ce service? Le casting du prochain film d'horreur ? Entre ceux qui sont couchés dans un lit comme un sac de linge sur une table a repasser et ceux qui sont vautrés dans des fauteuils comme une veste froissée sur le dossier d'une chaise, là je commence a avoir peur.
C'est quoi ces machines et tout ces tuyaux ? Ils ressemblent plus à des zombis qu'à des êtres humains. Heureusement, toi, tu ne ressembles pas à ça. On t'installe dans un gros fauteuil et on me ramène une chaise pour que je puisse m'installer à tes cotés. Une heure plus tard (oui, il ne faut pas être pressé) un infirmier arrive avec une caisse. Une caisse qui renferme un sac  à ton nom. C'est le produit que l'on doit t'injecter aujourd'hui. Il connecte le tuyau directement sous ta peau près de la clavicule. Je n'avais jamais vu mais en fait tu as une bosse sous la peau, c'est un site sur lequel ils se branchent pour éviter de repiquer une veine toutes les semaines. C'est étrange mais ça n'a pas l'air de te faire mal.

Je suis impressionnée. C'est un univers que je ne connais absolument pas. Je regarde dans tous les sens en essayant de comprendre a quoi servent les machines, les tuyaux… C'est quoi tout ces chiffres sur l'écran ? Rythme cardiaque, tension artérielle… Comment je fais pour détecter un problème ? C'est quoi la normale ? Le seul qui peut me répondre c'est ton frère, je lui demanderai la semaine prochaine. Pour le moment je regarde tomber les gouttes une à une…
Et franchement...je veux bien qu'on me dise que c'est pour te soigner, mais là t'as pas l'air bien.
Qu'est ce que je disais ? C'est quoi cette espèce de cuvette en carton ? Ça fera l'affaire….
Et c'est partie… maintenant tu peux vomir. C'est bon je tient. Evite de mettre tes cheveux dedans s'il te plaît… j'ai deux mains c'est bon… ça va aller. Bizarrement ça à l'air d'aller mieux. Et qu'est ce que je fais de ce machin ? Ah !! Merci monsieur.
C'est comme ça à chaque fois ? Je comprends mieux pourquoi après t'as l'air d'avoir passée une nuit blanche. Parce que même moi, là je suis lessivée.

Deux heures plus tard le sac est vide, c'est terminé. J'avoue que je ne suis pas mécontente. On peut sortir d'ici ? Je n'ai rien contre les hôpitaux mais en toute honnêteté les couloirs ont l'odeur de la mort. Respirer de l'air pur c'est possible ? Allez... on sort d'ici…

Nous reprenons la route calmement. Comment tu arrives à conduire après avoir subit un truc pareil ? T'as pas le choix ? Oui bien sur, mais l'arbre en face il ne va pas choisir non plus. Je sais que t'aime le risque mais là c'est jouer avec le feu. Tant que je suis à coté passe encore, je te parle, je surveille… mais après ? Il te reste 30 minutes de route… seule. Et depuis 8 mois tu fais ça toute seule ? Je commence a comprendre pourquoi ton frère disait que tu avais besoin d'aide.
Personne ne devrait supporter un truc pareil seul.

Une fois rentrée et après ton appel je réfléchie.  En regardant par la fenêtre, je repense à tout ce que je viens de voir. Ces gens avaient l'air si mal en point. Ils avaient l'air de souffrir. Souffrir en silence, seuls sur leur lit ou leur fauteuil. Comment peut on souffrir à ce point ? Je me suis cassée le pouce en VTT, luxer le coude au tennis, plusieurs entorses à la cheville… oui j'ai eu mal….mais là...c'est juste indescriptible.
Pourquoi tu vas dans le même service ? C'est pas pareil. Ils n'ont pas la même chose. Leur cas est visiblement beaucoup plus grave. En même temps si vraiment il ne te reste qu' un an à vivre, comment ça pourrait être plus grave ? Si il ne restait que 2 mois ? Ceci dit c'est peut être leur cas. Ce qui voudrait dire qu'à un moment où a un autre tu leur ressemblera.
Le zombi couché sur le lit qui ne réclame que la mort ça sera toi. J'ai du mal à y croire et je refuse de l'imaginer.


Nouvel emploi du temps

Au retour des vacances on découvre que notre emploi du temps à été modifié. Maintenant je commence à 9H le mardi matin. Et les 2h d'histoire- géo du mercredi (initialement 10h/12h) ont basculées au samedi de 8h à 10h. Super ! Maintenant on a cours le samedi comme si 5 jours par semaine ça ne suffisait pas. Et puis finir à 10h le mercredi ça ne m'avance pas à grand-chose puisque toi tu finis à midi. Comment ça plus maintenant ? Tu m'expliques ? Maintenant tu dois être à  l’hôpital à 11h au lieu de 13H30 précédemment. D'accord, et donc ?  Du coup t'as décalée tes horaires. Jusque là je comprends, mais comment tu as fait pour modifier mon emploi du temps à moi ? (Au jour d'aujourd'hui je ne sais toujours pas).

Mais du coup je pense à quelque chose. Si tu dois être à l’hôpital à 11h au lieu de 13H30 alors cela signifie que l'on ressort à 15h au lieu de 17H30. Par conséquent tu n'es pas obligée de faire toute la route en une fois dans la foulée. Tu as le temps. En conclusion, après la chimio je te ramène chez moi. Je te laisserais partir à 18H30 après t'être reposée un peu et avant que mes parents rentrent du boulot.

Hey !!! Tu as vu j'ai bien retenue ma leçon. Si...alors...par conséquent...conclusion. Une vraie démonstration. Oui je sais, j'ai eu un bon professeur.

Je ne suis pas sure que tu acceptes ma proposition mais franchement je pense que ça serait plus raisonnable. Tu vas me sortir que tout va bien, que t'as l'habitude et que c'est pas la peine. Sauf que c'est faux. Mais si je te laisse l'occasion de me débiter ta pile d'arguments je n 'ai aucune chance de te convaincre. T'es trop douée pour ça. Et si, en prime j'ai le droit à ton regard de ton chien battu, là je suis foutue. Non seulement je te laisse partir, mais en plus je serais encore capable de te faire le plein.
Non ! Il faut que je trouve une autre solution. La seule solution c'est de te prendre au dépourvu et de ne pas te laisser le choix. Mais comment ? Je vais y réfléchir.

En attendant, je recommence à courir. Toutes les heures je vérifie que tout va bien. A courir de cette façon un jour je vais m'étaler dans un couloir. Toi le gringalet devant, t'as intérêt à bouger, il faut que je passe. Tu bouges pas ? Trop tard ! T'es dans le mur.

Moi « - Pardon ! Désolée... »

Le conseiller d'éducation (en hurlant) :

« - On ne cours pas dans les couloirs »

Moi « - Oui, oui. »

Je sais qu'il ne faut pas courir, mais je n'ai pas le temps. Et puis lâche moi les basket, tout ceci ne te regarde pas.

C'est épuisant de courir en permanence. Comment tu fais pour tenir un match de basket ? D'ailleurs j'aimerai bien te voir jouer un de ces quatre. Ça doit être sympa de voir un vrai match de basket.


Mercredi 15H10
On part de l’hôpital. T'es totalement crevée, je le vois. Mais tu ne dis rien. D'ailleurs, tu ne te plaint jamais ? C'est vrai, je ne t'ai jamais entendue dire « je me sent pas bien, je suis fatiguée, j'ai mal à la tête... » Rien, jamais une plainte. C'est presque inquiétant parce que ça doit forcément être le cas de temps en temps. Et puis t'as le droit de ne pas être bien. T'as aussi le droit d'être fatiguée. T'as peur qu'en le disant on te traite comme une malade ? Certainement….

J'adore ta manière de conduire. Si je ne devais pas te surveiller je m'endormirai. Quand tu conduis on dirais une berceuse. La main gauche posée en bas du volant, la droite sur le levier de vitesses en permanence, on dirait que t'as mis le pilote automatique. Malheureusement ce n'est pas le cas. J'aime pas tes grimaces, c'est quoi le problème ? Tu plisses les yeux comme si le soleil te les brûlait. A un détail près, il fait gris et il n'y a pas de soleil.  C'est pas toi qui tient le volant c'est le volant qui  tient ta main.

Moi « - Tu veux qu'on s'arrête ? »

Toi « - Non ! C'est bon, ça va »

Moi « - Arrête ! Je le vois bien que ça ne va pas. On va éviter de prendre un arbre. On a le temps, on peut s'arrêter. »

Toi «  - C'est vrai ! J'ai mal à la tête et j'ai mal aux yeux. Mais on est presque arrivées chez toi, ça va aller. »

D'accord, mais je ne te laisserai pas repartir dans cet état. C'est hors de question et je ne vais pas te laisser le choix. Comment ? Je ne sais pas encore mais je vais trouver.
Arrivées devant chez moi tu te gare sur le trottoir et là...mon cerveau fait 'tilt'. Elle ne gène pas ici la voiture. Elle est très bien là où elle est. Je saute sur le contact et je prends les clés.

Toi « - Mais qu'est ce que tu fais ? »

Moi « - Tu crois que je vais te laisser rouler dans cet état ? Et seule ? Tu vas commencer par dormir et je te les rendrai quand tu iras mieux. N'essaye même pas de discuter y' a rien à négocier »

Ouff, je suis fière de moi. J'ai réussi à te tenir tête. En fait avec toi la solution c'est de ne pas te laisser le choix.
Allez hop !! Tu t'allonges sur mon lit, je ferme le volet et...et rien du tout parce que tu t'es endormie.
(Voilà comment je me suis retrouvée avec une femme dans mon lit pour la 1ere fois).
Maintenant le but c'est de ne pas te réveiller. Mais du coup je fais quoi ? J'ose pas allumer la télé ni la chaîne hifi. Je vais m'asseoir et te regarder dormir. Mais si je m'assoie sur le lit, je risque de te réveiller. Je vais m'asseoir par terre, au moins je suis sure.

Et je suis restée assise par terre, sur la moquette, adossée contre l'étagère de mes VHS, pendant 3H.
Pour la 1ere fois, je t'ai regardée dormir. T'avais l'air si calme, tu semblais détendue, apaisée. Ce qui m'a choquée c'est que c'était comme si je venais débrancher une prise. Je ne t'avais jamais vue comme ça. Là, tu ne pouvais pas faire semblant. Le masque venait de tomber…
Par contre j'espère que tu vas te réveiller spontanément parce que je ne suis pas sure d'avoir le cran de le faire. T'as l'air trop bien là, je ne peux pas…

Mais heureusement pour moi, vers 18H tu ouvres les yeux. La 1ère chose que tu vois, c'est moi, assise par terre en face de toi. Tu me sourie, visiblement tu te sent mieux. Si je devais traduire ton regard, ça donnerait : qu'est ce que tu fais par terre ? T'es quand même pas restée là pendant tout ce temps ? Mais au lieu de ça tu m'as dit :

« - Merci. Je vais beaucoup mieux.

- Tant mieux, c'était le but.

- Il est quelle heure ?

- 18H10

- Déjà ? »

Tu t'es levé d'un bond, comme si quelqu'un t'avais planté un truc dans le postérieur. Et j'avais de nouveau une pile électrique devant moi. Je t'ai rendue tes clés et je t'ai laissée partir.
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Shirahoshi

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mer 16 Mai - 23:24

Incroyable ! Cette femme était vraiment incroyable ! Tout ça me touche beaucoup car mon père est justement en pleine chimio en ce moment. Il n'a pas 24 ans, c'est sûr, mais lire qu'elle faisait tout ça sans même se plaindre de douleurs c'est absolument incroyable !
En tout cas elle t'a assurément fait grandir d'un coup très tôt. Ce n'est pas rien à vivre ! Tu faisais toi aussi preuve de beaucoup de courage... Personnellement, j'accompagnerais mon père à l’hôpital si il était seul, bien sûr, mais je n'arrive même pas à imaginer combien ce serait difficile de voir ça.
Et ne t’inquiète pas pour les fautes d'orthographes, je comprend très bien que tu ne puisses pas te relire, et puis c'est le cadet de mes soucis quand je te lis.
Ton histoire vaut vraiment le coup d'être racontée donc merci encore ! Et bravo, tu la raconte très bien et ça doit te demander beaucoup de courage.
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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Jeu 17 Mai - 8:38

La sieste

A présent, tous les mercredi on s'arrête chez moi. Je sais que le retour au volant est de plus en plus épuisant pour toi. Tu t'endors avant même que le volet soit fermé. Je ne reste plus par terre, maintenant je m'installe à tes cotés sur le lit. Et en silence, j'en profite pour faire mes devoirs. Ou plus exactement j'essaye. Parce qu'il faut bien avouer que j'ai du mal à me concentrer. Toutes les 10 secondes je me tourne vers toi, comme si je voulais m'assurer que tu respirais toujours. Ce qui est complètement stupide puisque les seuls sons qui envahissent la pièce sont ceux de ta respiration. Je me surprends à te regarder dormir, je pourrais rester des heures, juste à te regarder. Tu es épuisée, à bout de force et en même temps si forte et débordante d'énergie. Je t'admire.
Si un jour j'avais la chance de te ressembler, j'en serai fière.

Tu  commences à t'agiter. C'est la première fois, c'est étrange. Tu dors et en même temps j'ai l'impression que tu te bagarres. Avec qui ? Avec quoi ? C'est ce que l'on appelle un cauchemar ? Qu'est ce qu'il t’arrive? Il faut que je te réveilles ? Mais tu dois te reposer, je ne veux pas te réveiller. Je vois une larme couler sur ta joue. Comment c'est possible de pleurer en dormant ? Pourquoi tu pleures ? Je ne comprends pas. Stop ! Je n'aime pas te voir pleurer, je te réveilles.

Moi « - Hey...calme toi. Tout va bien »

Mais ce que j'ai vu dans tes yeux signifiait tout le contraire. T'avais l'air en colère et terrorisée. En colère pour quoi ? Contre qui ? Qu'est ce qui te fait peur ? Pourquoi tu as peur ?

Tu t'es jetée dans mes bras en me disant (entre deux sanglots) :

« - Je sais. Maintenant ça va... »

Et tu t'es rendormie dans mes bras….
Malgré la crampe qui commençait à me bloquer le bras gauche je n'ai pas eu le cran de bouger. Pas même le petit doigt.
Une heure plus tard tu ouvrais de nouveau les yeux, détendue, reposée… la sieste t'avais apaisée.
On en parle ou l'on en parle pas ? Non ? C'est comme tu veux. Tu finiras bien par le faire à un moment où à autre alors je n'insiste pas.

Toutes les semaines depuis maintenant un mois, tu t'endors calmement et puis tu finis dans mes bras à cause d'un cauchemar. Tu ne crois pas qu'il serait temps de me parler ? T'as si peur que ça ? Ou c'est moi que tu as peur d'effrayer avec ton histoire ? Et même si c'est le cas, au moins tu seras pas toute seule, on sera deux à avoir peur. Il serait temps que tu comprennes que t'es pas toute seule. Mais visiblement non tu l'as pas compris. C' étais quoi ta phrase déjà ? « Supposer ne suffit pas, il faut vérifier. N'imaginez pas ce que pensent les autres , dites leur. » Je crois que je commence à comprendre ce que cette phrase signifie. Tu fais semblant de ne pas comprendre ? Et bien je vais te le dire en face au moins je serais sure.

Moi « - Tu comptes me parler un jour ? T'attends quoi ? De ne plus réussir à fermer l’œil ? Qu'est ce qui te fais si peur ? Explique moi…
Je ne peux pas comprendre ? Peut être..et après ? Parle moi ! Si je suis là, assise à tes cotés maintenant, c'est parce que je le veux. Je ne vais pas m'enfuir. Et peu importe, ce que tu pourras dire ou faire, je ne partirais pas. C'est assez clair ou il faut que je recommence ? 

 - C'est bon ! J'ai compris.

- Je l'espère. Alors je t'écoutes. Qu'est ce qui se passe ?

- Ce n'est rien. C'est juste que… que je me vois...assister à mon propre enterrement.

- Ce n'est rien ? Je comprends mieux pourquoi tu dors aussi mal…raconte moi…

- Tu veux que je te dises quoi ? C'est un enterrement

- Dans ma famille on enterre personne, on les brûle. Et il n'y a pas de cérémonie. Donc je ne sais pas de quoi tu parles. Raconte moi... »

Et tu t'es enfin décidée à parler. A chacun de tes mots, j’associais les images et je m'imaginais la scène. Je sentais les larmes monter mais je ne devais surtout pas pleurer. Je pouvais presque sentir l'odeur de la terre, fraîchement retournée, tellement cela paraissait réel.
Quinze minutes plus tard, à la fin de ton histoire, tu semblais soulagée. Soulagée d'un poids qui devenait trop lourd à porter.
C'est de cette façon que ton cauchemar est devenu le mien…
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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Jeu 17 Mai - 8:40

Le capot

Un mardi de Février. Il est 18h : fin des cours. Ce soir je dois te retrouver directement à ta voiture. Tu dois déposer je ne sais quoi dans le bureau du Proviseur avant de partir.
Ça vient de sonner, on peut y aller ? Tu finiras ton speach un autre jour toi… Et puis franchement..les ions négatifs…. Si tu savais…
Je vais être en retard avec tes co*******. Et voilà !! C'est repartie, je recommence à courir. En plus dehors il fait nuit, les lampadaires sur le parking c'est une option qui devait coûter trop cher… Elle est où ta bagnole ? Ah c'est bon je la voit. Je me précipite…
Un peu trop vite peut être. Et là… c'est le trou noir.
Il y 'a 10 secondes je courrais, maintenant je suis vautrée au sol. Sol qui, en prime, est verglacé. Ouhhh que c'est froid. Mais au fait !! T'es où ?

« On ne peut jamais savoir de quoi demain sera fait, parce qu'il faut moins d'une seconde pour faire basculer une vie toute entière »…

C'est quoi cette sirène qui me perce les tympans ? Encore un imbécile qui est en retard pour l'apéritif ! Et c'est quoi ce cirque au milieu de la route, devant la grille ? Il  y' a une promotion sur quelque chose ?
Non ! Non ! C'est pas Possible... C'est toi qui est couchée par terre, sur le sol verglacé, à 3m devant moi. Et la sirène que j'entends, elle se dirige vers nous. Toi ! Pousse toi. Allez ! Dégage… avant que je m'énerve. Laisse moi passer.

Et j'ai hurler à plein poumons :

«-  Dégagez !! Ne la touchez pas. »

Lorsque l'un des Sapeurs Pompiers demande ce qu'il s'est passé, je suis incapable de répondre. C'est vrai, je ne me rappelle de rien. L'un des élèves derrière moi explique que la voiture est arrivée très vite, trop vite au moment où moi j'ai traversée. Et que, quand tu as compris que j'allais me faire renversée tu t'es jetée devant la voiture pour me pousser. Résultat ? C'est toi que la voiture à renversée.

C'est grave ? Oh ? Il va me répondre celui là ?

Moi :  «  - Je vous ai posé une question. C'est grave ?

- Vous êtes qui ?

- Qu'est ce que ça peut….sa demie sœur…

- Trauma crânien avec perte de connaissance, on doit l'emmener passer des examens à l’hôpital de XX.

- Sûrement pas ! Son frère est médecin urgentiste à l’hôpital de XY, donc si vous l'emmener c'est là bas.

- Je vais voir ce que je peux faire. Tu viens avec ?

- Oui oui. (c'était quoi cette question stupide?)

- Ok ! Alors on y va. »

Plus tard dans le véhicule des Pompiers…

Le sapeur pompier : «  Tu connais ses antécédents médicaux ? Si elle prend des médicaments ? »

Moi : « Oui, enfin non ! Je sais pas » (personne c'est personne)

Le sapeur pompier : « T'inquiètes pas, ça va aller. Le collier c'est.. »

Moi : « … à cause du choc. La planche c'est pour protéger la colonne vertébrale, et le tuyau...c'est l'oxygène parce qu'elle est inconsciente. Je sais »

Le sapeur pompier : « heu… oui c'est ça. »

Comment je vais expliquer ça à ton frère moi ? Il va me tuer. Il faudrait déjà que je le trouve. J'espère qu'il est encore au boulot. Mais pourquoi tu t'es jetée sur cette voiture ? T'es complètement cinglée. C'est moi qui devrait être couchée là dessus, pas toi.

Le chauffeur : « Son frère nous attend à l'arrivée. Il injecte et on va directement au scanner »

Au moins je n'aurais pas besoin de chercher ton frère. Mais comment il est déjà au courant ? Peu importe, au moins il sera là.

1h plus tard…
« Le scanner est négatif »
Et en français ça veut dire ? C'est bien ou pas bien ? J'ai souvent l'impression qu'ils parlent une autre langue ici. Vous n' auriez pas un dictionnaire ?

Tu vas devoir rester la nuit en observation mais rien de grave, rien de casser. Ouf !! Quand j'explique à ton frère ce qu'il s'est vraiment passé, il me répond que cela ne le surprend pas. Ah bon ? Personnellement je trouve que de se jeter sur une voiture ça à de quoi surprendre, mais visiblement pas lui. C'est pas juste. C'est moi qui devrait être couchée sur un lit d’hôpital, pas toi.
Après avoir trouver une cabine téléphonique pour expliquer (en gros) la raison de mon retard du jour, ton frère me ramène chez moi.
Et ce n'est qu'une fois dans sa voiture que je commence à comprendre. Comprendre que tu viens de me sauver la vie. Tu viens de risquer ta vie pour sauver la mienne, mais pourquoi ? C'était dangereux et stupide. Tu as autant le droit de vivre que n'importe qui. Ma vie ne vaut pas plus que la tienne, alors pourquoi ? J'espère qu'un jour tu me répondras.

« La vie ne peut être comprise qu' après coup, mais elle doit être vécue de l'avant » c'est de Kierkegaard tu m'as dit. Je comprendrais peut être un jour …

Et puis...le lendemain…
Il me font bien rire à recopier leurs exercices dans le couloir. Ce n'est pas utile. Pour la première fois depuis la rentrée on aura pas cours. Cela dit, je suis la seule à le savoir et comme je ne suis pas censée l'être je ne vous dirais rien. On a pas cours et vous trouvez que c'est génial ? Oui… tout dépend cours de quoi. Si le cours d'Anglais pouvais sauter je trouverai ça génial, mais là...non. Pas vraiment. Mais tout est une question de point de vue. Et ne rêver pas, telle que je la connaît, elle sera la lundi.

Je me trompais. Dès le jeudi tu es revenue travailler. Ton travail c'est ta drogue. Tu te 'shoote' 28H par semaine. Aimer son boulot, je peux comprendre et je pense que c'est mieux que de le détester. Mais de là à en être accroc...il faut que tu m'explique...un jour…
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Jeu 17 Mai - 8:41

La pause

Enfin une bonne nouvelle, ton traitement est terminé. Du moins pour le moment. Tu vas pouvoir souffler, respirer, vivre tout simplement. Fini les mercredi à l’hôpital. Quelques examens ? Oui, mais c'est tout. Tout le reste, c'est terminé. Tu es arrivée au bout. Et si tu savais comme je suis fière de toi…
Te regarder pleurer, dormir, vomir, souffrir en silence...mais c'est fini tout ça. Maintenant le mercredi t'es libre. Tu n'as plus besoin de moi. Alors vas y profite…
Tu vas faire quoi mercredi prochain ? Basket ? Pourquoi non ? On fait quoi ? Comment ça « on » fait quoi, je comprends pas ? (ou plutôt je ne voulait pas comprendre).
Toi les mercredi, tu en avais une idée bien précise et tu ne les imaginais pas sans moi. D'accord, si tu veux. Je ne sais pas te dire non, je ne peux pas.
Alors tu veux faire quoi ?


Toi : «  - Je voudrais….manger une glace en terrasse en plein mois de février.  Visiter le château de Versailles. Voir un match de Basket au POPB. Aller en boite de nuit. Voir un levé du soleil au bord de la mer. Connaître l'ivresse, l'amour et l'envie. Visiter Florence. Appliquer Carpe Diem. Je veux pleurer par amour et vivre pour voir vieillir ceux que j'aime. Ce n'est qu'un rêve, mais je veux rêver. Rêver plus haut que les chants des oiseaux, rêver plus fort que tous les mauvais sorts.»

Ma petite voix intérieure m'a dit :
« Si tu n'es pas prête à entendre la réponse, alors ne pose pas la question. Tu t'attendais à quoi ? Mets toi à sa place. Tu n'as pas 50 possibilités. Tu n'en a que 2 :  Fuir comme tous les autres ou ne pas trahir sa confiance et l'aider à réaliser ses rêves. »

Moi :  « Pour la glace ça peut s'arranger. Pour le reste… laisse moi y réfléchir, je vais voir ce que je peux faire »

La glace en terrasse, j'ai pris vanille et toi chocolat. On avait l'air de deux imbéciles sur une terrasse par 10° dehors. Et on s'en fichait. T'avais l'air heureuse, tu souriais d'un sourire sincère. Comme si l'air froid sur ton visage te rendais plus vivante. Nos après midi c'était tartines et chocolat chaud devant une VHS, ou séances de révisions. Séances de révision ? Je devrais plutôt dire séances de torture. Les exercices chronométrés, à faire et à refaire, encore et encore jusqu'à ce que tout soit juste. (Merci pour le 18 de moyenne). Mais parfois on se contentait de s'asseoir sur mon lit pour parler. Parler de tout, des gens, de ton boulot, de mes parents, de mon avenir et de la vie en règle générale.

La vie ? Vaste sujet. Avant notre rencontre, pour moi, vivre n'était qu'un mot parmi tant d'autres. Mais maintenant ? Les origines de la vie, la naissance, … astre ou cellule ? Vivre pour le meilleur et apprendre à traverser le pire. Mourir un jour mais pourquoi ? Et après la mort? J'ai appris à voir les gens, les choses et les événements sous d'autres dimensions. L'ensemble des réels est irréel. Le nul n'existe pas. J'ai appris à apprécier chaque instant, chaque sourire, chaque regard parce que comme disait Beaudelaire il ne faut pas tuer les instants de bonheur. Ne pas confondre tristesse et mélancolie, joie et bonheur, courage et suicide ou encore ...aimer et manipuler. Il y a un temps pour tout. Un temps pour pleurer, un temps pour aimer, un temps pour rire et un temps pour mourir. Pourquoi on vie ? Pourquoi on meurt ? Pourquoi on rie ? Pourquoi on pleure ?

Si grandir c'est réfléchir, alors je viens de grandir.  Et quelque chose me perturbe. Je ne connais personne de plus cartésien que toi. Pour toi, le hasard n'existe pas, il y a obligatoirement une explication logique. Comme si il était possible de transformer la vie en une équation où la seule inconnue serait la mort. Qu'est ce que tu cherches à prouver ? Ou qu'est ce que tu cherches tout court ?
Je sais que tu ne crois pas en la religion (moi non plus) et tu m'as expliqué pourquoi mais quelle est cette ombre, cette lumière qui plane au dessus de tes pensées ? Pour toi, les religions ne sont que des histoires mal écrites, incomplètes que le temps à transformé en mythe. Récits de voyage ou biographies que des gens de pouvoirs auraient détournés et utilisés au nom de causes soi disant bien plus grandes. Mais combien d'hommes sont morts au nom d'un Dieu ou d'une religion ? Pour toi les religions ne sont rien d'autres que les plus gros mensonges de l'histoire de l'humanité. Cependant, ton esprit scientifique te pousse à reconnaître qu'il existe, ou a existé, quelque chose de bien plus grand que tous les mensonges que nous connaissons, qui est capable de relier l'humanité toute entière. ( C'est à peu près à cet endroit de l'explication que je t'ai perdue).
Quelque chose ? Je veux bien mais quoi ? Attends ! Stop ! C'est quoi le rapport avec les pyramides d' Egypte ?
Il suffit d'étudier la construction des Pyramides et les civilisations disparues, datant de 3000 ans Avant JC, pour comprendre qu'il existe un lien qui s'étend bien au-delà du simple Enfer-Terre- Ciel- Paradis. Un lien, qui pour une raison inconnue à été brisée il y a bien longtemps, et que malheureusement, nos connaissances actuelles sont incapables de restaurer. On sait qu' Albert Einstein n' utilisait que 15 % de ces capacités cérébrales alors à quoi servent les 85 % restants ? La vie, au sens large ne s'arrête pas à notre simple planète. Le ciel, paradis pour certains et enfer pour d'autres, n'est autre qu'un mélange gazeux au-delà duquel il existe une galaxie.

Effectivement, présenté de cette manière il est facile de remplacer le doute par la réflexion.
Une réflexion parmi toutes celles que l'on a pu avoir ensemble. On à parlé de la souffrance, de la haine, de la colère et de la mort aussi. Mes idées bien arrêtées ? Renversées, balayées. Il était loin le monde enchanté des Bisounours.  Et dire que j'étais nulle en Philosophie. Plus exactement mes réflexions ne rentrait pas dans le programme scolaire. Aucune importance, c'était beaucoup mieux qu'un cours de philosophie.

Nos conversations ont définitivement changées ma manière de voir les choses. Mon esprit s'est ouvert sur des horizons que je n aurai jamais osé imaginer.
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samhea

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 18 Mai - 14:58

Ton histoire donne à la fois envie d'en savoir plus tout en redoutant la fin...
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 18 Mai - 15:02

La fin? exactement comme elle, elle est logique. Mais j'en suis encore loin..
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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 18 Mai - 15:07

Prends ton temps, y'a rien de pire que de se précipiter pour écrire.
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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 18 Mai - 15:14

Clair comme de l'eau

Fin mai, mercredi.
Parking du lycée 7H42. Pourquoi tu descends pas de la voiture ? Ça ne va pas ? Bouge pas j'arrive.
J'ouvre la portière…

Toi : « - Monte dans la voiture

- Quelque chose ne va pas ?

- Ah non, non. Tout va bien.( En redémarrant la voiture)

- Qu'est ce que tu fais ? J'ai cours dans 15 minutes...et toi aussi

- Je le sais. Je te ferais un mot d'excuse. Je t'embarques.

- Pardon ? Mais on va ou ?

-Tu verras bien….

- ...Heu… t'es sure que tu veux aller par là, parce que le péage devant c'est l'entrée de l' A16

- Je sais. Et oui je suis sure.  »

Deux heures plus tard on était garées en baie de somme, au bord de la mer. Encore une de ces réactions imprévisibles et totalement inattendue dont tu avais le secret. C'était complètement fou et en même temps si génial. Les basket à la main et le bas du jean complètement trempé par l'eau de mer, on est allé manger un plateau de fruits de mer. C'est seulement à cet instant que j'ai percuté ce que l'on faisait ici. Sur les papiers de l’hôpital y' avait ta date de naissance et aujourd'hui c'est ton anniversaire : 25 ans. Je suis d'accord ça se fête. Mais...  tu ne voulais pas le fêter avec ton frère ? Tu manges chez lui samedi, d'accord. Et donc aujourd'hui  .. t'as décidé de sécher… J'avoue que la plage à la place des 2H de Français c'est pas mal. Et maintenant qu'on est là j'ai une idée. Mais il faut que je trouve une cabine téléphonique. Prévenir que je dors chez une copine ce soir. Pour le coup je te ment en te disant que j'ai  juste prévenu que je risquais de rentrer plus tard ce soir. Mais c'était pour la bonne cause.
L'après midi on se pose sur le sable et on contemple la mer. On va devoir bouger parce que la marée remonte et elle remonte vite.

Moi : « -Tu veux manger où ce soir ?

- Ben malheureusement nulle part. On doit rentrer.

- Pourquoi ? Quelqu'un t'attends chez toi ?

- Ah non ! Du tout. Mais..

- Mais quoi ? Tu voulais voir le lever du soleil au bord de la mer, non ? Il se lève à 6H…

- T'es malade !! Non , non. Je te ramène. Tes parents vont s’inquiéter.

- On ira nulle part . C'est moi qui ai les clés de la voiture. Et ils ne vont rien dire du tout. Ils savent que je ne rentre pas. Le coup de fil, à ton avis c'était pourquoi ?

- T'es cinglée…tu m'as pris les clés ? J'y crois pas !!

- Tu m'embarques au bord de la mer un jour de cours et c'est moi la cinglée ? T'es sure ?

- Ok ! Sur ce coup là tu marques un point.

- Etant donné que c'est moi qui ai les clés, je crois que j'ai gagné le match »

T'as éclatée de rire. J'adore t'entendre rire. C'est communicatif. Alors ce soir ce sera crêperie...
En sortant, il fait nuit et c'est maintenant la lune qui éclaire la mer. On entend les vagues frappées les rochers…

«  Comme un fou va jeter à la mer, des bouteilles vides et puis espère qu'on pourra lire à travers…
SOS écrit avec de l'air…. »

« … dans l'eau laissent une trace, dont les écumes font la beauté... »

Les rues sont animées ce soir. Un cortège de voitures descend le boulevard. On entend les cris et le chant des klaxons. Et oui, depuis ce soir, l'OM (Olympique de Marseille) est champion d'Europe.
Bercée par le bruit des vagues, tu as finie par t'endormir sur mon épaule.
On est bien là, il faut vraiment rentrer demain matin ? On est obligées ? Oui je sais.

5H du matin et les premières lueurs du jour. Regarde là bas, au loin...la ligne d'horizon. Le soleil commence à apparaître. On commence à voir son reflet sur l'eau, comme si la moitié trempait dans la mer. Puis doucement il sort de l'eau. Passant du jaune au orange, du violet au rouge, il se lève vers le ciel. Il est 6H, on est déjà en retard, et ça m'est bien égal…Je n'aurais voulu échanger cet instant pour rien au monde.

Une fois sur l'autoroute tu m'as dit :

« Merci. C'est mon plus beau cadeau d'anniversaire. Je n'oublierai jamais cette journée. Merci à toi » (moi non plus je ne peux pas oublier. Merci à toi)

45 minutes de retard ? Oh ben finalement on est pas si mal. On aurait pu faire pire. Je peux avoir un mot d'excuse ? Mais oui. Le pire c'est que oui tu m'as signé mon mot d'excuse. T'avais inscrit quoi ?  En fait je ne l'ai jamais su.
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Lajuile
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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 18 Mai - 16:18

Je suis touchée et reconnaissante que tu partages cette histoire ici avec nous. Merci beaucoup.

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Shirahoshi

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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Ven 18 Mai - 21:22

Oh la la je n'ai plus de mots, elle avait une compréhension de la vie tellement juste (selon moi en tout cas) ! Sérieux, ton histoire m’émeut aux larmes et je sens que je n'ai pas finis de pleurer. Merci merci merci...
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mar 22 Mai - 13:40

La consultation

Aujourd'hui tu as rendez vous avec le professeur qui s'occupe de ton cas. Il doit t'expliquer les résultats de tes examens et mettre en place le protocole suivant. Le protocole ? Jusqu'ici je pensais que ce terme était réservé à la monarchie anglaise. Mais non, le traitement des malades on appelle ça un protocole de soins. Est ce que je t'accompagne ? Ben évidemment ! Quelle question …
Mais tu veux que je viennes avec toi dans le bureau ? Ah ! Je n'avais pas vu cela de cette manière mais tu as l'air d'y tenir, alors allons y.
La salle d'attente est pleine. Heu...on a tous rendez vous à la même heure, ou le médecin est en retard ? C'est normal, il faut toujours attendre ? Ok ! Si tu le dit.
Bon là c'est long.. on attend depuis plus de deux heures. « Les malades s'appellent des patients ». Oui.. et ? Et quand on est patient il faut apprendre la patience. Super ! Je m'en souviendrai…

Miracle c'est notre tour. Mais ne tremble pas, il ne va pas te punir. Tu ressembles à un élève que l'on vient de convoquer chez le proviseur. Prends une chaise. Oui je sais, mais là tu t'assoies.
Alors ? Qu'est ce qu'il a à nous dire le monsieur ?
La bonne nouvelle c'est que la masse n'a pas grossie. Et la mauvaise ? C'est qu 'elle n'a pas diminuée non plus. Donc ton traitement n'a servie à rien ? Enfin si juste à faire en sorte que la situation n'empire pas. Mais en gros, c'est retour à la case départ. Oh !!! T'es partie ou là ? Tu voudrais pas écouter ce qu'il raconte ? C'est pas grave je vais le faire à ta place. Alors maintenant on fait quoi ? Comment ça rien ? Non rien, visiblement le traitement ne fonctionne pas et on en connaît pas d'autre. C'est une blague ? On peut recommencer, peut être que la deuxième fois ça marchera ? Non parce que le corps s'habitue au produit ce qui fait qu'il n'a plus aucune efficacité. D'accord, alors on laisse tomber ? On abandonne et on attend que ça se passe ? Sans rien faire ?

Pour toi derrière ton bureau, c'est facile de dire ce genre de choses. T'as l'habitude. Il y' en a encore 15 dans la salle d'attente à qui tu vas sortir le même discours. Pour toi c'est juste un dossier au milieu de la pile, mais pour moi c'est bien plus que ça, alors je ne marche pas.
Elle n'a que 25 ans alors tu vas te secouer les neurones et chercher une solution. Pardon ? Tu vas prendre contact avec des confrères ? Voilà c'est mieux, je préfère.. Tu contactes qui tu veux, je m'en moque, mais tu trouves quelque chose à faire. Et je peux t'assurer qu'on va se revoir bientôt, très bientôt…. On va même prendre rendez vous tout de suite au moins je serais certaine que tu ne vas pas nous oublier.

En sortant du bureau tu es livide. En moins de 10 minutes il t'as brisée, anéantie. Je voudrai bien savoir à quoi tu penses, là tout de suite. Mais tu ne décroches pas un mot. Tu te contentes de mettre un pied devant l'autre et c'est déjà beaucoup.
Rentrer ? Conduire ? Non, là je pense que t'es pas en état. On va se prendre un truc à la cafétéria.

La serveuse : « - Qu'est ce que je vous sert ? »

Toi : «  Une vodka orange »

Pardon ? J'ai bien entendue ? Depuis quand ? Mais non ! En même temps ...je comprends. C'est bon.. vas y.. »

Moi : « Une vodka orange et...un café s'il vous plaît »

Quoi ? Oui je sais, d'habitude je ne bois pas de café. Jusqu'à aujourd'hui. Et je pense que c'est le premier mais certainement pas le dernier…

1h plus tard une dame hospitalisée, portant une robe de chambre rose, passe devant notre table..

Toi :  « Regarde ! Il y a un éléphant rose qui se promène dans le hall. »

Effectivement madame est en surpoids (un peu…) . Mais...Aiie !!! Elle a fait mal la vodka. Je ne peux pas te laisser conduire dans cet état. T'es à peine capable de marcher. Je sais ce qu'il me reste à faire. Tu ne bouges pas d'ici, je vais chercher ton frère.

Ce jour là c'est ton frère qui nous a ramenées. Je m'en suis voulu pour la vodka jusqu'à ce que ton frère m'explique que si j'avais dit non, tu aurais fait la même chose, seule chez toi. Donc dans un sens c'était mieux comme ça.
Dans d'autres circonstances la situation aurait pu être drôle. Et je te jure que je ne te ment pas en te disant qu'un lampadaire ne peut pas parler et qu'une poubelle ne marche pas toute seule…
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Schrtoumpfy



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MessageSujet: Re: Si je pouvais   Mar 22 Mai - 21:35

Déjà la fin de l'année


Novembre ? C'était hier. Il s'est passé tellement de choses. J'ai passé l'année à courir sans m'en rendre compte. J'ai découvert énormément de choses, dont un univers que je ne soupçonnais même pas. J'ai appris tellement à tes cotés, bien au-delà de tes cours. Et en parlant de cours il faut que je te dises : je redouble. Non ! Ne t’énerves pas, c'est pas grave. Résultats insuffisants dans les matières littéraires. Mais j'ai pas l'intention de faire écrivain alors..pfff je m'en moque.
Ce qui m'ennuie c'est les vacances qui arrivent. Je dois partir chez grands parents et ensuite avec mon oncle. C'est super parce qu'on visite plein de trucs, on va se baigner, on fait les brocantes ...mais...je ne te verrais pas.
Et toi ? Tu fais quoi pendant les vacances ? Stage avec le club de basket et 3 semaines dans le sud avec ton frère c'est plutôt cool. Tu vas pouvoir te changer les idées et te reposer, c'est bien.
Je vais te donner tous les numéros de téléphone, juste au cas où. Et ne t'inquiète pas je ne t'oublie pas, je t'appellerais une fois par semaine.
Avec de la chance on arrivera peut être à se voir juste avant la rentrée, on va essayer.

Je garde la tête haute en te disant que tout va bien se passer. Qui est ce que j'essaye de convaincre ? Toi ou moi ? Je n'ai aucune envie de te regarder partir mais je n'ai pas le choix. Je dois te laisser partir. Deux mois c'est vite passé. Mensonge. Deux mois sans te voir ? L'enfer .
En rentrant chez moi, je réalise. Tu me manques… tu me manques déjà..
Je sors une feuille blanche, je prends mon stylo et je commence à écrire (copie du texte original :


«  On s'est quitté sur un trottoir
le même depuis presque une année
Mais ce jour là , c'était le dernier.
Je suis là, pour te dire au revoir
Ecouter ta leçon d'espoir ?
Celle que je garde en mémoire.
Ton dernier sourire, il disait :
Ça sera 'moins pire '.
Ton regard persuasif
Qui m'a dit : reste positif.
Là , t'es montée dans ta voiture.
T'as attachée ta ceinture
Et t'es partie...loin d'ici
loin de ma vie.
Je garde en mémoire
nos histoires, notre histoire.
Soit le serment et l'engagement
de se servir de nos souvenirs
pour affronter deux mois d'été. »
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